Il aidait des enfants autistes — il aide maintenant à bâtir un État Juste Divin
Texte lu en français
Le thérapeute suisse Arnaud Balet maîtrisait une thérapie psychomotrice de pointe, mais sa quête de vérité l’a mené des ashrams à l’Afrique — et enfin à la foi, convaincu que le monde lui-même a besoin d’être guéri.
Par Noor Fatimah Ali · Traduit de l’anglais

Dans le cadre de notre série Professional Profiles, nous mettons en avant des membres de l’AROPL aux carrières et aux compétences accomplies, en montrant comment leur parcours professionnel les a conduits à rejoindre la communauté d’Abdullah Hashem.
Arnaud Balet n’a pas seulement étudié la thérapie : il est passé par l’une des meilleures écoles de Suisse, s’est formé à la thérapie psychomotrice et a bâti une carrière au service d’enfants atteints d’autisme, de paralysie cérébrale et de trisomie 21. Mais, tout en pratiquant des méthodes de pointe, il ne parvenait pas à se défaire du sentiment qu’il manquait quelque chose. Sa quête de vérité l’a mené loin des Alpes : construire des écoles en Afrique de l’Ouest, méditer dans des ashrams indiens, parcourir le Proche-Orient sac au dos. Plus il avançait, plus une question le hantait : à quoi bon aider les gens à s’adapter à un monde qui est lui-même malade ? Cette question l’a finalement conduit à une autre forme de solution — la foi d’Aba Al-Sadiq et un mouvement qui vise non seulement à guérir les individus, mais à guérir le système lui-même.
Vous êtes le messager de l’équipe de sensibilisation pour la Suisse, mais avant de rejoindre la communauté d’Aba Al-Sadiq, vous exerciez comme thérapeute professionnel en Suisse.
Je m’appelle Arnaud Balet. Je suis né et j’ai grandi en Valais, en Suisse. Nous vivions dans un petit village de 3 000 habitants, sur un versant de la vallée, à une dizaine de minutes du chef-lieu du district. Je viens d’une famille catholique : ma mère était institutrice et mon père ancien footballeur professionnel, qui tenait aussi son propre garage automobile. Nous étions une famille de quatre, dans une jolie villa. Nous n’avons jamais déménagé. Chaque été, nous profitions de belles vacances et de voyages à l’étranger.
J’ai eu une enfance heureuse, je n’ai jamais manqué de rien, j’ai fait beaucoup de sport et j’avais de nombreux amis. De 12 à 19 ans, j’ai suivi un programme d’élite en football, avec l’objectif de devenir joueur professionnel. À 16 ans, la spiritualité est entrée dans ma vie après la mort de mon meilleur ami. Depuis, je porte une soif profonde de chercher des réponses sur la vie et la mort, sur Dieu et Sa création.
Pendant les vacances scolaires, j’ai toujours fait de petits boulots pour avoir de l’argent de poche (travaux d’entretien, postes en supermarché, cours particuliers de français), mais je n’ai jamais eu d’emploi fixe avant la fin du lycée. Quand j’ai obtenu mon diplôme à 19 ans, j’ai pris une année de césure pendant laquelle j’ai servi à l’armée, avant de devenir objecteur de conscience et d’intégrer le service civil national. J’y ai eu l’occasion de travailler avec des migrants, comme enseignant et comme accompagnant.

Cette même année, j’ai aussi mis pour la première fois les pieds en Afrique de l’Ouest (au Bénin). J’en suis revenu avec un projet humanitaire : construire et faire vivre une crèche-école maternelle dans une zone reculée, en collaboration étroite avec des sœurs catholiques locales. Cette année-là m’a ouvert bien des horizons et m’a convaincu d’explorer une voie dans le travail social et les relations humaines.
Durant cette période, j’ai rencontré quelqu’un qui était thérapeute en psychomotricité. Il a eu un impact majeur sur ma vie, en particulier dans ma quête de vérité, mon travail sur moi-même et mon désir de devenir un meilleur être humain et de me rapprocher de Dieu. Il est devenu un modèle, m’enseignant la méditation, la médecine chinoise et le taï-chi. J’ai compris que son métier était quelque chose que j’aimerais exercer. Je me suis donc inscrit aux examens d’entrée de l’École de psychomotricité de Genève, je les ai réussis et j’y ai été admis.
C’était une école merveilleuse, qui encourageait une profonde transformation personnelle tout en nous formant à nous comprendre nous-mêmes et à comprendre les autres. Ce métier intègre le corps et l’esprit, l’expérience intérieure et extérieure, et l’unité de la pensée, du ressenti et de l’action. L’approche était très pratique et nous confrontait à des situations réelles. Dès la troisième année, les étudiants acquéraient déjà une expérience de terrain en travaillant deux jours par semaine comme stagiaires dans des institutions (dans mon cas, un foyer pour personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer), tout en poursuivant leurs cours et leur formation thérapeutique.
Après avoir réussi mes examens finaux, il me restait à mener un travail de recherche pour obtenir mon diplôme. Cela m’a pris encore un an et demi, durant lequel j’ai travaillé auprès d’enfants (orphelins, enfants en situation de handicap, enfants nécessitant une intervention chirurgicale lourde, etc.) au sein d’une organisation humanitaire, Terre des Hommes Valais. Une fois mon certificat obtenu, je suis parti pour un tour du monde d’un an, sac au dos — en Grèce, en Israël, en Palestine, en Italie, en Turquie, en Inde et au Népal. Peu après, je me suis installé au Portugal, où le maître spirituel que j’avais rencontré en Inde avait fondé un ashram. J’y ai vécu par intermittence pendant deux ans, en retournant plusieurs fois en Inde.
De retour en Suisse, j’ai de nouveau travaillé comme thérapeute en psychomotricité dans une école — cette fois auprès d’enfants lourdement handicapés, atteints notamment de paralysie cérébrale, d’autisme sévère et de trisomie 21. Je tenais aussi un petit cabinet privé, où je proposais des séances de développement personnel pour adultes, ainsi que des ateliers de méditation et de soins énergétiques.
Les moments les plus gratifiants de mon métier, ce sont ceux où des patients ou des enfants se transforment, surmontent leurs difficultés, trouvent la paix et le bonheur et se relient à ce qu’ils ont de plus vrai en eux — les moments où je vois que mon travail est vraiment utile aux autres.



Comment avez-vous entendu parler de cette religion ? Et pourquoi avoir décidé de la rejoindre ?
J’ai entendu parler de cette religion pour la première fois par mon frère Guillaume. Comme toujours, nous avions une conversation spirituelle en profondeur, et ce soir-là il s’est mis à parler d’Ahmed Al-Hasan, du Mahdi, des bannières blanches et de sujets voisins. Des échanges semblables se sont poursuivis pendant quelques années, à chacune de nos rencontres.
En 2015, j’ai eu ma première révélation : une expérience directe, empirique, de la présence d’Ahmed Al-Hasan — quelque chose de presque impossible à mettre en mots. Un an et demi plus tard, j’ai vécu une autre expérience profonde, au cours de laquelle je me suis naturellement prosterné devant sa présence invisible et pourtant palpable.
En 2018, j’ai rendu visite à mon frère en Allemagne, où il vivait depuis un an au sein de la communauté. Pendant ce séjour, j’ai fait un rêve qui a changé ma vie, dans lequel Dieu a répondu à ma prière en me montrant si cet appel était la vérité. Dieu me l’a confirmé sans la moindre ambiguïté, dans un rêve d’une intensité plus réelle que l’état de veille. Quelques mois plus tard, j’ai rejoint la communauté.
Comment pouvez-vous mettre au service de cette religion les compétences acquises dans votre métier ?
J’utilise mes compétences professionnelles lorsque je m’adresse à de nouveaux croyants, en tant que membre de l’équipe de sensibilisation francophone. Ce travail fait largement appel à la psychologie, à l’écoute active et à la rencontre de caractères, de cultures et de personnalités très divers.
Comme thérapeute, mon rôle était d’aider les gens à atteindre la paix intérieure et à créer leur propre environnement, dans lequel ils puissent se sentir entiers, complets et accordés à leur noyau le plus intime. Le même principe s’applique quand je parle dans des émissions, sur TikTok, ou quand je reçois des appels de croyants ou de futurs croyants.
Comme rédacteur, je m’investis dans le versant créatif de la communication, en recourant à des approches artistiques pour présenter le message d’Aba Al-Sadiq. En psychomotricité, l’art et la créativité sont des outils essentiels pour atteindre les gens, transmettre un message et les aider à se relier à leur véritable identité, à leur raison d’être et à leur noyau le plus profond.
Que souhaiteriez-vous dire aux personnes qui exercent encore votre métier aujourd’hui ?
D’abord, je voudrais leur dire qu’en tant que thérapeutes, nous devons aider les gens à trouver leur propre chemin pour devenir la meilleure version d’eux-mêmes. Mais comment être entier, en paix et pleinement soi-même en excluant la composante la plus importante — Dieu ? Dieu est la source de la paix, du bonheur, de la complétude et de la plénitude.
Ensuite, il m’est apparu clairement que le travail d’un thérapeute n’a aucun sens s’il consiste seulement à aider les gens à s’adapter à un monde qui est lui-même malade et qui rend malade. Si des personnes — adultes ou enfants — sont malheureuses, se comportent mal ou souffrent de leur situation corporelle et psychique, c’est souvent parce que le monde qui les entoure est absurde, sans Dieu, et les rend plus inadaptées, plus malheureuses et plus brisées. Une personne en situation de handicap peut être très heureuse et mener une vie épanouie dans un lieu où l’environnement la soutient et lui convient.
En psychomotricité, nous accordons une grande attention à l’environnement — aussi bien au cadre thérapeutique qu’au milieu de vie de la personne. Le monde d’aujourd’hui est organisé de telle façon que les gens ne peuvent être ni vraiment heureux ni vraiment épanouis. Travailler à « réparer » les gens tout en les laissant dans un environnement dysfonctionnel n’a pas de sens. Nous devons changer le système dans lequel nous vivons, et nous devons trouver un dirigeant juste, capable d’instaurer un ordre équitable, sain et équilibré, dans lequel les êtres humains puissent véritablement s’épanouir.