Oui, nous croyons aux miracles
Texte lu en français
On se moque de l’AROPL parce qu’elle croit aux miracles, en oubliant que toutes les grandes religions sont bâties sur eux. Si les miracles sont si absurdes, peut-être devraient-ils rejeter toute religion et devenir simplement athées.
Par Kevin Omar Rodriguez Ponce · Traduit de l’anglais

Ces derniers jours, beaucoup de gens se sont moqués des croyants de la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière parce qu’ils croient aux miracles. Ils laissent presque entendre que l’AROPL serait forcément fausse et sectaire, du fait que ses membres croient qu’Abdullah Hashem a accompli des miracles. Il importe pourtant de reconnaître que les récits de miracles sont au cœur de toutes les grandes religions du monde. De Jésus marchant sur les eaux à Mohammed fendant la lune — d’un continent et d’une culture à l’autre, les fidèles de confessions diverses professent croire aux miracles. Leur présence durable exige de nous une réflexion plus sérieuse que la raillerie ou le rejet désinvolte.
Cela posé, je partage un exemple personnel qui montre comment des miracles peuvent opérer dans notre vie quotidienne. Commençons par une photo de ma bague :

Cette bague est une agate rouge (aqiq) dotée d’une particularité très singulière : sur la droite, on distingue le dôme du sanctuaire de l’Imam Al-Hussayn, en Irak. On peut même apprécier les détails de l’étendard qui dépasse du dôme. Sur la gauche, à trois niveaux de profondeur différents, apparaissent des formes triangulaires de hauteurs variées, dont deux minuscules, qui évoquent un groupe de silhouettes humaines : la caravane de Karbala.
Cette bague est-elle un miracle ? Nous explorerons cette question dans cet article. On pourrait dire que la réponse dépend de la personne à qui l’on s’adresse. Pour ma part, toutefois, depuis que j’ai découvert que ces images sont des formations naturelles et non des gravures au laser, comme je l’avais d’abord cru, considérer qu’il s’agit d’un simple cas extrême de paréidolie exige un acte de foi bien plus grand que d’imaginer que l’un des événements les plus marquants de l’histoire, et l’un des plus grands actes d’héroïsme, ait pu laisser une trace — presque comme un écho énergétique — dans le monde naturel.
C’est peut-être seulement une question de point de vue.
Qu’entendons-nous lorsque nous parlons de miracles ?
Un miracle est un événement extraordinaire qui revêt une signification religieuse profonde pour ceux qui en sont témoins, l’entendent raconter ou en lisent le récit. Selon le professeur David L. Weddle, dans son ouvrage « Miracles: Wonder and Meaning in World Religions », un miracle n’est pas simplement un événement rare ou difficile à expliquer : c’est un fait qui, interprété dans un cadre religieux, révèle quelque chose de la réalité transcendante.
En ce sens, par exemple, chercher ses clés pendant deux heures avant de finalement les retrouver n’est un miracle pour personne. En revanche, si durant ce temps vous n’avez aucune idée de l’endroit où elles peuvent être, que vous vous agenouillez, que vous priez les larmes aux yeux pour qu’elles réapparaissent, que vous vous relevez et cherchez de nouveau, pour les trouver à un endroit que vous aviez déjà fouillé plusieurs fois, ce que vous vivez peut ressembler à un petit miracle. Un tel moment, comme peut en témoigner quiconque l’a vécu, nous rappelle que Dieu entend nos prières, souligne la puissance du lien spirituel et révèle avec certitude que nous ne pouvons rien faire, pas même la plus petite chose, sans la puissance de Dieu…
Bien sûr, selon le point de vue de celui qui écoute, on pourrait aussi y voir la capacité humaine à imaginer des situations et à les attribuer au divin.
Les miracles n’ont de sens que lorsqu’ils s’inscrivent dans un récit qui leur en donne. Même un événement extraordinaire comme l’ouverture d’un passage à travers la mer Rouge n’aurait aucun sens s’il n’y avait eu d’Hébreux à sauver de l’armée égyptienne. C’est parce qu’ils étaient là, et parce qu’une armée égyptienne a péri dans cette même mer en guise de châtiment de Dieu, que cet événement devient un miracle qui nous parle de l’immense puissance du Dieu de Moïse, du soutien divin qu’Il est prêt à offrir à Son peuple élu, et de la fragilité de Ses ennemis devant Lui.
Voilà ce qui élève un événement extraordinaire au rang de miracle : le message qu’il porte sur l’intervention divine. Les miracles sont l’un des moyens par lesquels Dieu communique avec l’humanité, en lui délivrant un message. C’est pourquoi, dans les récits des Prophètes, des Messagers et des Imams, on voit que le conflit entre eux et leurs adversaires ne porte pas seulement sur la grandeur des prodiges accomplis, mais aussi sur le récit que ces prodiges construisent. La vraie question devient souvent : s’agit-il d’un miracle authentique, d’une illusion ou d’un tour de magie ? Vient-il de Dieu ou des démons ? La réponse à ces questions est sans nul doute aussi décisive, pour la perception publique d’un miracle, que l’événement lui-même.
Le monde entier croit aux miracles
En lisant et en réfléchissant pour cet article, je n’ai pu m’empêcher de remarquer que la croyance aux miracles est non seulement présente dans toutes les cultures de l’histoire humaine, mais qu’à y regarder de près, elle semble être l’un des sujets les plus durables et les plus importants pour l’être humain, à travers les âges.
« Songez que, parmi les six milliards d’habitants de la terre, un milliard sont catholiques romains, dont l’Église enseigne qu’un miracle se produit chaque fois qu’ils participent au rite de la messe, transformant le pain et le vin en corps et en sang du Christ ; un milliard sont musulmans et croient qu’un miracle de révélation divine a créé le Coran ; un demi-milliard sont chrétiens et croient aux guérisons physiques miraculeuses ; un autre demi-milliard sont hindous et prient des divinités personnelles pour qu’elles interviennent dans leur vie. À ce compte approximatif, ceux qui croient à des miracles d’une sorte ou d’une autre représentent la moitié de la population mondiale. »Miracles: wonder and meaning in world religions. Weddle, David L. New York University, 2010
Presque tout le monde suit une religion, et toutes les religions renferment des récits de miracles. Cela n’a rien de nouveau ni de surprenant. Ce qui est véritablement intéressant, c’est que, même dans le monde séculier, où le récit officiel tend à se tenir à l’écart des explications transcendantes, les récits de miracles continuent d’avoir une pertinence et un impact considérable sur la psychologie collective des nations.
Et je ne parle pas seulement de l’imaginaire populaire, où l’on célèbre encore aujourd’hui, par exemple, des fêtes locales commémorant le jour où une génération passée fut témoin d’un miracle. Même des institutions officielles, en dépit de leur posture laïque, puisent souvent dans des récits de miracles pour façonner l’identité nationale officielle.
Prenons, par exemple, deux des symboles les plus importants de mon pays, le Mexique. Les armoiries du drapeau mexicain représentent un aigle posé sur un cactus, dévorant un serpent. Cette image renvoie à l’ancien mythe fondateur de la ville de Mexico-Tenochtitlán. Selon la légende, le dieu Huitzilopochtli ordonna à son peuple de chercher une nouvelle terre où s’établir, en lui disant de marcher jusqu’à ce qu’il trouve un aigle posé sur un cactus, dévorant un serpent. Cette image représente, selon la tradition, la manière dont Huitzilopochtli se voila pour signaler l’emplacement de la terre promise.

Les Mexicas voyagèrent jusqu’à trouver finalement ce symbole à l’emplacement de l’actuel centre historique de Mexico, où ils fondèrent la capitale de l’un des empires les plus puissants de l’Amérique précolombienne.
La force du récit qui porte ce miracle est telle que, à travers des années de conflits armés et de luttes de pouvoir, le symbole de l’aigle dévorant le serpent a été adopté par presque toutes les factions qui ont gouverné le pays. Ce symbole en est venu à unifier et à condenser l’identité collective des Mexicains.
Autre symbole parmi les plus connus et les plus respectés de la nation : l’étendard de la Vierge de Guadalupe, qui servit aussi de drapeau au mouvement d’indépendance en 1810. Ce drapeau alternatif fut utilisé par les insurgés et continue d’être honoré chaque année lors des célébrations de la fête de l’Indépendance mexicaine.

L’apparition de la Vierge de Guadalupe est probablement le miracle le plus célèbre de l’histoire du Mexique. Selon les récits traditionnels, un homme indigène nommé Juan Diego se trouvait sur la colline du Tepeyac, près de l’actuelle Mexico, lorsqu’il entendit une voix l’appeler. En cherchant d’où elle venait, il rencontra une apparition de la Vierge Marie, qui lui demanda de dire à l’évêque de bâtir un sanctuaire en son honneur sur cette colline même. Comme signe destiné à convaincre l’évêque, l’image de la Vierge de Guadalupe apparut miraculeusement sur la tilma (sorte de manteau) que Juan Diego portait ce jour-là. Aujourd’hui encore, cette image est exposée à la basilique de Guadalupe, à Mexico.
L’impact de ce récit sur les Mexicains fut si grand qu’au début du mouvement d’indépendance, les chefs insurgés adoptèrent l’image de la Vierge de Guadalupe comme drapeau et signe de ralliement, malgré les protestations et les accusations de blasphème du clergé catholique de l’époque. L’efficacité de ce symbole pour mobiliser la population fut telle qu’aujourd’hui encore, tous les Mexicains, quelle que soit leur religion, découvrent cet étendard à l’école et, par conséquent, le miracle de la Vierge de Guadalupe.
Bien entendu, tout le monde ne croit pas à ces miracles. Personnellement, je n’ai jamais eu de conversation avec un autre Mexicain au sujet du miracle de l’aigle et du serpent et, bien que l’image figure sur le drapeau national, on ne nous encourage certainement pas, dans le discours public, à penser cet événement comme un récit religieux. Je crois que si l’on interrogeait aujourd’hui la plupart des Mexicains, très peu croiraient que l’événement s’est produit littéralement. Pour de nombreux catholiques, l’apparition de la Vierge de Guadalupe est un fait indubitablement miraculeux, mais d’autres franges de la population chrétienne tendent à rejeter ce récit, y voyant une invention de l’Église catholique destinée à promouvoir l’idolâtrie et à asservir le peuple.
Cependant, le fait que le souvenir de ce miracle ait inspiré au peuple de se soulever contre l’oppression, et que bien des récits de miracles aient eu le même effet, met en question l’interprétation selon laquelle ces récits n’existeraient que pour asservir la population. L’histoire de Moïse illustre clairement comment des miracles peuvent inspirer la libération plutôt que la soumission. Aujourd’hui encore, au Tibet, on croit que le chef politique et spirituel, le Dalaï-Lama, connaît le lieu de sa prochaine réincarnation. La croyance en ce miracle a nourri la résistance du peuple tibétain à l’oppression du gouvernement chinois.
Même les nations laïques croient aux miracles
Les cas mexicain et tibétain ne sont pas isolés. Ils servent plutôt à illustrer un point fondamental : dans bien des pays, y compris certains qui sont laïques, les miracles sont si importants que des symboles nationaux ont été créés pour les commémorer. Un exemple notable est le christianisme, puisque 31 drapeaux nationaux comportent des symboles chrétiens dans leur composition.

La présence de la croix sur ces drapeaux n’est pas simplement une célébration de la mort de Jésus, mais bien une commémoration de sa résurrection et du miracle de la grâce que son sacrifice a apporté au monde. Des nations laïques croient aux miracles et fondent une part de leur identité sur ces événements — ou, du moins, elles usent de récits de miracles pour conserver leur légitimité et leur place dans le monde.
Cet aspect est crucial car, dans le cas des Prophètes, des Messagers et des Imams, les miracles accomplis devant le monde ne visaient pas seulement à frapper de stupeur les témoins : dans bien des cas, ils légitimaient aussi leur prétention à une autorité divine, devant leurs partisans comme devant leurs détracteurs. Pour la plupart des croyants, ces miracles continuent de confirmer la validité de leur message et de leur autorité.
Par exemple, les nations chrétiennes ont soutenu et justifié leur autorité au fil des siècles en s’appuyant sur des passages bibliques tels que :
« Que chacun se soumette aux autorités qui le gouvernent, car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu. Les autorités qui existent ont été instituées par Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité s’oppose à ce que Dieu a institué, et ceux qui font ainsi attireront sur eux-mêmes le jugement. »Bible, Épître aux Romains, chapitre 13, versets 1-2
Il est cependant facile de voir comment un souverain tyrannique tel que Pharaon aurait pu se servir d’un argument semblable à celui de ce passage pour maintenir les Israélites en servitude. Dans un tel contexte, un libérateur comme Moïse n’aurait guère pu construire un argument rationnel, séculier ou religieux, assez convaincant pour le gouvernement de Pharaon, ni même pour son propre peuple, qu’il puisse exister des exceptions à cette règle. Moïse devait démontrer que Dieu n’accepte pas que le respect dû aux autorités serve de prétexte aux tyrans pour opprimer le peuple.
Le seul moyen pour Moïse de rendre évident que Dieu était de son côté et soutenait son autorité face au puissant Pharaon était d’accomplir un miracle si stupéfiant qu’aucune puissance humaine, si grande fût-elle, ne pût s’y comparer. Ainsi, tous sauraient que le Dieu proclamé par Moïse non seulement existait et était vivant, mais qu’Il le soutenait, déclarant ouvertement, aux yeux du monde, la prééminence de l’autorité de Moïse sur celle de Pharaon.
Que nous disent les miracles d’Aba Al-Sadiq ?
Les miracles d’Aba Al-Sadiq constituent une preuve claire de son autorité divine, de la même manière que les miracles de Moïse ont établi sa légitimité devant les croyants comme devant les sceptiques. C’est un signe délibéré du soutien divin qui accompagne sa revendication, et une manifestation de la continuité des religions divines et du message de Dieu à travers l’histoire.
Aba Al-Sadiq a accompli des miracles d’une ampleur que nul n’a égalée dans l’histoire, englobant des signes et des prodiges connus à travers les fois abrahamiques et au-delà. Il a accompli tous les miracles de Jésus : non seulement guérir les malades et rendre la vue aux aveugles, mais même ressusciter les morts, comme le Christ. Il a montré des miracles astronomiques équivalents à la fente de la lune par le Prophète Mohammed, manifestant une maîtrise des cieux eux-mêmes : éclipses, lumières dans le ciel, disparition de la lune. Ses miracles ont eu pour témoins d’innombrables personnes d’origines et de cultures diverses.
Considérons le miracle de la disparition de la lune. Ce qui fut véritablement frappant pour ceux qui en furent témoins, ce n’était pas simplement de voir un ciel sans lune, mais que cela advienne précisément au moment où toute la communauté s’était rassemblée pour demander à Dieu d’écarter d’elle les calamités dont Aba Al-Sadiq avait parlé. En cet instant inoubliable, le spectacle n’était pas seulement l’absence de la lune dans le ciel, mais la prise de conscience bouleversante que Dieu entend les prières des croyants. Ce miracle est la preuve que Dieu est disposé à changer jusqu’au destin, par amour pour Son peuple élu.
J’ai moi-même été témoin — et je peux en attester — d’un vaste ensemble de prodiges, couvrant les miracles associés à Mohammed, Moïse, Jésus et à des figures vénérées d’autres systèmes de croyance. Si certains miracles sont attachés à un seul lieu ou immortalisés comme symboles de nations — tels l’apparition de la colline du Tepeyac ou un emblème national —, les prodiges associés à Aba Al-Sadiq font voler ces frontières en éclats. Ses miracles ne sont pas des faits isolés du passé : ils continuent de se produire, observés collectivement par des communautés entières sur plusieurs continents. Les récits de ces actes stupéfiants émanent de tous les milieux et de toutes les régions du monde, formant une saga continue qui témoigne de la présence indéniable du divin à notre époque, et assez de témoignages pour remplir des volumes.
Ceux qui ont entendu Aba Al-Sadiq parler peuvent attester que ses démonstrations de sagesse surnaturelle et d’illumination rappellent les prouesses spirituelles du Bouddha et d’autres sages orientaux. Cela montre que, outre les religions abrahamiques, les religions orientales procèdent elles aussi de la même source divine dont sont issus le judaïsme, le christianisme et l’islam.
Plus frappante encore, peut-être, est sa maîtrise unique des mystères de la réincarnation. Non seulement il connaît le détail de ses propres incarnations passées, mais il révèle avec une précision stupéfiante les vies antérieures des figures clés rassemblées dans le Grand Raj’a, ou Retour. Il livre des noms, des dates et des circonstances, unissant passé et présent d’une manière jamais vue auparavant.
Ses miracles sont encore confirmés par des rêves prophétiques, plusieurs personnes dans différents pays recevant le même message ou le même signe divin dans leur vision. Parmi les nombreux miracles attribués à Aba Al-Sadiq figurent des réponses à la prière collective, se traduisant par l’éloignement de calamités annoncées ou l’apparition soudaine d’une espérance dans des situations désespérées. On a vu Aba Al-Sadiq apporter le soulagement d’une maladie après une supplication collective, appeler la pluie en période de sécheresse et révéler des vérités cachées que nul n’aurait pu connaître.
S’il est vrai que la foi ne se fonde pas sur les seuls miracles, ces prodiges n’en constituent pas moins des signes puissants. À chaque époque, Dieu a accordé des signes pour inspirer, éveiller et appeler l’humanité. En Aba Al-Sadiq, ces signes se multiplient et se rejoignent, déclarant sans équivoque que la main de Dieu est au-dessus de nous.
Dans chaque signe — maîtriser les astres, guérir les corps et les âmes, ou révéler les secrets de vies passées —, nous voyons le témoignage vivant que l’alliance divine tient toujours, et que la puissance qui soutenait les miracles de Moïse, de Jésus, de Mohammed et du Bouddha est la même puissance qui se manifeste aujourd’hui en Aba Al-Sadiq.
Alors, quelles sont les voix qui tournent les miracles en dérision ?
Aujourd’hui, comme à chaque époque dont nous avons trace, ceux qui s’empressent le plus de nier l’existence des miracles, d’en minimiser l’importance, de les qualifier de tours de magie ou de se moquer de ceux qui y croient, sont souvent ceux dont l’emprise sur le récit d’un groupe donné se trouve menacée par des événements extraordinaires. De tels miracles obligent les gens à réévaluer leurs convictions sur le fonctionnement du monde, sur qui le gouverne et sur les voix qui méritent véritablement d’être entendues.
Les voix qui raillent nos miracles, en les présentant à dessein de la manière la plus absurde possible — comme lorsqu’on dit : « Des fidèles dévoués d’Abdullah Hashem affirment qu’il peut guérir les malades et faire disparaître la lune », comme pour faire passer Aba Al-Sadiq pour un simple magicien de cirque —, n’expriment pas seulement du scepticisme envers notre récit : elles cherchent en même temps à imposer et à défendre le leur.
Un récit dont, ne l’oublions pas, ces mêmes médias n’ont jamais eu le moindre scrupule à se faire les porte-voix, ou à offrir une tribune, comme lorsqu’on proclame que telle percée technologique est un « miracle de la science ». Quel est donc le message sous-jacent ? Que les seuls miracles acceptables, les seuls que la société tolérera, sont ceux que l’on peut monnayer ou qui entrent dans le cadre existant. Tout miracle qui contrarie des intérêts établis est écarté, tandis que ceux qui servent des visées commerciales ou idéologiques, fussent-ils faux, sont célébrés.
Pourquoi les miracles comptent-ils ?
Chaque fois qu’un miracle se produit, un conflit naît non seulement dans l’esprit de ceux qui en ont connaissance, mais aussi dans la société, en heurtant les croyances collectives et les structures de pouvoir qui cherchent à imposer leur version de la réalité. Cette lutte pour la vérité est aussi actuelle aujourd’hui qu’au temps de Moïse. Les miracles ne défient pas seulement les explications scientifiques ou les récits historiques convenus : ils allument aussi une bataille de récits où la vérité divine affronte les mensonges et les manipulations de ceux qui se sentent menacés par la révélation du divin.
Les récits de miracles nous rappellent qu’un autre monde est possible. Et plus encore : ils suggèrent que le monde auquel nous aspirons est déjà là, perçant de temps à autre la routine et la monotonie, interrompant notre quotidien pour nous demander : jusqu’à quand ? Jusqu’à quand accepterons-nous une vie qui consiste seulement à fermer les yeux et à nous refuser la possibilité d’une existence emplie, chaque jour, de l’expérience magique et mystique du divin ?
À qui profite ce récit qui présente les miracles comme réservés aux seuls simples d’esprit et aux ignorants, dupés par des imposteurs ? Et qui sont, en réalité, les véritables imposteurs ? Sont-ce ceux qui peuvent réellement accomplir des miracles ? Sont-ce ceux qui ont été témoins d’un miracle ? Ou bien sont-ce, au contraire, ceux qui, sans la moindre honte, emploient le langage du miracle là où il n’y a ni foi ni miracle, mais seulement le simple désir de gagner de l’argent, d’acquérir du pouvoir, d’attaquer leurs ennemis et de faire le mal ?
Cela aussi n’est-il qu’une question de point de vue ?