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Tyrannie contre justice : les systèmes d’aujourd’hui tiennent-ils leurs promesses ?

Texte lu en français

Examen de la quête humaine du gouvernement idéal, mise en regard des systèmes de tyrannie et de l’état divin de justice.

Par Noor Fatimah Ali · Traduit de l’anglais

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tyrannie contre justice

La recherche du système de gouvernement idéal est une quête séculaire, qui a échappé à l’humanité tout au long de l’histoire. Des philosophes de la Grèce antique aux penseurs les plus sages d’hier et d’aujourd’hui, les hommes se sont demandé si une société ou un État parfaits pouvaient exister. Il y a des siècles, les narrations islamiques, par exemple, prophétisaient qu’une figure de sauveur appelée le Qaim (le Leveur) ferait naître précisément un tel État, après avoir ôté de la terre l’injustice et la tyrannie. Cette affirmation est reprise par les narrations de nombreuses autres religions du monde, comme le christianisme, le judaïsme et le bouddhisme ; et, à la lumière de l’actualité, elle nous conduit à la question : qu’en est-il des systèmes d’aujourd’hui ?

Les États et les systèmes que nous voyons aujourd’hui sont-ils véritablement le sommet du gouvernement et de la justice ? Sont-ils le reflet fidèle des idéaux qu’ils prétendent représenter, ou bien plutôt des systèmes de tyrannie et d’esclavage du XXIe siècle ?

La démocratie — la dictature de la majorité

Le système le plus répandu que nous voyons aujourd’hui est la démocratie. On la présente souvent comme le gouvernement du peuple. Pour beaucoup aujourd’hui, ce n’est pas seulement un idéal, mais un trait essentiel d’un système de gouvernement éclairé. En démocratie, les gens ont la possibilité d’élire des dirigeants et de participer aux décisions et aux politiques. La volonté de la majorité l’emporte. Le système est censé servir son peuple par la participation des citoyens et l’égalité du droit de vote, mais il n’est pas sans défauts. Ce qui est vendu comme le gouvernement du peuple est le gouvernement de la majorité. En maintes occasions de l’histoire, ce choix s’est révélé problématique. Ainsi, une enquête BMG Research de 2017 au Royaume-Uni a établi que les deux tiers du public britannique (67 %) ne lisaient pas du tout les programmes politiques. Ce manque de connaissance peut conduire des masses mal informées à prendre des décisions politiques néfastes pour la société. La démocratie peut permettre à des individus intéressés de manipuler et d’influencer la majorité des citoyens, les dirigeants privilégiant des politiques de court terme qui assurent leur réélection plutôt que d’investir dans des projets de long terme, peut-être impopulaires mais plus profitables à la société. Au pire, la démocratie peut dégénérer en un régime où la majorité agit comme une foule qui impose sa volonté sans considérer le bien de tous les citoyens.

des gens acclamant Adolf Hitler
Adolf Hitler a été élu par la majorité des Allemands en 1932

Le capitalisme — exploiter les plus faibles

Le capitalisme, système économique dans lequel le commerce, l’industrie et les profits d’un pays sont contrôlés par des entreprises ou des particuliers privés, est un trait principal de la plupart des pays démocratiques. C’est un système qui se flatte d’encourager l’innovation et les possibilités, son exemple le plus visible étant les États-Unis, l’une des superpuissances les plus riches que le monde ait jamais connues. Le capitalisme est mû par le profit, d’une manière qui, dit-on, sert au mieux la société par une allocation efficace des ressources ; mais est-ce là la réalité du capitalisme que nous voyons aujourd’hui ?

Tandis que nous assistons aux pires excès du capitalisme, qui enrichissent les riches et imposent une disparité de richesse, les questions de la justice et de l’humanité passent au premier plan.

statistiques des inégalités de richesse

Dans bien des cas, la poursuite sans fin du profit se fait aux dépens des droits humains et de la dignité, et aboutit souvent à l’exploitation des travailleurs, en particulier dans les pays en développement. L’existence d’ateliers de misère, où hommes, femmes et enfants travaillent dans des conditions épouvantables pour des salaires insuffisants, met en lumière l’immense écart entre riches et pauvres, nourri par l’avidité des entreprises. Le capitalisme a aussi été largement critiqué pour la destruction de l’environnement par des pratiques non soutenables. Des industries comme les combustibles fossiles, l’extraction minière et la déforestation ont provoqué une pollution immense et une perte de biodiversité, les entreprises ignorant les conséquences à long terme de leurs actes, tout cela au nom du gain financier.

Un système qui place le profit au-dessus de tout peut-il être considéré comme humain ou idéal ? Les plus riches ont amassé des fortunes stupéfiantes, tandis que les pauvres affrontent une détresse croissante dans ces sociétés mues par le capitalisme. Qui appellerait cela un système juste ?

Communisme et socialisme — est-ce réaliste ?

À l’autre bout du spectre se trouve le communisme, essentiellement un système où toute propriété et toute richesse appartiennent à l’État plutôt qu’aux individus. Chacun, dans la société, partage les bénéfices, qui sont répartis à égalité. Cette propriété publique complète des biens vise à créer une société entièrement sans classes et égale. L’histoire a pourtant connu d’innombrables cas de famines généralisées, d’oppression et de violations des droits humains dans les États communistes, comme l’Union soviétique et la Chine. Ces gouvernements ont été associés à un monopole du pouvoir politique et à la répression de l’opposition. En outre, le modèle économique du communisme a échoué à maintes reprises dans la pratique, sapant les idéaux mêmes que ce système entend défendre.

la pauvreté en Union soviétique
Des enfants pauvres pendant la famine en Union soviétique communiste

Le socialisme est un système économique et politique fondé sur la propriété collective, avec pour but d’assurer une répartition égale de la richesse et des ressources. Tandis que le communisme vise à éliminer toute propriété privée, le socialisme laisse aux citoyens la possibilité de posséder certains biens privés. Ce système n’est pourtant pas clairement défini, et l’étendue de la propriété privée varie, les interprétations et les approches du socialisme étant diverses. Dans la réalité pratique, les systèmes socialistes ont connu des réussites limitées, mais aussi des échecs, en matière de prospérité économique et de bien-être.

L’Union soviétique a connu une croissance industrielle initiale, mais elle s’est finalement effondrée du fait d’une économie faible, d’un manque d’innovation et d’une mauvaise gestion des ressources. L’économie socialiste de la Corée du Nord a été considérée comme un échec, avec une pauvreté généralisée, des pénuries alimentaires et de graves atteintes aux droits humains. La Chine socialiste sous Mao Zedong a souffert de la famine, de l’oppression et d’un déclin économique de grande ampleur. Beaucoup de systèmes socialistes souffrent de corruption, d’abus de pouvoir et d’échec économique. L’exploitation du système de protection sociale y est courante. En conséquence, la détresse économique et une immense souffrance humaine ont accompagné la mise en œuvre des politiques socialistes, malgré leurs objectifs déclarés d’équité et d’égalité.

Les problèmes qui accablent les sociétés islamiques modernes

Bien d’autres systèmes de gouvernement existent et ont existé ; mais ces quelques aperçus révèlent la facilité avec laquelle tout système peut tomber victime de la corruption. Malheureusement, ce n’est pas le cas des seuls systèmes non religieux. En bien des cas, ceux qui reconnaissent la justice et l’humanité comme des droits donnés par Dieu s’en tirent plus mal encore. Bien qu’ils affirment être sur le vrai chemin, celui qui reconnaît que l’autorité appartient à Dieu, les musulmans ont éprouvé d’immenses difficultés à mettre en œuvre quoi que ce soit qui ressemble, même de loin, à un système juste et éclairé.

C’est là ce qui est central, et c’est semble-t-il principalement en considération de cela que le Prophète Mohammed, sur son lit de mort, a dicté un testament contenant des instructions claires, qui auraient empêché la nation musulmane de s’égarer. Dès le moment où les musulmans ont écarté le testament et le système divin de direction désigné par Dieu, le monde musulman a sombré dans le chaos, l’effusion de sang et la dévastation les plus terribles qu’on ait jamais vus. Ayant délaissé le testament de leur Prophète et le testament de Dieu, les musulmans se sont trouvés abandonnés. Leurs propres systèmes faits de main d’homme, chacun drapé du manteau de la légitimité religieuse, sont remplis d’injustice, de corruption et de statistiques qui donnent à réfléchir.

Les nations musulmanes les plus riches et les plus influentes sont dirigées par une monarchie, système héréditaire où le pouvoir se transmet d’une génération à l’autre au sein d’une même famille. Dans la plupart des pays musulmans, le monarque détient une autorité absolue et illimitée, sans aucune loi pour tenir le gouvernant comptable ni permettre sa révocation. Dans ce système, une seule famille jouit d’un privilège immense du seul fait de la naissance, ce qui conduit souvent à l’abus de pouvoir. Un regard sur la conduite des monarques et sur la souffrance et les atteintes aux droits humains dans leurs sociétés révèle combien ces familles royales trahissent non seulement les principes de l’humanité et de la justice, mais aussi les valeurs islamiques mêmes qu’elles prétendent défendre.

L’Arabie saoudite illustre ce système monarchique, la famille Al-Saoud régnant depuis la fondation de la nation en 1932. La fortune de la famille royale saoudienne, estimée à plus de 1 400 milliards de dollars, finance son train de vie extraordinairement fastueux, qui contraste grandement avec la pauvreté généralisée et la lutte quotidienne pour la survie que connaissent des millions de personnes dans la région. L’extravagance de la famille royale se voit clairement dans ses possessions : le palais Al-Yamamah, étendu sur 4 millions de pieds carrés, un tableau de Léonard de Vinci à 450 millions de dollars, un superyacht de 400 millions de dollars et des véhicules de luxe plaqués or.

En 2018, le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi a attiré l’attention internationale sur les politiques oppressives et la répression brutale menées par la monarchie saoudienne. Mais la richesse et le pouvoir absolu des monarques saoudiens, en particulier du prince héritier Mohammed ben Salmane, ont créé un système où les politiques oppressives peuvent prospérer, la famille royale étant à l’abri de toute obligation de rendre des comptes.

D’autres nations islamiques existent comme Républiques islamiques, telle la République islamique d’Iran. L’Iran est un État qui prétend représenter l’Imam Al-Mahdi ; mais, comme le détaille le livre « Le But du Sage », il existe de criantes incohérences entre les actes de l’Iran et le statut qu’il proclame. L’Iran est une nation remplie de savants qui prêchent les miracles et les guérisons aux sanctuaires, tandis que ces mêmes clercs envoient leurs propres proches dans des hôpitaux occidentaux pour des traitements médicaux coûteux. Ce n’est là qu’un exemple frappant de l’hypocrisie flagrante des savants aux plus hauts niveaux de ce système. Les accusations de corruption, les prisons inhumaines, les réseaux de prostitution, les meurtres brutaux et les répressions ne sont jamais loin de ce gouvernement de la ligne dure, dirigé par des clercs qui prétendent représenter le 12e Imam.

Un système de justice véritable

Malgré les efforts de l’humanité au fil de l’histoire, tout système de gouvernement — capitalisme, communisme, socialisme ou démocratie — s’est finalement révélé exposé à la corruption, à l’oppression et à l’injustice sous une forme ou une autre, principalement du fait de politiciens corrompus ou faibles et d’entreprises immorales. Leur influence considérable dans ces systèmes conduit à des décisions et à des politiques qui dégradent la société.

Et les gens du commun ? Ils souffrent de ces manquements et endurent des difficultés quotidiennes que les gouvernements et les systèmes sont incapables ou peu désireux de résoudre. Dans ces États, les citoyens peuvent subir l’emprisonnement, voire la mort, pour avoir exercé leurs droits humains élémentaires. Malgré l’existence de lois et de règlements, la justice ne peut prévaloir.

À y regarder de plus près, il apparaît que chaque système a un défaut central : il est incapable d’empêcher des dirigeants intéressés d’accéder à l’autorité, ce qui conduit finalement à l’effondrement de la société par des décisions contraires à l’intérêt public. Il est donc logique que, si le gouvernant est éclairé et prend les meilleures décisions possibles en chaque cas, sans aucun intérêt personnel, un système ayant cette personne pour dirigeant serait le plus efficace et le plus efficient. Tout revient donc, en fait, à une personne. Platon l’avait compris il y a 2 300 ans.

La République de Platon

Dans « La République » de Platon, Socrate imagine un État idéal gouverné par des rois philosophes. Dans ce système, les gouvernants ne prennent pas de décisions pour les entreprises, pour la majorité ou pour leur gain personnel : les décisions sont fondées sur la justice. La direction est déterminée par le mérite, la sagesse et la noblesse de caractère, non par la richesse ou le privilège. Platon croyait que seuls les philosophes peuvent véritablement connaître les formes — autrement dit, avoir une compréhension de la réalité véritable —, ce qui leur donne la capacité singulière de gouverner avec justice. Ces rois philosophes se verraient confier la charge de défendre les principes de l’État et de guider son peuple, avec un engagement sincère envers la justice et le bien de tous. « La République » de Platon présente la vision détaillée d’un État où les droits humains sont protégés et où une société idéale fondée sur la justice est établie.

graffiti Amérique et Rome

C’est cette idée même d’un État éclairé et juste, établi et maintenu par le gouvernement des plus vertueux et des plus capables, qui présente une ressemblance frappante avec la promesse divine faite par les Ahlul Bayt. La venue du Qaim (le Leveur) Aba Al-Sadiq Abdullah Hashem inaugurerait une ère de paix et de gouvernement sous sa forme idéale, afin de créer un état divin juste. Cette société promise serait une société où les droits humains sont protégés, où les décisions sont prises pour le plus grand bien de l’humanité, et où la vérité et la justice règnent en maîtresses — une véritable incarnation de la société parfaite que les philosophes de la Grèce antique ont minutieusement détaillée dans leurs textes philosophiques.

Ainsi, le chemin vers l’établissement d’un système de gouvernement juste, éclairé et prospère réside dans l’attachement au testament sacré laissé par le Prophète Mohammed et par tous les prophètes et messagers, jusqu’à Adam, à qui il avait été confié de conduire l’humanité vers cet État prophétisé, libre de pauvreté et d’oppression. Cette promesse est l’aboutissement de la quête séculaire d’un système véritablement juste, après une ère, ou plutôt après bien des ères d’injustice, de corruption et de déclin moral généralisés, qui nous sont présentées. Ce n’est pas un système de justice selon des interprétations subjectives et des systèmes faillibles, mais la mise en œuvre de la justice sous la guidance et le commandement de Dieu. Aujourd’hui, en notre temps, le chemin vers la réalisation de cette promesse divine a été éclairé par les héritiers de l’héritage du prophète. Il nous incombe à tous de préparer activement le terrain de cet État promis, qui apportera à l’humanité la paix véritable, l’égalité et un renouveau spirituel.