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Une statue qui paraît vivante : une histoire vraie du Mexique

Texte lu en français

À Xochimilco, une image vénérée que l’on dit agir comme un vivant remet en vue une vieille question : qu’adorons-nous vraiment ?

Par Vanessa Debora Gardea Vega · Traduit de l’anglais

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Niñopa

À Xochimilco, dans la ville de Mexico, le Niñopa est la pièce maîtresse de la foi et de l’identité de la communauté. Chaque année, le 2 février (la Chandeleur), une nouvelle famille gardienne (mayordomía) accueille l’image pour l’année. La tradition veut que l’image ait été sculptée au XVIe siècle par un artisan indigène dans du bois de palo de colorín.

Beaucoup d’habitants associent depuis longtemps l’Enfant, symboliquement, à Huitzilopochtli — « le colibri du sud » —, un exemple de syncrétisme religieux qui s’est formé au Mexique lors de l’évangélisation par les missionnaires espagnols.

Associer des motifs sacrés familiers à des images chrétiennes réduisait souvent la résistance des communautés vivant sous la pression coloniale. À travers le Mexique, les strates de cette histoire sont visibles : à Cholula, par exemple, le sanctuaire de Notre-Dame des Remèdes se dresse au sommet de la Grande Pyramide jadis dédiée à Quetzalcóatl, patron du sacerdoce et dieu de la sagesse, du savoir et de l’intelligence.

Église baroque au sommet de la colline, bâtie au-dessus de la Grande Pyramide de Cholula (Tlachihualtepetl), Puebla, Mexique. Photo : Dge, « ZA Cholula (30).jpg », CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Église baroque au sommet de la colline, bâtie au-dessus de la Grande Pyramide de Cholula (Tlachihualtepetl), Puebla, Mexique. Photo : Dge, « ZA Cholula (30).jpg », CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Il existerait une liste d’attente pour la charge qui s’étend jusque dans les années 2040, certaines familles attendant des décennies. La mayordomía est une coutume locale chérie : la famille qui accueille l’image prend la responsabilité du programme annuel de prière, de visites et d’hospitalité.

La passation et les grandes processions sont accompagnées de groupes de chinelos, qui défilent dans les rues coiffés de hauts chapeaux à plumes, vêtus de capes brodées et masqués de visages pâles aux barbes stylisées. Des foules accompagnent le Niñopa du domicile du gardien sortant jusqu’à San Bernardino de Siena pour la messe, beaucoup portant leurs propres images de l’Enfant Jésus sous des titres divers (advocaciones — c’est-à-dire des titres dévotionnels ou patronaux liés à des lieux ou à des communautés).

Les habitants traitent le Niñopa comme un enfant vivant. Sous la mayordomía, la famille l’habille, le berce et l’endort chaque soir, et le « nourrit » symboliquement — des gestes d’amour qui exigent des ressources considérables pour accueillir les invités et organiser des repas en son honneur. On lui offre des jouets avec lesquels « jouer » — ballons, balles et autres présents traditionnels. Certaines années, ces jouets sont ensuite donnés à des enfants du quartier ; d’autres années, ils sont conservés dans le patrimoine du Niñopa, selon la mayordomía. Ses biens sont considérables : lorsque l’image change de gardien, trois à quatre camions, chacun transportant trois à quatre tonnes, peuvent être nécessaires pour acheminer vêtements, jouets et cadeaux domestiques.

Le Niñopa, l’Enfant Jésus bien-aimé de Xochimilco, lors d’une visite paroissiale à Tepepan en 2022. Photo : Eduardo Ruiz Mondragón, « El Niñopa », CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Modifications : recadrage et ajustement des couleurs. Cette image adaptée est diffusée sous licence CC BY-SA 4.0. Texte alternatif : gros plan du Niñopa en vêtements brodés richement ornés
Le Niñopa, l’Enfant Jésus bien-aimé de Xochimilco, lors d’une visite paroissiale à Tepepan en 2022. Photo : Eduardo Ruiz Mondragón, « El Niñopa », CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Des dévots rapportent de petits signes : des pas légers, des jouets déplacés, une présence qui réchauffe. Certains disent qu’au matin ses vêtements portent de la terre ou de l’herbe comme s’il était allé au jardin ; d’autres murmurent qu’il goûte la nourriture qu’on lui laisse ou qu’ils ont entendu des rires doux dans la nuit. Quelques témoins disent que ses joues changent de couleur lorsqu’il rend visite aux malades, comme un signe d’espoir ou d’avertissement. Beaucoup disent aussi qu’il « apprécie » les promenades sur les trajineras fleuries, les barques des canaux de Xochimilco. Pour les croyants, ces témoignages rejoignent des traditions plus larges d’images « vivantes » à travers les cultures.

Le rythme quotidien est soigneusement organisé. En semaine, le Niñopa est conduit à des visites programmées chez des particuliers et dans des institutions — parfois à pied avec les chinelos, parfois en voiture. La messe peut être célébrée à l’église la plus proche ou, à l’occasion, au domicile d’accueil. Certaines visites sont publiques, d’autres privées ; la plupart sont offertes en action de grâce pour des faveurs ou des guérisons perçues. À 20 heures chaque jour, la communauté se rassemble pour le chapelet conduit par le gardien en exercice. Le dimanche, il n’y a pas de visites à domicile ; le gardien emmène plutôt le Niñopa à San Bernardino pour la messe de 17 h 30, après quoi l’image revient en procession pour le chapelet. Chaque année, le 2 février (la Chandeleur), une nouvelle famille reçoit l’image au milieu de la musique et de la danse, et fournit de grandes marmites de nourriture — tamales, riz, mole et bien d’autres — pour nourrir les foules.

Alejandro Linares García, « Chinelos… après la procession du Niñopa », CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Alejandro Linares García, « Chinelos… après la procession du Niñopa », CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Témoignage oral : l’histoire de Guillermo

Guillermo espérait accueillir le Niñopa depuis son enfance. Vers vingt ans, il subit une agression violente qui lui laissa une fracture de la mâchoire et une perforation intestinale, exigeant une longue convalescence durant laquelle, dit sa mère Pilar, la foi le maintint en vie. Il étudia ensuite la pédiatrie et — après bien des années sur la liste d’attente — reçut enfin la charge en 2003. Selon les proches de la mayordomía, les préparatifs prirent environ deux ans.

La veille de la Chandeleur, il coordonna les décorations florales et servit à l’autel. Durant la messe de passation, après la lecture des obligations, Guillermo fit la promesse traditionnelle : « Mi casa desde hoy es la casa del pueblo » — « À compter d’aujourd’hui, ma maison est la maison du peuple. »

Depuis l’église, une grande foule accompagna l’image jusqu’à la maison López Caleano, où un abondant repas public fut servi et où des équipes furent organisées pour la musique, la prière et la logistique quotidienne. La famille aurait attendu des décennies son tour de servir comme gardienne, préparant longtemps à l’avance décorations de rue, banderoles, tables et bénévoles.

J’ai travaillé un jour avec une infirmière qui avait accueilli le Niñopa ; elle m’a dit que beaucoup de miracles s’étaient produits dans sa vie. Bien que la famille ait dépensé beaucoup d’argent et d’efforts — parce qu’elle hébergeait et nourrissait tous ceux qui venaient vénérer l’image —, elle se souvient avec gratitude du privilège d’avoir accueilli l’Enfant.

Il existe aussi d’innombrables témoignages de personnes qui disent avoir reçu des faveurs par une image. Enfant, mon père allait voir le Seigneur des Merveilles (El Señor de las Maravillas), et ma mère faisait un pèlerinage annuel à Notre-Dame de Guadalupe (La Virgen de Guadalupe), l’image qui compte le plus grand nombre de fidèles au Mexique. Environ 11 à 12 millions de pèlerins visitent d’ordinaire la basilique de Guadalupe entre le 8 et le 12 décembre, et plus encore sur l’ensemble du mois. Certains s’approchent à genoux — parfois jusqu’au sang —, d’autres marchent des heures ou même plusieurs jours depuis tout le pays, certains portant de lourdes images ou courant pieds nus sur les routes du Mexique.

Des rituels de l’enfance à une foi prudente

Aujourd’hui encore, je pense aux images comme à des miroirs de l’invisible. Elles faisaient partie de mon enfance catholique ; j’en gardais quelques-unes chez moi et je suivais bien des petits rituels dans la vie quotidienne. Plus tard, en lisant l’Écriture, j’ai pris au sérieux les mises en garde contre les idoles :

Tu ne te feras point de dieux de fonte.Exode 34:17
Tu ne te feras point d’image taillée… Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point.Deutéronome 5:8-9

Pendant longtemps, j’ai évité toute image de saints et de figures sacrées, croyant que les honorer risquait de déshonorer Dieu. Beaucoup de musulmans sunnites, pour des raisons théologiques différentes, insistent eux aussi sur l’aniconisme (la prudence à l’égard des images sacrées). Je comprends le désir de ne rien faire contre Dieu — et pourtant les gens continuent de parler de miracles : des statues qui « rient », qui « mangent » ou qui offrent leur aide.

Les gens mentent-ils ? De tels signes sont-ils démoniaques ? Nous voulons simplement adorer Dieu comme il convient — mais pouvons-nous ignorer qu’il existe des témoins ? C’est pourquoi cette conférence m’a fascinée : elle offre un cadre pour considérer ce qui pourrait être caché à la vue de tous — comme l’a illustré l’écrivain Edgar Allan Poe dans « La Lettre volée ». Et, bien sûr, les films modernes jouent souvent avec l’idée d’objets possédés ou d’images hantées, ce qui maintient la question vivante dans la culture populaire.

Les images détiennent-elles un pouvoir ? Dévots, sceptiques et rites de Santería

Nous avions rarement imaginé que des statues puissent agir comme des êtres vivants. Pourtant, les dévots racontent des histoires qui méritent une enquête honnête. Ce qui m’a fascinée dans la conférence d’Aba al-Sadiq, c’est le rappel que, dans certains contextes chrétiens, les images sont voilées ou même défigurées — yeux et nez ôtés — afin de rendre clair qu’elles ne détiennent aucun pouvoir propre. Si les images sont sans pouvoir, pourquoi une telle précaution ? Le point, comme l’argumente la conférence, est d’empêcher une dévotion mal dirigée, non d’accorder un pouvoir à l’objet. Il s’agit davantage de reconnaître que ce n’est pas l’image elle-même, mais bien celui qu’elle représente qui, dans certains cas, devient quelque chose comme un moyen de recevoir l’intercession des saints. Bien qu’il ne soit pas vrai que toutes aient un pouvoir, certaines en ont, ce que vous pouvez voir plus en détail dans la conférence d’Aba al-Sadiq.

(Conférence complète publiée au bas de cet article)

Je me souviens de prêtres de Santería me disant que si quelqu’un ne peut plus tenir ses obligations, un objet consacré ne doit pas être jeté. Il faut plutôt consulter un babalawo ou un santero pour accomplir un ebbó — un « déclassement » rituel qui libère la consécration. Un prêtre m’a avertie que se débarrasser d’un objet sacré sans le rite approprié pouvait causer un grave dommage — voire la mort.

Rassemblés avec ce que nous adorons

Ce n’est qu’après l’explication d’Aba al-Sadiq que la chose a pris sens. Le témoignage des témoins — ceux qui vénèrent différentes images au Mexique ou qui consacrent des objets dans la Santería — appuie cette ligne de pensée. De tels rituels, qu’il s’agisse de « nourrir » des images ou de consacrer puis de « libérer » des objets, sont répandus et culturellement acceptés. C’est là que l’avertissement du Prophète Mohammed, et l’enseignement coranique, prennent leur force : les gens sont rassemblés avec ceux qu’ils ont suivis — et avec tout ce qu’ils adoraient.

[Il sera dit aux anges :] Rassemblez les injustes avec leurs semblables, et tout ce qu’ils adoraient.Coran 37:22
Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée… « Je te donnerai toutes ces choses, lui dit-il, si tu te prosternes et m’adores. » Jésus lui dit : « Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »Matthieu 4:9-10, NIV

Un avertissement dans l’histoire du veau

En l’absence de Moïse, son peuple fit de ses bijoux un veau — une image qui mugissait. Ne voyaient-ils pas qu’il ne pouvait ni leur parler ni les guider vers le droit chemin ? Pourtant ils le prirent pour dieu et devinrent injustes.Coran 7:148

Beaucoup négligent que le texte dit que le veau émettait un son — il « mugissait ». Dans une autre conférence, Aba al-Sadiq suggère que le fabricant « a puisé dans la puissance de Gabriel ». Que l’on accepte cette lecture ou que l’on voie ce son comme un truquage ou une méprise, l’effet fut le même : la communauté fut entraînée dans une dévotion mal placée. C’est un autre exemple d’une image liée à un sentiment de force réelle — voire surnaturelle.

Nous savons comment l’histoire se termine. Nous sommes souvent émerveillés par les prodiges, mais nous considérons rarement les conséquences.

Et si Allah avait voulu, Il aurait fait de vous une seule nation ; mais Il égare qui Il veut et guide qui Il veut. Et vous serez certes interrogés sur ce que vous faisiez.Coran 16:93

Bien qu’il ne soit pas vrai que toutes aient un pouvoir, certaines en ont, ce que vous pouvez voir plus en détail dans la conférence d’Aba al-Sadiq. Nous pouvons alors mieux comprendre la différence entre une adoration médiatisée par Dieu et une adoration qui ne l’est pas.

Du signe de guérison à l’idole brisée : la leçon de Nehushtan

Dans la conférence, il nous a donné l’exemple du serpent, que certains chrétiens rattachent à la croix.

L’Éternel dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et place-le sur une perche ; quiconque aura été mordu, et le regardera, conservera la vie. » Moïse fit un serpent d’airain, et le plaça sur une perche ; et quiconque avait été mordu par un serpent, et regardait le serpent d’airain, conservait la vie. Cela survient après que les Israélites se sont plaints dans le désert et ont été mordus par des « serpents brûlants ».Nombres 21:8-9

Nom et signification :

Plus tard, le serpent d’airain est appelé Nehushtan.

Il fit disparaître les hauts lieux, brisa les statues et abattit les poteaux d’Astarté. Il mit en pièces le serpent d’airain que Moïse avait fait, car les enfants d’Israël avaient jusqu’alors brûlé des parfums devant lui. (On l’appelait Nehushtan.)2 Rois 18:4

La plupart des spécialistes lisent cela comme un sobriquet dédaigneux signifiant « un morceau d’airain » (de neḥoshet = airain), jouant sur naḥash = serpent.

Pourquoi un serpent ? Au Proche-Orient ancien, les serpents symbolisaient souvent la guérison et la protection (comparez au bâton gréco-romain d’Asclépios, plus tardif). Le point, cependant, n’a jamais été le pouvoir de l’objet, mais la miséricorde de Dieu.

La leçon. Avec le temps, les gens peuvent déplacer leur dévotion — en la dirigeant vers un objet plutôt que vers Dieu. C’est pourquoi Ézéchias brisa plus tard le serpent : un rappel que les signes peuvent aider un moment, mais qu’ils ne doivent pas devenir notre point de mire. Nous devons distinguer entre user d’un symbole et adorer un symbole, et éviter de le traiter comme un substitut à Dieu.

Signe, esprit et prudence

Comme l’a expliqué Aba al-Sadiq (en s’appuyant sur le Discours parfait, Asclépius XXIV), certaines traditions soutiennent que certaines images peuvent « recevoir un esprit », apparaître en songe, donner des avertissements et — par la permission de Dieu — apporter du réconfort ou lever la tristesse lorsque cela convient. L’Écriture porte une véritable tension : d’une part, Dieu ordonne des images comme signes (par exemple les chérubins au-dessus de l’Arche, Exode 25:18-22) ; d’autre part, Il interdit de les adorer, elles ou quelque partie de la création que ce soit.

Il est sage de décrire toute « agentivité » avec précaution. Dans certains milieux chrétiens, des gardiens ont traité des objets comme habilités ou « actifs » jusqu’à ce qu’un rite de libération/déconsécration soit accompli ; les pratiques varient du voilement ou de l’effacement des visages (pour empêcher une dévotion mal dirigée) à un retrait plus strict. À l’inverse, certains contextes chiites permettent un usage dévotionnel plus large, dans certaines limites. Le point commun est l’intention : le signe doit orienter vers Dieu sans Le remplacer.

Il est vrai aussi que, en apparence, certains cercles peuvent sembler vénérer la statuette plus que Dieu. Cela appelle à la prudence, car la Bible et le Coran interdisent l’adoration des choses créées. La distinction classique aide : vénérer un signe qui oriente vers Dieu n’est pas l’adorer ; mais lorsque l’attention se fixe sur l’objet, le signe devient une pierre d’achoppement.

D’autres récits venus du monde entier

Ce n’est pas en un seul endroit que de tels signes sont rapportés.

Delhi, 1995 — le « miracle du lait ». Des milliers de personnes ont dit qu’une cuillerée de lait tendue à une idole de Ganesh « disparaissait », comme si l’idole buvait. Des enquêteurs ont avancé la capillarité et la tension superficielle ; les dévots se sont concentrés sur la prière, la générosité et le rappel de Dieu.

Manchester, 2013 — la statuette tournante de Neb-Senu. Dans les galeries égyptiennes du premier étage du Manchester Museum, une petite statuette du Moyen Empire (Neb-Senu, vers 1800 av. J.-C.) a paru tourner d’elle-même dans sa vitrine (saisie en accéléré) à l’intérieur d’une vitrine murale scellée. Le personnel a capté le mouvement en vidéo accélérée et a relevé que la vitrine était verrouillée et placée à l’intérieur de la galerie plutôt que près d’une entrée, rendant les courants d’air improbables. Des membres du personnel de longue date ont aussi fait remarquer que, durant toutes les années où l’objet avait reposé sur des surfaces semblables, nul ne l’avait jamais vu bouger auparavant — 2013 fut le premier cas enregistré.

Dans l’Égypte ancienne, de telles figurines pouvaient servir de réceptacles de secours si la momie était endommagée — soulignant combien les objets étaient jadis conçus pour « tenir lieu » d’une personne.

Égypte — apparitions lumineuses et icônes de myrrhe. De 1968 à 1971 à Zeitoun (Le Caire), puis de nouveau en 2000-2001 à Assiout, de très grandes foules mêlées ont rapporté des figures lumineuses au-dessus d’églises coptes. Des récits contemporains décrivent des dizaines de milliers de personnes lors des nuits de pointe et, au fil des mois, des centaines de milliers de témoins au total. Parmi les observateurs figuraient des coptes orthodoxes et d’autres chrétiens, des musulmans, et des personnes sans confession déclarée. Par ailleurs, certaines églises ont signalé des icônes exsudant de l’huile ou de la myrrhe. Qu’on les lise comme une grâce ou comme des effets naturels mal compris, ces récits ont suscité prière, repentir et charité.

Culture populaire et « nourrissage » rituel. La poupée Annabelle/Raggedy Ann a popularisé les récits d’objets qui bougent ou qui nuisent ; et dans les traditions afro-atlantiques d’origine yoruba, les fundamentos/otanes consacrés sont traités comme vivants et rituellement nourris. Tous les témoignages ne sont pas surnaturels ; beaucoup ont des explications naturelles. Pris ensemble, cependant, ils montrent pourquoi les gens parlent encore d’« images vivantes ».

Pourquoi revenir aujourd’hui sur ces récits ?

Puisque Aba Al-Sadiq parle de cette possibilité comme d’une réalité, revenir sur ces récits a du sens. Des explications naturelles existent souvent, et nous devrions les examiner plus attentivement. Nous devons résister au biais de confirmation — ne chercher que ce qui conforte notre opinion — et nous ne devons pas ignorer l’Écriture citée dans la conférence. Le centre sûr est clair : si un signe fait quoi que ce soit, ce n’est que par la permission de Dieu ; le signe doit nous ramener à Lui.

Si Allah avait voulu, Il aurait fait de vous une seule nation ; mais Il égare qui Il veut et guide qui Il veut. Et vous serez certes interrogés sur ce que vous faisiez.Coran 16:93

Des bâtons et des serpents à l’adoration véritable

Moïse et Aaron allèrent auprès de Pharaon, et firent ce que l’Éternel avait ordonné. Aaron jeta son bâton devant Pharaon et devant ses serviteurs ; et il devint un serpent. Mais Pharaon appela des sages et des enchanteurs ; et les magiciens d’Égypte, eux aussi, en firent autant par leurs enchantements : ils jetèrent tous leurs bâtons, et ils devinrent des serpents. Et le bâton d’Aaron engloutit leurs bâtons.Exode 7:10-12

Les commentaires rabbiniques approfondissent le propos. Shemot Rabbah 3:12 rapporte le premier signe donné à Moïse (Exode 4), lorsque le bâton devint serpent et que Moïse recula de peur. Shemot Rabbah 8:3 dit que le bâton portait le Nom divin et fut transmis depuis les patriarches — son « pouvoir » dérivait de Dieu, non du bois ni de la magie. Certains midrashim relient même le bâton à la création, soulignant que l’autorité du signe est empruntée, non inhérente.

Le Coran fait écho à cette logique de la permission :

Je façonne pour vous, de l’argile, la forme d’un oiseau ; je souffle dedans et il devient un oiseau — par la permission d’Allah.Coran 3:49

De tels passages ne nous invitent pas à discuter abstraitement du « pouvoir » des objets ; ils enseignent le discernement : ce qui importe, c’est qui autorise, ce vers quoi le signe oriente et où il conduit.

Conclusion — le signe plutôt que le spectacle

Une piété centrée sur l’objet est proche de ce que beaucoup appelleraient de la magie. Le message est le même dans l’Écriture : lorsqu’un signe devient le centre, il doit être brisé, comme Nehushtan. Lorsqu’un signe oriente au-delà de lui-même, il sert.

Nous pouvons dépenser nos biens, notre foi et notre force pour la création, ou nous pouvons embrasser le Créateur, qui seul accorde le pouvoir à Sa création. Le Niñopa montre comment l’amour se traduit en berceuses, en repas, en chapelets et en messes ; la prudence demande où repose notre dévotion ultime. L’Écriture est claire :

Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre.Matthieu 6:24

Du point de vue de la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière, la guidance de Dieu est vivante — le Mahdi annoncé par les prophètes antérieurs, de Jésus à Mohammed (que la paix soit sur lui et sur sa famille). Le plus sage investissement de notre temps et de nos ressources est dans la Guidance Vivante que Dieu envoie, non dans des objets.

Vénérer des statues pour obtenir des faveurs peut attacher nos cœurs au monde visible ; adorer Dieu transforme les signes en chemins, non en pièges. Dieu dévoile les choses cachées par Ses messagers ; cela nous réoriente de la poursuite des merveilles vers la marche dans Son alliance durable avec l’humanité. Aimer le Seigneur de tout notre cœur, de tout notre esprit et de toute notre âme, c’est chercher non pas seulement des conforts quotidiens mais une véritable illumination — et donner notre admiration et notre gratitude là où elles sont dues.

Conférence « Ensouling Statues », de la série The Hall of Mysteries, par le Qaim Aba Al-Sadiq Abdullah Hashem.