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Pourquoi connaître le nom de Dieu ne suffit pas

Texte lu en français

La religion nous a enseigné les noms de Dieu. Mais si ces noms n’étaient que la porte d’entrée ?

Par Lina Irshaid · Traduit de l’anglais

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Secrets de la Cité divine

Connaître le nom d’une chose n’est pas nécessairement savoir ce qu’elle est. Nous pouvons répéter un nom, le vénérer, et même bâtir notre vie autour de lui, tout en restant étrangers à la réalité que ce nom est censé révéler.

Cela vaut tout particulièrement pour le nom « Dieu ». Pour explorer la différence entre connaître le Nom et connaître ce qui se tient derrière lui, imaginez Dieu comme une cité — une cité dont les noms, les attributs, les murailles et les portes révèlent différentes dimensions d’une réalité qu’aucun d’entre eux ne saurait contenir.

Qu’est-ce que la Cité ?

Lorsque nous entendons le mot « cité », nous imaginons naturellement un lieu doté de portes, de rues et de maisons. Pourtant, la cité dont nous parlons ici n’est pas faite de pierre, et elle n’est pas ordinairement visible à l’œil — bien que, en un sens, elle puisse devenir perceptible. C’est une cité de significations et de qualités parfaites et idéales, où chaque attribut désigne quelque chose et où chaque nom sert de signe. Chaque fois que la création se tourne vers ces noms et ces qualités, c’est, en réalité, vers la cité elle-même qu’elle se tourne.

Cette cité est connue sous le nom d’« Allah », « Dieu » — un nom qui nous est très familier. Ce nom bien connu appartient à cette cité merveilleuse dont les citoyens sont les perfections divines incarnées dans les attributs parfaits et les Plus Beaux Noms.

Cependant, ces citoyens ne définissent pas nécessairement leur cité merveilleuse et ne l’embrassent pas pleinement. Ils s’efforcent de le faire, notamment par leur effort collectif et leur coopération. Pourtant, cette cité merveilleuse possède une essence unique, distincte de ces noms et de ces attributs. Tous, qu’ils soient réunis ou pris individuellement, bien qu’ils soient complets et parfaits, ne peuvent saisir ce secret particulier ni la réalité complète. Car cette essence n’a pas d’équivalent parmi eux.

Chacun de ces noms révèle un aspect de la cité, mais aucun d’eux n’en embrasse la totalité. Al-Rahman n’est pas toute la réalité, Al-Rahim n’est pas toute la réalité, et le Créateur n’est pas toute la réalité. Pourtant, plus ils se rapprochent du centre de la cité, plus ils se rassemblent, s’effacent les uns les autres, et finissent par s’effacer eux-mêmes dans l’essence, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’« Allah ».

Cette cité divine doit avoir une muraille qui l’entoure et la protège. Et cette muraille, comme toute muraille, a un côté intérieur et un côté extérieur — une face intérieure et une face extérieure. La muraille fait partie de la cité. Les citoyens de la cité se familiarisent avec le côté intérieur de la muraille et interagissent avec lui depuis sa face intérieure, tandis que ceux du dehors rencontrent son côté extérieur. La face intérieure de la muraille de la cité est plus belle que sa face extérieure.

L’entrée dans la cité est permise par une ouverture unique dans la muraille, qui sert de porte ou de portail. Cette porte fait directement face à tous ceux qui se trouvent à l’extérieur. La porte a, elle aussi, un côté extérieur et un côté intérieur. Son côté intérieur fait partie de la face intérieure de la muraille qui entoure la cité, tandis que son côté extérieur fait partie de la face extérieure, qui se dresse face aux visiteurs se tenant à la porte et demandant à entrer. Elle fait aussi partie de la cité elle-même.

Le côté extérieur de cette porte est « Al-Rahman », et son côté intérieur est « Al-Rahim ». Autrement dit, la porte représente la miséricorde divine à travers différentes voies, différents moyens et différents degrés, mais tous deux appartiennent à la nature divine de la miséricorde et la désignent. La porte apparaît extérieurement comme « Al-Wahid Al-Qahhar », faisant face à toute hostilité pouvant venir de certains de ceux qui se tiennent à la porte en demandant à entrer. L’apparent est châtiment, mais le côté intérieur demeure toujours miséricordieux.

Cela nous rappelle le Saint Coran, où toutes les sourates du Coran commencent par « Bismillah Al-Rahman Al-Rahim », à l’exception d’une seule : la sourate Al-Tawbah, qui fut révélée au sujet des hypocrites. À son commencement, la basmala n’est pas écrite ; elle commence plutôt, implicitement, par « Bismillah Al-Wahid Al-Qahhar ». Le Coran représente la cité divine, « Allah », sous la forme d’un livre.

Et de même que la cité se manifeste dans un livre saint, il est possible — et même certain — que la cité se manifeste sous d’autres formes et dans différents mondes, sa forme variant d’un monde à l’autre. De même que nous parlons d’une cité divine au ciel, il en existe aussi une sur la terre. Allah, Gloire à Lui, le Très-Haut, a dit dans le Saint Coran :

﴾Et c’est Lui qui est [la seule] divinité au ciel et [la seule] divinité sur la terre, et Il est le Tout-Sage, l’Omniscient.﴿ [Coran, Az-Zukhruf 43:84]

Comment, dès lors, pouvons-nous reconnaître la cité divine sur la terre, comme elle est reconnue au ciel ? Allah, qui nous a fait descendre le Coran, nous a placés devant un dilemme logique afin que nous réfléchissions et raisonnions. Comment pouvons-nous reconnaître les perfections divines sur la terre ? De même qu’elles sont des entités créées interagissant au ciel, elles doivent l’être aussi sur la terre.

Il nous a placés devant un dilemme logique plus grand encore en nous ordonnant de faire de Son adoration le but central de notre vie en tant qu’êtres humains. Cela signifie-t-il que nous devons adorer un Dieu assis sur un trône au ciel ? La plupart des gens religieux le font, qu’ils le reconnaissent ou non. Pour eux, la chose est formelle et superficielle, voire tribale. En réalité, ils n’adorent pas vraiment ; et même s’ils le font, ils ne savent pas ce qu’ils adorent. Allah veut que nous adorions avec connaissance, alors que ces gens adorent par l’ignorance. Le verset précédent du Saint Coran met chacun dans l’embarras.

En tant qu’êtres créés — en tant qu’êtres humains —, il nous est difficile de percevoir ce qui est au-delà de la réalité de notre propre moi. Le Créateur est incréé. Allah a résolu ce dilemme par ce que l’on appelle la manifestation — une méthode divine devenue cachée à l’humanité aujourd’hui, bien qu’elle ait toujours existé. Elle est juste sous leurs yeux, et pourtant ils n’y prêtent pas attention.

Il déclare clairement que, de même qu’Il est un Dieu au ciel, adoré par les êtres du ciel, Il est aussi un Dieu sur la terre. Par conséquent, de même qu’Allah est une cité au ciel qui rassemble les noms et les attributs, Il est aussi une cité sur la terre qui rassemble les noms et les attributs, selon la nature de ce monde terrestre et de ses causes.

Et de même que le Saint Coran était une image de cette cité sous la forme d’un livre saint, la cité, Allah, peut de même prendre la forme d’un être humain — et c’est là un rang plus élevé que le livre.

De même qu’il y a Al-Rahman Al-Rahim (le Tout Clément, le Très Miséricordieux) au ciel, il y a Al-Rahman Al-Rahim sur la terre, sous une forme terrestre, ainsi qu’Al-Razzaq (le Pourvoyeur), Ash-Shakur (le Reconnaissant), As-Sabur (le Très Patient), Al-Karim (le Très Généreux), Al-Alim (l’Omniscient), et ainsi de suite. Et de même que la cité divine au ciel a une porte, une muraille et une essence, il doit de même y avoir une forme ou une manifestation de celles-ci sur la terre.

La manifestation ou la forme qu’Allah a choisie comme la plus haute représentation de la cité et de ses perfections fut la forme humaine.

« Dieu créa donc l’être humain selon Son image. Selon l’image de Dieu Il le créa. »[Genèse 1:27]

Comment les êtres humains peuvent-ils reconnaître Dieu, Ses Plus Beaux Noms et Ses attributs divins dans la forme humaine, qui est soumise aux conditions, à la nature et aux lois du monde terrestre, afin qu’Il soit adoré ? Et avant cela, comment les noms et les attributs présents dans la forme humaine peuvent-ils parvenir à se connaître eux-mêmes ? Et comment Dieu, qui les rassemble tous, peut-Il Se connaître Lui-même sous la forme de la terre ?

Comment les êtres humains peuvent-ils accepter la manifestation de la divinité et de la seigneurie au sein de la création ? C’est une question extrêmement sensible — qui fait retenir leur souffle aux gens et provoque des campagnes de menaces, des accusations de mécréance, des persécutions sécuritaires, des persécutions religieuses, des accusations fabriquées en ce monde, et des menaces de tourment éternel dans le Feu dans l’Au-delà.

Cela est particulièrement vrai lorsque cette opposition vient de ceux que l’on considère comme sacrés, qui apparaissent devant les gens sous des rôles et des titres religieux tels que juristes, savants et autorités religieuses. Ils propagent et font naître des doutes au sujet de ces questions, prétendant qu’il s’agit d’hérésie.

Malgré la simplicité et la clarté de la question, et sa parfaite harmonie avec la raison, la logique et ce que l’on trouve dans leurs propres livres saints, la réaction est néanmoins celle-ci. Elle a un effet profond sur les gens : elle les effraie, les empêche même d’envisager la possibilité de penser par eux-mêmes, et peut les conduire, par leur ignorance, à être utilisés et mobilisés contre quiconque attire leur attention sur la vérité.

Ce sont ces gens qui leur ont enseigné que Dieu est adoré par la peur et l’ignorance, plutôt que par l’amour et la connaissance.

Je conseille à tous ceux que ces paroles ont troublés de se détendre, de prendre une profonde inspiration, de poursuivre la lecture, puis de télécharger Le Livre du Monothéisme de l’Imam Ahmed Al-Hassan depuis notre site web et de le lire attentivement afin de le comprendre.

Pour que la création sur la terre connaisse Dieu et les perfections divines, Dieu a voulu que ces perfections se manifestent en elle et dans sa vie. Cette volonté divine vient du grand amour de Dieu pour nous. De même qu’Il nous a créés par amour et nous connaît, Il veut que nous Le connaissions, que nous L’aimions et que nous devenions semblables à Lui.

Les manifestations de Ses noms et de Ses attributs en nous nous orientent vers Lui, nous rapprochent de Lui et nous permettent de Le connaître. Et à la mesure de notre amour pour Lui, nous nous efforçons de devenir semblables à Lui.

Nul ne peut nier que toute perfection que nous connaissons, tout bien que nous percevons, et toute miséricorde, toute connaissance ou toute sagesse dont nous voyons les effets dans notre vie proviennent en définitive de Dieu. Néanmoins, notre compréhension de ces noms et de ces attributs demeure limitée.

Nous comprenons ce que signifie la miséricorde, mais nous ne pouvons embrasser toute la miséricorde divine. Nous savons quelque chose de la sagesse, mais nous ne pouvons saisir la perfection de la sagesse divine — et encore moins comprendre et saisir tous les noms et attributs ensemble.

La cité divine sur la terre

Comprendre et reconnaître ces Noms et attributs, ou le Nom de Dieu « Allah », ne vient pas de la simple connaissance des mots. Cela vient plutôt de la compréhension de la manière dont ils se manifestent dans la création et en nous-mêmes. La miséricorde, par exemple, peut se voir chez une mère qui prend soin de son enfant, chez un animal qui protège ses petits, ou chez une créature qui prend soin d’un être faible.

Ces formes ne représentent pas la miséricorde divine dans sa perfection ; elles en représentent plutôt une manifestation. La miséricorde qui apparaît dans une créature n’est pas indépendante de Dieu. Elle est plutôt l’un des effets de Sa miséricorde et un reflet limité de Son attribut.

De même, la connaissance apparaît dans l’être humain, la sagesse apparaît dans certaines de ses actions, la beauté apparaît dans la nature, et la force apparaît chez certaines créatures. Tout cela indique que les attributs et les Noms d’Allah peuvent se manifester dans la création à différents degrés.

L’être humain est la créature la plus capable de laisser ces perfections divines rayonner de son cœur, afin qu’elles se reflètent dans ses pensées, ses paroles et ses actes. Cela, à condition qu’il purifie son cœur de l’égoïsme et de l’ignorance, et qu’il se soumette et obéisse à celui qui est le plus savant, afin d’acquérir sa connaissance et de devenir semblable à lui. De cette manière, il devient plus disposé à ce que son cœur rayonne ces attributs d’une manière plus pure et plus complète, jusqu’à ce qu’ils atteignent un niveau proche de la perfection.

Les prophètes et les messagers, les messagers Ulul-Azm, les Imams et les Mahdis, que Dieu a décrits comme Ses vicaires sur la terre et comme Ses voiles par lesquels Il fait face à la création et par lesquels Il communique et interagit avec elle, sont des exemples de ceux qui ont atteint cette élévation spirituelle et cette sublimité sur la terre. De même, les vrais martyrs, les justes, les saints et leurs équivalents parmi les Compagnons et les chiites sincères sont leurs semblables.

Les plus purs et les plus lumineux d’entre eux, ceux qui ont réussi à refléter une image idéale de Dieu comme une cité rassemblant tous les attributs et toutes les perfections divines, sont les Ahlul Bayt, que Dieu a purifiés de toute souillure, avec à leur tête le Messager Mohammed, le plus noble de la création parmi eux. Allah a fait face à la création à travers eux en tant que Son image idéale sur la terre, et pourtant eux-mêmes ne se sont jamais départis de la station de la parfaite servitude envers Dieu. Qui peut nier cela ? Ainsi, la proposition concernant l’image idéale de Dieu sur la terre, ou la manifestation optimale de Dieu sur la terre, nous est devenue logiquement acceptable.

Mohammed était le serviteur parfait de Dieu qui atteignit la distance de deux longueurs d’arc ou plus près encore, et s’effaça ainsi dans le voile de Sa lumière et de Sa grandeur. Car il est Son serviteur « Abdullah » et Son messager. Le Messager Mohammed a pu devenir celui qui connaît le mieux Dieu, jusqu’à devenir Dieu dans la création. Il devint la manifestation de cette cité divine idéale sur la terre, et la Porte était Ali, tandis que le côté intérieur de la Porte était Fatimah.

L’Imam Ahmed Al-Hassan a expliqué cela en détail dans Le Livre du Monothéisme, qui est en parfait accord avec le hadith du Messager Mohammed lorsqu’il a dit :

« Je suis la Cité du savoir, et Ali en est la porte ; quiconque recherche le savoir, qu’il vienne par la porte. »Al-Mustadrak ‘ala al-Sahihayn, vol. 3, p. 126

La Muraille de la cité

Nous revenons à la Muraille de la cité qui entoure ses limites — cette grande Muraille érigée pour en définir l’étendue et la séparer de ce qui se trouve à l’extérieur. Tout ce qui est à l’intérieur de la cité en fait partie, et la Muraille elle-même en fait partie. Elle est le voile et la limite de la cité ; elle la protège et sépare ses habitants de ceux qui vivent en dehors d’elle. Et cette Muraille, comme nous l’avons dit, a un côté extérieur et un côté intérieur.

Celui qui se tient à l’extérieur ne voit pas la cité comme la voit celui qui y est entré. Il voit d’abord la Muraille, et ainsi la Muraille devient, pour lui, l’image extérieure de la cité. Quant à celui qui y est entré, il voit le côté intérieur de la Muraille, et à travers lui il voit ce que ceux qui se tiennent dehors ne peuvent voir.

Depuis l’intérieur de la cité, la Muraille est belle, ornée et accueillante. Des plantes y poussent, des couleurs la recouvrent, et elle apporte tranquillité et sécurité à ses habitants. Mais de l’extérieur, elle paraît sévère et rude, fortifiée, hérissée de lances pour repousser les envahisseurs. Ainsi, son côté extérieur est tourment pour celui qui se tient dehors avec hostilité, tandis que son côté intérieur est miséricorde pour celui qui vit en sécurité en son sein. Cela signifie que la face qui affronte ceux qui sont hostiles n’est pas la même que celle qui fait face à ceux qui possèdent l’allégeance et la foi.

La représentation la plus claire de ce sens se trouve peut-être dans ce verset du Coran :

﴾Alors une muraille sera placée entre eux, ayant une porte ; son intérieur contient la miséricorde, tandis que son extérieur fait face au tourment.﴿[Coran, Al-Hadid 57:13]

Ce verset décrit presque la Muraille de la cité elle-même : son côté intérieur est miséricorde, tandis que son côté extérieur est tourment. Ce qui est entendu n’est pas que la miséricorde et le tourment soient deux choses contradictoires dans la Muraille. Ce sont plutôt deux manifestations de l’Un, apparaissant à chaque être humain selon sa position et sa station vis-à-vis d’elle.

C’est ce que nous voyons dans les récits des prophètes. Moïse était le Nom qui traitait directement avec les Enfants d’Israël et qui affronta Pharaon. Il était la Muraille. Son côté extérieur, face à Pharaon, était force et tourment ; celui qui se tenait devant lui avec hostilité ne voyait rien d’autre que les signes et les châtiments qui s’abattirent sur Pharaon et son peuple. Quant aux Enfants d’Israël, qui entrèrent dans son obéissance et établirent les commandements et la loi, ils virent l’autre face du même être : ils virent la miséricorde, la sollicitude et le salut. Il les fit sortir de chez Pharaon, fendit la mer pour eux, les ombragea de nuées et leur fournit la manne.

Puis vint Jésus, et il fut le Nom et la Muraille qui faisait face à la création. Il opéra des miracles, parla avec sagesse, accomplit la Loi et appela les gens à Dieu par ce qui leur apparaissait à travers lui. Ainsi, il était un voile entre eux et ce qui se trouvait au-delà de lui, et un signe désignant la cité dans laquelle ils n’étaient pas encore entrés.

Puis vint Mohammed, et il fut la Muraille qui entourait la cité de Médine. Il vint avec la loi et les prescriptions, établit les limites de la religion, protégea la cité de ses ennemis et repoussa quiconque cherchait à la prendre d’assaut ou à la détruire. C’est pourquoi, lorsque Mohammed a dit : « Je suis la Cité du savoir », la cité n’est pas seulement ce qui se trouve derrière la Muraille ; la Muraille elle-même en fait partie. Mohammed est le Nom, et il est la Muraille et le voile qui fait face au monde et protège la cité remplie de savoir, de trésors et de secrets.

Une personne peut accepter l’aspect apparent de ce que Moïse a apporté, croire en ce que Jésus a apporté et suivre la loi de Mohammed, et pourtant il demeure en elle une soif que l’aspect apparent de la religion ne peut, à lui seul, étancher. Elle veut en savoir davantage. Elle veut connaître plus profondément Moïse, Jésus et Mohammed, et connaître plus profondément le Dieu de Moïse, de Jésus et de Mohammed, et dépasser l’aspect apparent du Nom pour atteindre l’aspect intérieur et l’Essence qui surpassent les perfections elles-mêmes.

De telles personnes ne veulent pas détruire la Muraille ni en venir à bout par la force. Elles veulent plutôt entrer au centre de la cité. Elles veulent savoir ce qui se trouve au-delà de l’extérieur, et atteindre le côté intérieur de la cité et ses secrets.

Mais la Muraille ne peut être franchie depuis n’importe quel endroit, et la cité n’ouvre pas ses portes à tous ceux qui se tiennent à ses limites. Qui donc prendra ces personnes par la main depuis les limites pour les faire entrer au cœur de la cité ? Qui les conduira du côté extérieur de la Muraille à son côté intérieur, et de la connaissance du Nom à la connaissance du Sens ?

La Porte

C’est la Porte qui offre à ces personnes cette possibilité. Comme nous l’avons indiqué, la Porte de la cité fait partie de sa Muraille, et c’est par elle que ceux qui cherchent à entrer pénètrent dans la cité. Sa fonction n’est pas de protéger les habitants de la cité contre ceux qui y entrent, mais plutôt d’offrir un passage sûr à ceux dont l’intention est bonne.

Ainsi, la Porte devient le passage par lequel une personne peut passer de l’extérieur de la cité au rang de l’un de ses habitants, et de la condition de celui qui se tient dehors à celle de citoyen parmi les gens de la cité. Elle lui donne la possibilité de passer de la vue du côté extérieur de la Muraille à celle de son côté intérieur, et de la vue de la cité depuis l’extérieur à l’entrée dans celle-ci.

Après avoir présenté une demande à la Porte, les gens peuvent parvenir à la juste compréhension de la religion et atteindre une connaissance supérieure qui les porte au-delà de la Charia et de ses prescriptions. Elle les fait partir de l’extérieur et les conduit vers l’intérieur. Elle est un lien entre le dehors et le dedans, et entre l’extérieur et l’intérieur. Car ce que l’on entend par la Porte n’est pas une porte vers le Nom, mais plutôt une porte vers le Sens.

À l’époque du Messager Mohammed, la Porte était, à certains moments, Ali ibn Abi Talib, et à d’autres moments Salman. De même, Simon Pierre fut, pendant un temps, la Porte de Jésus, et Josué fils de Noun fut la Porte de Moïse.

Le Sens

Le Sens est l’Essence même de la cité, depuis l’intérieur. Il est plus profond que ce que nous avons appris à connaître du Nom de la cité, qui est le Nom « Allah ». Cette Essence n’a rien qui lui ressemble et ne peut être décrite ; c’est pourquoi on la désigne par « Il », ou « Huwa ». Pourtant, elle se manifeste aussi. De même qu’Il est au ciel, Il est aussi sur la terre. Pas seulement Allah et les Plus Beaux Noms. Il se manifeste plutôt d’une manière que les gens peuvent comprendre et atteindre.

Le Sens « Huwa » est la plus grande manifestation de Dieu « Allah » dans la création que les gens puissent atteindre, mais ils ne peuvent l’atteindre directement. Ils doivent plutôt passer par « la Porte ». De même que la Porte fait passer une personne de l’extérieur à l’intérieur, elle la fait aussi passer du Nom au Sens.

Et lorsque ce sens se manifeste, il n’apparaît pas aux gens sous la forme d’une idée abstraite ou d’un savoir écrit, mais plutôt sous la forme d’un autre être humain.

Il vient sous la forme du disciple le plus parfait, le successeur du Nom, celui qui a passé toute sa vie à recevoir tous les enseignements du Messager, aussi bien les enseignements apparents que les enseignements gnostiques, et à les assimiler jusqu’à ce que ces enseignements ne soient plus pour lui de simples paroles ou prescriptions, mais deviennent quelque chose qui coule dans son existence même. Il assimile les véritables significations cachées derrière les actes et les enseignements, et les comprend toutes, jusqu’à ce qu’elles se manifestent en lui et qu’il devienne ces significations. Ici, il passe du statut de simple adepte du message à celui d’Essence du message.

Il n’a pas besoin de répandre le même message que celui qu’ont répandu le Voile, le Nom ou la Muraille. Le message apparent est devenu accessible à tous ; tout le monde le connaît, et il est devenu clair et défini. Son rôle est plutôt devenu de permettre aux gens d’atteindre ce qui est plus élevé : ce que la « Muraille » connaissait parce qu’il faisait partie de la cité — en vérité, il était la cité elle-même —, mais qu’il n’a pas présenté aux gens.

Le Sens à l’époque de Moïse

Moïse fut celui qui transmit les commandements et la loi d’Allah aux Enfants d’Israël. Son jeune compagnon était Josué fils de Noun, qui demeurait avec lui en tout temps, veillant à son service, exécutant ce qu’il lui confiait et apprenant de lui. Nous ne devons pas oublier qu’il apprit aussi du maître de Moïse, Al-Khidr, le serviteur vertueux. Il était le disciple idéal et fut une Porte pour Moïse pendant un certain temps après la mort d’Aaron.

Cependant, il progressa à travers les degrés de la manifestation, de la Porte jusqu’à l’Essence et au Sens. Moïse était la Muraille, et c’est lui qui fit connaître aux Enfants d’Israël les prescriptions et la loi — c’est-à-dire l’aspect apparent du message. Par cette loi et par l’aspect apparent du message, des générations d’Enfants d’Israël furent formées et affinées dans le désert. Mais Josué fils de Noun fut chargé de réaliser l’objectif du message apparent de Moïse : préparer et poser les fondations, par la puissance et la connaissance, du Royaume de Dieu avec une génération qualifiée des Enfants d’Israël. Il possédait le savoir et les secrets grâce auxquels il put accomplir cela. Conduire la nouvelle génération d’Israël du désert à la Terre promise.

Le Sens à l’époque de Jésus

À l’époque de Jésus, le Sens était Simon Pierre. Jésus disait qu’il parlait en paraboles, et l’aspect apparent de ses paroles ne représentait pas l’ensemble du message. Il y avait des joyaux et des significations cachés qu’il ne révélait qu’à ses proches. Nous en avons quelques exemples dans l’Évangile. Parmi eux se trouve l’événement de la Transfiguration, où Simon Pierre était présent, et il était initié à une grande partie du savoir ésotérique de Jésus. Il apprit de lui de nombreux secrets et de nombreuses choses que le commun des gens n’apprit pas. Il est donc naturel que le message de Simon Pierre soit différent du message de Jésus.

Jésus est très célèbre dans le monde entier. Il est venu avec un message particulier et l’a transmis. Quant à Simon Pierre, venu après lui, très peu de gens en savent beaucoup sur lui ou ont suivi ses explications et ses enseignements. Même les sources qui nous sont parvenues ne contiennent pas grand-chose à son sujet ; en effet, une grande partie du Nouveau Testament de la Bible n’a pas été écrite par Simon Pierre.

Le Sens à l’époque du Prophète Mohammed

À l’époque du Prophète Mohammed, le Sens était Ali. Il fut la Porte à un moment donné, mais il progressa jusqu’à devenir le Sens. Cela fut manifeste lors du Pacte de Ghadir Khumm, lorsque le Prophète Mohammed désigna l’Imam Ali comme le « Wali ». La Wilayah est l’Essence et l’aspect intérieur du message du Prophète Mohammed.

Ali ibn Abi Talib n’avait nul besoin de sortir et de répéter à la communauté musulmane tout ce que Mohammed avait apporté concernant l’aspect apparent. Sa fonction n’était pas non plus d’enseigner aux gens qu’il existait une chose appelée le Coran, ni de leur enseigner les ablutions, la prière, le jeûne, la zakat, l’aumône et le pèlerinage. Tous ces actes extérieurs appartenaient à la partie extérieure de la Muraille, c’est-à-dire au Nom. C’était là la fonction et le rôle du Nom.

Quant à ce que l’on peut atteindre par Ali ibn Abi Talib, c’est le sens intérieur caché derrière ces actes d’adoration, ainsi que d’autres savoirs et secrets.

Le système de la Trinité

Ainsi, la manifestation dans le réceptacle humain est la présence de Dieu dans la création selon trois rangs qui œuvrent ensemble comme un seul système.

Le premier est le Nom apparent, qui fait face aux gens et parvient jusqu’à eux.

Le deuxième est l’Essence et le Sens cachés derrière cet aspect apparent.

Le troisième est le lien entre eux, qui fait passer le croyant de l’apparent à l’intérieur, et du manifeste au caché : la Porte.

Ces rôles ne sont pas nécessairement fixés en une seule personne en tout temps. Une personne peut remplir plus d’un rôle à différents moments, et cela n’affecte en rien le système. Ce qui change, ce sont les rôles et les personnes, tandis que le système demeure tel qu’il est. Tous procèdent d’une seule lumière qui se divise pour accomplir des missions précises, chacun servant l’autre et guidant les gens vers la connaissance et vers le but de leur création : qu’ils deviennent semblables à Dieu, afin de n’être pas des esclaves, mais bien des êtres libres.

Quiconque connaît le Nom a commencé le voyage. Quiconque entre par la Porte a dépassé l’apparent. Et quiconque atteint le Sens a connu la vérité.