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Ce que l’histoire de Kerbala nous enseigne

Texte lu en français

L’histoire se répète de la manière la plus tragique. Lorsque l’Imam Hussain (que la paix soit sur lui) se tint seul à Kerbala, voyant ses compagnons martyrisés l’un après l’autre, il lança un cri qui ébranla les cieux : « Y a-t-il quelqu’un pour me secourir ? »

Par Rukhsana Hashem · Traduit de l’anglais

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Lorsque l’Imam Hussein se tint seul à Kerbala, voyant ses compagnons tomber en martyrs l’un après l’autre, il lança un cri qui ébranla les cieux :

Hal min nāṣirin yanṣurunī ?

« Y a-t-il quelqu’un pour me secourir ? »

Ce n’était pas un cri de désespoir. C’était une question adressée à l’âme de l’humanité, pour les générations à venir. Il ne s’agissait pas seulement d’épées ou de soldats : il s’agissait de vérité, de justice et de la lutte éternelle entre l’oppression et la droiture.

L’histoire se répète de la plus tragique des manières. Les habitants de Koufa, l’encre encore fraîche sur leurs lettres d’allégeance, ont tourné le dos à l’Imam Hussein quand la loyauté exigeait le sacrifice. À leurs yeux, le prix à payer pour défendre la vérité était devenu trop élevé ; ils ont donc choisi le silence plutôt que l’honneur, la trahison plutôt que le courage.

Quelle excuse l’Imam Hussein a-t-il laissée ? Il a emmené avec lui ses enfants, son épouse, sa maison et ses compagnons les plus fidèles : quelle excuse leur restait-il donc ?

Ce n’est pas un épisode isolé. Les prophètes, les messagers et les Imams avant lui ont connu le même sort : des serments prêtés, puis rompus.

« Je n’ai rien connu de mon peuple que la trahison et le manque de foi. Ils disent : “C’est un homme juste.” Mais la justice pèse lourdement sur leurs cœurs. »Nahj al-Balagha, Imam Ali, sermon 29

Ces paroles résonnent du chagrin d’un chef qui défendait la vérité et la justice, et qui s’est pourtant heurté à la résistance, à l’hypocrisie et à l’abandon. L’Imam Ali, réputé pour son attachement inébranlable à l’équité, à l’intégrité et aux principes de l’islam, n’a pas échappé aux épreuves qu’entraîne le gouvernement — surtout lorsque ce gouvernement exige des gens une responsabilité morale.

Ceux-là mêmes qui louaient sa justice n’en supportaient pas les conséquences. Ils reconnaissaient sa droiture, mais s’en détournaient dès qu’elle ne servait plus leurs intérêts personnels. Cela révèle une ironie douloureuse : beaucoup admirent la justice en théorie, mais flanchent lorsqu’elle contrarie leurs désirs, met au jour leurs fautes ou les appelle à des exigences plus hautes.

La plainte de l’Imam Ali n’est pas un simple grief historique : c’est un miroir tendu à chaque génération. La trahison, l’hypocrisie et la lutte entre la vérité et l’intérêt personnel ne sont pas des phénomènes nouveaux. Ils ont accablé jusqu’aux plus justes des dirigeants, et ils continuent d’éprouver nos communautés aujourd’hui. Ses paroles nous rappellent que défendre la vérité s’accompagne souvent d’isolement et d’épreuves — mais aussi que la justice ne doit jamais être abandonnée, même quand elle dérange.

En méditant ces paroles, nous sommes appelés à examiner notre propre rapport à la vérité et à la justice. Soutenons-nous la justice quand cela nous arrange, ou la défendons-nous même lorsqu’elle exige un sacrifice ? Son héritage nous presse de dépasser les belles paroles et de vivre selon les valeurs dont nous nous réclamons.

Le Veau d’or : quand la foi vacille

Dans le Coran et dans la Bible, après que le prophète Moïse eut quitté son peuple pour s’entretenir avec Dieu, celui-ci se tourna vers un veau d’or, un faux dieu fabriqué avec son propre or.

« Puis il fit sortir [du feu] pour eux un veau [une statue] qui émettait un mugissement, et ils dirent : “C’est votre dieu et le dieu de Moïse ; mais il a oublié.” »Coran, chapitre 20 (Taha), verset 88
« Allons ! Fais-nous des dieux qui marchent devant nous ; car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu. »Bible, livre de l’Exode, chapitre 32, verset 1

Ils avaient vu des miracles de leurs propres yeux, des signes clairs comme le jour ; pourtant, en son absence, ils se sont détournés. Comme les habitants de Koufa qui appelèrent Hussein avec des promesses de loyauté, pour se taire ensuite à l’arrivée de sa caravane, choisissant la sécurité plutôt que la vérité. Quand vint le moment de se tenir aux côtés de Moïse — cet homme même qu’ils avaient reconnu, dont ils avaient témoigné et qu’ils avaient appelé prophète de Dieu —, ils ont flanché. Mis à l’épreuve de la patience et de la confiance, ils ont tourné les talons et se sont éloignés de celui qu’ils prétendaient suivre.

Judas et Jésus : la trahison venue de l’intérieur

La trahison de Jésus ne vint pas d’étrangers, mais d’un compagnon proche — Judas Iscariote, qui vendit le Messie pour de l’argent.

« Alors l’un des douze, appelé Judas Iscariote, alla vers les principaux sacrificateurs et dit : “Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ?” Et ils lui comptèrent trente pièces d’argent. »Bible, livre de Matthieu, chapitre 26, versets 14-16

Judas marchait aux côtés de Jésus ; il s’instruisait à ses pieds, fut témoin direct de ses miracles et partagea ses repas. Il vit les prodiges, les guérisons, la puissance — et pourtant, il le trahit pour une poignée d’argent.

Cela ressemble étrangement à ceux qui livrèrent Muslim bin Aqeel, l’ambassadeur de l’Imam Hussein, en échange des faveurs de Yazid.

L’Imam Hussein lui-même a évoqué la trahison :

« Les gens sont les esclaves de ce monde, et la religion n’est pour eux qu’un mot sur la langue. Tant qu’ils vivent dans l’aisance, ils la gardent. Mais quand ils sont éprouvés, les vrais croyants sont peu nombreux. »Attribué à l’Imam Hussein, faisant écho aux propos de l’Imam Ali dans le Nahj al-Balagha

Lettres à Aba Al-Sadiq : la trahison moderne

À notre époque, les lettres à l’Imam de notre temps prennent la forme d’une allégeance prêtée, avec des larmes et des paroles de loyauté. Mais quand la justice exige le sacrifice, combien se lèvent vraiment ?

« Ô gens ! Votre loyauté s’éprouve dans l’épreuve. Vous criez sous le poids de l’oppression ; mais quand on vous appelle au combat, vous hésitez et vous vous plaignez. »Nahj al-Balagha, Imam Ali, sermon 97

Prêter allégeance ne consiste pas à accepter le messager tout en ignorant le message. Il ne s’agit pas de choisir ce qui nous arrange. L’allégeance signifie l’obéissance, purement et simplement. Pourquoi ? Parce que c’est nous qui avons appelé Aba Al-Sadiq. C’est nous qui avons réclamé la justice. De même que les habitants de Koufa écrivirent jadis à l’Imam Hussein, nous avons aujourd’hui écrit à Aba Al-Sadiq. L’appel venait de nous ; la responsabilité nous revient désormais aussi.

Combien de miracles avons-nous vus ? Combien de fois des aveugles ont-ils recouvré la vue, des femmes stériles enfanté, des morts été ramenés à la vie ? Et si cela ne suffisait pas à convaincre, comment quiconque pourrait-il nier le saint testament ? Combien peuvent nier la preuve ultime ?

Il nous faut maintenant être à la hauteur de ce que nous croyons : nous devons nous dissoudre dans le véritable Roi, Aba Al Sadiq.

Échos dans le vent

Les trahisons de Kerbala, de Jésus et de Moïse ne sont pas des histoires anciennes. Ce sont des avertissements. L’épreuve de la loyauté se répète à chaque génération.

L’Imam Hussein n’a laissé aucune place aux excuses. Il ne s’est pas rendu à Kerbala avec une armée de guerriers ni de stratèges politiques. Il a emmené avec lui ses enfants, ses femmes, sa maison et une petite troupe de compagnons parmi les plus fidèles.

Ce n’était pas une campagne militaire. C’était un sermon vivant. Il a montré l’exemple, en plaçant ceux qui lui étaient les plus chers face au danger — non parce qu’il recherchait le martyre pour eux, mais pour montrer au monde que, lorsque la cause est juste, nul n’est trop jeune, trop faible ni trop précieux pour se lever.

L’Imam Hussein a choisi d’emprunter un chemin pavé de sang pour éveiller la conscience d’une nation endormie.

Alors, quelle excuse reste-t-il à quiconque ?

Si Hussein a pu amener son nourrisson de six mois sur le champ de bataille — non comme un guerrier, mais comme un témoignage —, alors qu’attendons-nous ?

Si Zaynab, fille d’Ali et de Fatima, a pu se tenir dans la cour de Yazid, les chaînes aux mains mais la vérité sur les lèvres, quelle peur nous retient ?

On ne nous a pas demandé de mourir comme Hussein. On nous a demandé de ne pas vivre comme les gens de Yazid, ceux qui ont vu la vérité et ont choisi le confort.

Ceux qui ont entendu le cri « Y a-t-il quelqu’un pour me secourir ? » et se sont détournés.

Aujourd’hui, nous nous trouvons à un moment d’une ressemblance frappante avec le passé.

Une fois de plus, un appelant de la famille de Mohammed se tient parmi nous : Abdullah Hashem, Aba Al-Sadiq, le Qa’im, celui que l’ordre divin a fait se lever.

Il n’est pas venu chercher la gloire pour lui-même, et nous ne nous sommes pas rassemblés pour élever nos propres noms. Nous sommes revenus en ce temps, à cette époque, pour une seule raison : honorer le Saint des Saints. Servir le Roi des rois. Poser les fondations d’un État juste et divin sous le trône légitime de l’élu de Dieu.

Ce chemin ne tourne pas autour de vous. Ni autour de moi. Il tourne autour de Lui, celui dont le droit a été volé, dont le nom a été oublié par un monde ivre de sa propre arrogance.

Nous foulons ce chemin non pas mus par nos propres ambitions, mais dans une humble soumission à un appel plus haut. Non par orgueil, mais par dévotion. Car lorsque la vérité arrive à votre porte — non dans des récits, mais en chair et en os —, la seule question qui demeure est celle-ci :

Maintenant que vous connaissez la vérité, qu’en ferez-vous ?

Allez-vous, comme ceux d’avant, écrire votre allégeance avec des mots et l’abandonner par vos actes ? Ou allez-vous vous lever — quitte à devoir ramper pour vous tenir aux côtés de votre Imam — avant que la page de l’histoire ne se tourne une fois de plus ?

« Si vous entendez parler du Qa’im de la famille de Mohammed, allez à lui — quand bien même vous devriez ramper sur la glace. »