Aba Al-Sadiq6 min de lecture

Tribune : pourquoi nos accusateurs se cachent dans l’ombre

Texte lu en français

La vérité se tient à découvert, au risque du feu et de la perte ; le mensonge se cache dans l’ombre. Notre foi traverse les épreuves avec courage, tandis que des accusateurs anonymes trahissent depuis l’obscurité.

Par Taymour Elalfy · Traduit de l’anglais

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Il existe une vieille histoire bédouine sur la manière de trancher un litige lorsqu’il n’y a pas de témoins, votre parole contre la mienne. On chauffe un morceau de métal jusqu’à ce qu’il rougeoie. Celui qui dit la vérité pose la main sur le métal brûlant et l’y maintient. Le menteur, lui, en est incapable. La croyance est simple : la vérité donne à un homme une force qui défie les limites humaines, tandis que le mensonge fait se dérober le corps.

C’est le même principe qui sous-tend le jugement de Salomon. Deux femmes se présentèrent devant lui, chacune se disant la mère du même enfant. Salomon, pour faire éclater la vérité, ordonna : « Coupez l’enfant en deux, et donnez-en la moitié à chacune. » La fausse prétendante se satisfaisait de voir l’enfant mourir si elle ne pouvait l’avoir. La véritable mère, aimant l’enfant plus que sa propre revendication, renonça à ses droits pour lui sauver la vie.

Telle est la nature de la vérité. Elle se sacrifie pour préserver ce qu’elle aime. Le mensonge, lui, brûlerait le monde entier pourvu qu’il obtienne gain de cause.

Aujourd’hui, la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière est comme cet enfant, revendiqué par deux voix. D’un côté, des croyants, conduits par Aba Al-Sadiq, prêts à tout risquer pour sa survie, jusqu’à leur vie. De l’autre, d’anciens membres devenus accusateurs anonymes, qui semblent prêts à voir la communauté détruite si cela peut assouvir leur ressentiment.

Nous retrouvons cette distinction dans l’histoire. Edward Snowden s’est dressé devant le monde entier, échangeant sa patrie contre l’exil. Chelsea Manning a enduré la prison. Sherron Watkins a risqué sa carrière en révélant les mensonges d’Enron. Des journalistes, dans des régimes oppressifs, signent leurs articles de leur vrai nom en sachant qu’ils peuvent être emprisonnés ou tués. Les véritables lanceurs d’alerte marchent au-devant du danger parce que le fardeau de la vérité pèse plus lourd que la peur des conséquences.

Et pourtant, s’agissant des prétendus « témoignages d’anciens membres » contre notre foi et notre dirigeant, il n’y a pas une seule voix courageuse parmi eux. Pas une. Chaque accusation parue dans Vice, The Guardian, chez Be Scofield et autres du même genre est venue de l’ombre, sans visage ni nom, sans le courage d’assumer ses propos. Be Scofield elle-même n’est qu’un masque, un personnage fabriqué, une fausse identité tapie dans l’obscurité tout en prétendant démasquer les autres. Ce sont des ombres qui parlent à des ombres.

Cette histoire est aussi vieille que celle d’Adam. Lorsque Adam pécha, la première chose qu’il fit fut de se cacher de Dieu parmi les arbres. Le péché pousse l’homme dans l’ombre, loin de la lumière de la vérité. L’obscurité a toujours été la demeure des démons, là où prospèrent le secret, la tromperie et la trahison. La lumière a toujours été le domaine des anges, où marchent la pureté, la vérité et le courage. La question est simple : dans quel domaine choisissez-vous de vous tenir ?

Aba Al-Sadiq est le lanceur d’alerte par excellence, un homme qui dénonce une corruption enracinée dans la religion et dans la politique. Il le fait en sachant parfaitement que ses ennemis ne sont pas imaginaires. Ce sont des gouvernements et des milices qui commandent des armées, des services de renseignement sophistiqués et des réseaux d’influence qui s’étendent à toute la planète — dont le régime iranien, le Hezbollah, le gouvernement malaisien, des extrémistes musulmans, et même des puissances occidentales comme la Suède, qui nous ont été hostiles. Au-delà, il y a des forces cachées qui opèrent dans l’ombre et dont nous ne mesurons pas toute la portée, et Dieu sait si le diable lui-même n’en est pas. Ce ne sont pas des trolls d’internet. Ce sont des adversaires bien réels et mortels, qui ont l’habitude de faire assassiner, emprisonner ou disparaître ceux qui les contrarient. Et pourtant, il parle encore. Il aurait pu choisir la sécurité du silence. Au lieu de cela, il rugit comme un lion sur une montagne.

Et il n’est pas seul. Des croyants de ce chemin ont proclamé leur foi ouvertement dans des pays où cela est dangereux, voire mortel. En Égypte, nos membres ont été arrêtés pour rien d’autre que leur croyance et restent enfermés dans les geôles de Sissi, où personne ne peut les entendre crier. En Iran, des croyants ont été emprisonnés et torturés. En Malaisie, ils ont été criminalisés. Au Kenya et en Somalie, ils ont été menacés et tués. Ce sont des hommes et des femmes qui risquent leur vie, leur famille et leur liberté, et qui se tiennent pourtant dans la lumière, à visage découvert.

L’une des tragédies de notre époque est la rapidité avec laquelle le monde se précipite pour croire un mensonge, surtout s’il est habillé de ragots et de scandale, tout en ignorant la voix calme et constante de la vérité. Dans la frénésie de l’opinion publique, il est plus facile de se repaître d’accusations croustillantes que de raisonner, ou même d’écouter l’autre partie.

On nous dit que ces anciens membres anonymes se cachent par crainte de représailles. Mais cette excuse s’effondre devant un fait tout simple : nous savons qui ils sont. Nous pourrions les nommer dès aujourd’hui. Nous pourrions publier les preuves de leur hypocrisie, de leur hédonisme, de leur cupidité, de leur luxure et des comportements égoïstes dont ils ont fait preuve lorsqu’ils vivaient parmi nous. Nous pourrions étaler leurs fautes au grand jour, aux yeux du monde entier.

Mais nous ne le ferons pas.

Nous ne combattons pas le feu par le feu. Nous ne descendons pas dans la boue. Nous n’étalons pas le linge sale de ceux qui ont partagé nos maisons, même s’ils nous ont trahis. Nous nous en abstenons non par manque de preuves, mais parce que nous avons de l’honneur. Nous sommes des gardiens du serment, et rompre le pain est sacré pour nous, comme il l’a toujours été pour tous les hommes et toutes les femmes d’honneur à travers l’histoire. Nous sommes les enfants du Prophète Mohammed, et notre conduite doit refléter sa noblesse. Même lorsque d’autres rompent la confiance qu’ils nous devaient, nous ne romprons pas celle que nous leur devons.

Nous portons avec nous la lettre de désignation du Prophète Mohammed. Cela seul devrait suffire à quiconque cherche véritablement Dieu. Et quand bien même chacune des accusations lancées contre nous serait vraie, cela ne changerait rien à ce fait, ni n’altérerait la vérité du message dont nous sommes porteurs.

Être du côté de la vérité, c’est comme poser la main sur ce métal brûlant. Nous vivons chaque jour avec cette chaleur, au risque de perdre notre réputation, notre vie, d’affronter l’opposition de nos familles, des ennemis à nos portes et des menaces de mort quotidiennes. Peut-être cette chaleur a-t-elle été trop forte pour ceux qui sont partis. Mais ceux qui restent ont découvert que ce même feu qui brûle est aussi celui qui purifie.

Ce n’est pas sans raison que Cicéron, l’homme d’État romain, avertissait : « Jamais un homme sage n’a pensé qu’il fallût se fier à un traître. » Ceux qui peuvent rompre leur serment envers Dieu peuvent rompre n’importe quelle autre confiance — envers un ami, envers une famille, envers la vérité elle-même.

Il n’y a pas de mal à être en désaccord avec notre message. Il n’y a pas de mal à choisir une autre voie. Mais il y a du mal à jurer fidélité puis à la trahir. Et il est lâche d’attaquer depuis l’ombre pendant que d’autres se tiennent à découvert, prêts à affronter le feu.

La vérité marche dans la lumière. Le mensonge se cache dans l’ombre. Et, à la fin, c’est la chaleur du métal qui révèle la vérité.