Un ancien membre du personnel de l’OTAN rejoint la communauté d’Aba Al-Sadiq
Texte lu en français
Beyda Kassem est une ancienne employée de l’OTAN venue d’Allemagne. Elle a quitté l’OTAN pour rejoindre la communauté réunie autour d’Aba Al-Sadiq à Webb House — et voici son histoire.
Par James Pollard · Traduit de l’anglais

Dans le cadre de notre série Professional Profiles, nous mettons en avant des membres de l’AROPL aux carrières et aux compétences accomplies, en montrant comment leur parcours professionnel les a conduits à rejoindre la communauté d’Abdullah Hashem.
Beyda Kassem est une ancienne membre du personnel de l’OTAN, originaire d’Allemagne. Elle a quitté l’OTAN pour rejoindre la communauté rassemblée autour d’Aba Al-Sadiq à Webb House — et voici son histoire.
Parlez-nous de votre enfance et de qui vous êtes.
Je m’appelle Beyda, j’ai 40 ans, je suis née et j’ai grandi en Allemagne, avec des racines dans la ville turque de Denizli. Depuis le tout début, ma vie a été un numéro d’équilibriste entre deux mondes — d’un côté la discipline et la clarté de la culture allemande, de l’autre la chaleur et la profondeur affective de mon héritage turc. Aujourd’hui, je dirais que je porte les deux en moi : une colonne vertébrale allemande et un cœur turc.
Je n’ai jamais été du genre à me laisser porter par le courant. J’ai toujours posé des questions, toujours cherché — la justice, le sens, ce qui relie les gens plutôt que ce qui les divise. Cette quête m’a fait traverser bien des chapitres — de l’aide aux réfugiés au service dans l’armée allemande, et finalement à un cheminement spirituel profond.
S’il me fallait résumer ma vie en une phrase, ce serait celle-ci : je suis quelqu’un qui n’a jamais cessé de croire à la bonté — chez les gens, et en quelque chose de plus grand. L’humanité d’abord — et Dieu dans mon cœur.

Vous avez évoqué une profonde quête intérieure — de justice, de sens, de quelque chose de plus haut. Quand a-t-elle commencé pour vous ? Y a-t-il eu un moment précis qui l’a déclenchée ?
Honnêtement, cela a commencé très tôt. Mes parents ont divorcé quand j’étais encore enfant. À l’époque, en particulier dans la communauté turque, c’était presque inouï — une sorte de tabou. Soudain, la pression est venue de partout. Les gens ne le disaient pas tout haut, mais on le sentait : que peut-il sortir de bon des enfants d’un foyer brisé ? La fille finit à la rue, le fils en prison — c’était le genre de récit qui circulait.
J’ai grandi avec cette attente suspendue au-dessus de moi — et je voulais prouver exactement le contraire. Je voulais briser ce cycle. Je voulais que les gens cessent de juger et commencent à se soutenir les uns les autres, surtout dans les moments difficiles. Mais ce n’est pas ce que j’ai vécu — ni culturellement, ni socialement. Et c’est vraiment là qu’a commencé ma quête : d’une communauté qui vous relève au lieu de vous démolir. D’une foi qui n’exclut pas. D’un espace où l’on n’a pas à jouer un rôle — où l’on a simplement le droit d’être humain.
Qu’est-ce qui vous a poussée à travailler dans l’armée allemande, et quel y était votre rôle ?

J’avais déjà travaillé dans le secteur privé — et, honnêtement, cela ne me convenait pas. J’étais bonne dans ce que je faisais, mais au bout du compte j’aidais un dirigeant à gagner plus d’argent — un argent qui n’aidait pas la société, ne changeait pas de vies, ne signifiait rien. Je voulais faire quelque chose qui ait un but plus grand. Je voulais participer à quelque chose qui, au moins sur le papier, visait à protéger des gens.
C’est ce qui m’a attirée vers la Bundeswehr. La mission officielle était claire : défense, protection, service. Cela me fascinait. J’y voyais du sens. Et j’y ai aussi trouvé quelque chose qui m’a vraiment touchée : la camaraderie, le sentiment d’unité, le travail d’équipe, la responsabilité partagée. À bien des égards, cela m’a rappelé ce que j’ai trouvé plus tard dans ma communauté spirituelle — mais la mission, bien sûr, était différente.
Mon poste était celui de secrétaire de direction dans une division liée à l’OTAN. Je travaillais en lien étroit avec des officiers de haut rang, je gérais des documents sensibles, je coordonnais des communications internationales et je faisais partie de l’ossature organisationnelle qui fait fonctionner l’armée. C’était exigeant, structuré et profondément lié à la politique mondiale — ce qui le rendait passionnant, mais aussi difficile d’une autre manière.
Vous avez vécu plusieurs vies — militante, humanitaire, secrétaire à l’OTAN, femme engagée en politique. Mais qu’est-ce qui relie tout cela ? Qu’est-ce qui vous a poussée en avant à travers toutes ces phases et toutes ces épreuves ?
Je crois que ce qui m’a toujours poussée en avant, c’est un besoin profond de sens — non pas celui dont on parle dans les livres, mais celui que l’on éprouve par l’action. Je n’ai jamais été du genre à rester assise à analyser les problèmes. J’ai toujours voulu être sur le terrain, faire quelque chose, changer réellement la vie des gens. Que j’aide des réfugiés, que je travaille au sein d’une structure militaire ou que je m’engage en politique, j’étais toujours animée par la même question : où est la vérité dans tout cela ? Pas seulement la vérité des faits, mais la vérité des valeurs. Du sens. De l’humanité.
Avec le recul, je me rends compte que les systèmes peuvent vous donner des tâches, mais qu’ils ne donnent pas de véritables réponses. Celles-ci sont venues plus tard — sur un plan spirituel. Mais tout ce qui a précédé m’y préparait. Chaque épreuve, chaque contradiction, chaque moment où je me suis sentie à côté de ma place — tout cela a façonné la personne que je suis devenue. Et cette personne était prête à reconnaître la vérité lorsqu’elle s’est enfin présentée.
Parmi tous les projets auxquels vous avez participé, y en a-t-il un qui vous marque vraiment ?

Oui — sans aucun doute. Le projet « Avec de la laine et des aiguilles contre la terreur » gardera toujours une place particulière dans mon cœur. Il réunissait deux facettes de moi : celle qui veut agir avec compassion, et celle qui n’a pas peur de bousculer les normes sociales.
D’un côté, nous envoyions des articles d’hiver faits main — écharpes, bonnets, couvertures — à des camps de réfugiés en Irak, en Turquie et ailleurs. De l’autre, en Allemagne, il s’est passé quelque chose d’incroyable : les gens se sont rassemblés. Nous avons soudain eu plus d’un millier de bénévoles dans tout le pays — à tricoter, à donner, à transporter des fournitures. Les médias s’en sont emparés. On nous a connus comme l’« armée de la laine ».
Mais le projet ne se limitait pas à la chaleur. Il est devenu politique — non par intention, mais par réaction. Une grande partie de l’aide allait à des familles kurdes et yézidies fuyant Daech. Et cela n’a pas plu à tout le monde. Je me souviens de commentaires en ligne — venus même de ma propre famille — du genre : « Pourquoi aides-tu des Kurdes ? Tu en es une, maintenant ? » C’était absurde, et douloureux. Mais cela a aussi clarifié ma position : je n’aide pas les gens en fonction de leur identité. J’aide parce qu’ils sont humains.
Au bout de trois ans, l’état d’esprit en Allemagne a lui aussi changé. La solidarité initiale envers les réfugiés a commencé à s’émousser. Les gens se sont mis à dire des choses comme « il faut d’abord s’aider nous-mêmes », et les discours politiques ont commencé à évoluer. On pouvait sentir les prémices de ce qui allait devenir le mouvement d’extrême droite en Allemagne. Au bout de quatre ans, j’ai décidé de mettre officiellement fin au projet — mais beaucoup des groupes de tricot qui en sont nés existent toujours. Ils soutiennent aujourd’hui des hôpitaux locaux, des foyers d’accueil et des personnes sans abri. Ainsi, même si le projet n’existe plus comme organisation, son esprit lui survit.
Vous avez dit tout à l’heure que les vraies réponses ne venaient pas des systèmes, mais plus tard, sur un plan spirituel. Pouvez-vous nous parler de ce tournant ? Comment avez-vous découvert la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière, et qu’est-ce qui vous a fait sentir : c’est la vérité que je cherchais ?
J’ai découvert Abdullah Hashem dès 2008, à l’époque de The Arrivals. J’étais encore une jeune femme — mais c’était une période forte de ma vie. Nous étions la génération qui a vu le 11-Septembre se dérouler en direct à la télévision. Cela nous a marqués. Nous avons été témoins de la façon dont le monde a changé ensuite — politiquement, spirituellement, socialement.
The Arrivals m’a ouvert les yeux. Je n’étais pas profondément religieuse à l’époque, mais j’étais toujours en recherche. La série m’a fait découvrir des idées qui m’ont accompagnée pendant des années — et dont certaines, j’ai fini par les éprouver dans ma propre vie. Tout n’a pas été facile. Mais oui, le monde dans lequel nous vivons ressemble vraiment à quelque chose comme The Matrix.
Puis bien des années ont passé. J’ai perdu la trace d’Abdullah Hashem et je me suis concentrée sur mon propre cheminement. Spirituellement, je me suis éloignée des religions organisées. Je me suis mise à croire à des notions comme le karma, la réincarnation, l’énergie, les fréquences, le Saint-Esprit, et même la physique quantique. Pour moi, Dieu a toujours été bon — et l’humanité passait toujours avant toute étiquette religieuse. Et puis un jour, c’est en fait mon beau-frère — la personne à qui j’avais autrefois fait découvrir The Arrivals — qui est revenu vers moi et m’a dit : « Il faut que tu voies ça. » Je lui ai demandé : « D’accord, s’il est vraiment le Mahdi — quel est son message ? » Il m’a répondu : « L’humanité d’abord. » Cela m’a frappée. Parce que ce n’était pas seulement un slogan : c’était ce que je vivais depuis des années. Mais je ne m’en suis pas tenue là. Je suis allée au fond des choses. J’ai commencé à me documenter en détail sur la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière. J’ai regardé les sermons, lu les écrits, vérifié chaque source que je pouvais trouver. Et ce qui m’a le plus surprise, c’est à quel point tout cela reflétait des choses auxquelles j’étais déjà parvenue par moi-même — au fil d’années d’étude et d’expérience. Et puis il y avait plus encore : des éclairages, un savoir, une structure qui faisait sens spirituellement comme aucune autre religion ne l’avait jamais fait pour moi. Ce n’était pas une foi aveugle. C’était une découverte. Et une reconnaissance.
Que s’est-il passé après que vous avez accepté la vérité ? Comment cela a-t-il affecté votre monde intérieur — votre sentiment d’avoir un but, votre paix, votre direction de vie ?
À l’époque, je travaillais encore au sein de la Bundeswehr allemande. Et honnêtement, découvrir la vérité a été comme un coup au ventre. Non parce que cela faisait mal, mais parce que cela révélait quelque chose que je ne pouvais plus ignorer. J’ai compris que je faisais partie d’un système qui prétendait défendre la paix, mais où, en réalité, les décisions étaient prises pour des motifs très différents.
Et puis je suis allée rendre visite à Aba Sadiq — et à la communauté qui l’entoure. Cela a tout changé. Pour la première fois, j’ai vu ce que j’avais cherché toute ma vie : des gens bienveillants. Qui ne jugent pas. Qui vivent en paix. Qui partagent sans ego. C’était réel. Cela existait. Et à cet instant, j’ai fait un choix. J’avais passé des années à assister un général de l’OTAN. J’étais désormais prête à suivre un général spirituel. Un général qui combat avec la lumière, non avec des armes. Un général dont la mission n’est pas la guerre, mais la vérité, la justice et l’unité. Ce fut le début de mon véritable service. Et j’ai eu l’impression de rentrer chez moi.
A-t-il été difficile de quitter votre poste à la Bundeswehr ?

À certains égards, cela n’a pas été difficile du tout — parce que j’avais trouvé quelque chose de plus grand. Ce qu’Aba Sadiq a bâti m’offrait une alternative claire et puissante. Ce n’était pas un simple système de croyances de plus : c’était une tout autre manière de penser, qui place l’humanité et la vocation divine au centre.
Mais il y avait bien sûr un autre aspect. Je quittais un emploi stable, une carrière balisée, pour entrer dans quelque chose de totalement inconnu. Aucune garantie. Aucun contrat. Aucune feuille de route. Seulement la foi.
Mais j’ai fait confiance à Dieu — et j’ai pris la décision consciente d’échanger un général de ce monde contre celui que le Divin a désigné. Et je n’ai pas été déçue.
Aujourd’hui, je fais partie de quelque chose qui dépasse de loin les frontières nationales. Je peux soutenir des projets par le biais d’ONG, de partenariats humanitaires, et même d’initiatives au niveau des Nations unies — des actions qui n’aident pas seulement des gens en Allemagne, mais touchent des communautés partout dans le monde.
Je travaille pour les droits des femmes, des enfants, des opprimés, des déplacés, des persécutés — de quiconque a été réduit au silence. J’aime m’engager à l’échelle internationale, en collaborant avec des organisations comme l’ONU, Amnesty International et d’autres qui essaient sincèrement de rendre ce monde plus juste, plus humain, plus compatissant.
C’est là que je sens que j’ai ma place — et c’est là que je peux le mieux servir.
Certains pensent que seules des personnes faibles, naïves ou perdues suivent des voies spirituelles comme celle-ci — surtout lorsqu’il s’agit de religions nouvelles ou alternatives. En tant que femme instruite et dotée d’une véritable expérience du monde, que leur répondriez-vous ?

Je leur dirais : vous ne savez manifestement pas à quoi ressemble la vraie force. Il est facile de suivre le courant dominant. Il est facile de rester dans des systèmes où l’on vous dit quoi croire, comment vivre et ce qu’est la vérité — même quand cela ne s’accorde pas avec votre âme. Ce qui est difficile, c’est de le questionner. De s’en détourner. De désapprendre ce qu’on vous a enseigné et de partir chercher — chercher vraiment — quelque chose de réel.
Je n’ai pas choisi cette voie par confusion ou par faiblesse. Je l’ai choisie parce que j’avais la force de regarder le monde en face et de dire : cela ne suffit pas. J’ai besoin de vérité. J’ai travaillé dans des systèmes militaires. J’ai été à l’intérieur de la politique. J’ai vu comment les choses fonctionnent derrière le rideau. Je ne suis pas « tombée » dans la foi — je me suis battue pour y parvenir.
Cette voie exige tout de vous : honnêteté, discipline, clarté. Et elle vous donne ce que le monde ne peut pas donner : la paix, la vérité et une direction qui vaut la peine qu’on vive et qu’on meure pour elle. Alors non — cette voie n’est pas pour les faibles. Elle est pour ceux qui sont assez forts pour tout recommencer.
Que vous apporte cette foi aujourd’hui, dans votre vie quotidienne — comme femme, comme mère, comme personne qui croit encore qu’on peut changer le monde ?
Beyda : elle me donne la paix — la vraie paix. Non pas celle que l’on obtient en faisant comme si tout allait bien, mais celle qui vient de savoir qui l’on est, pourquoi l’on est là et où l’on va. Comme mère, elle me donne de la clarté. Je n’élève plus mes enfants dans la confusion ou la peur. Je les élève avec un but. Je sais quelles valeurs je veux transmettre. Je ne leur apprends pas seulement à survivre : je leur apprends à vivre avec intégrité, avec courage, avec compassion.
Comme femme, elle me donne de la force. Le monde essaie de définir les femmes par des rôles, par l’apparence, par des limites. Mais dans cette foi, j’ai trouvé la liberté. Je n’ai rien à prouver. Je me tiens là où je me tiens parce que Dieu m’y a placée — et je suis ce chemin avec dignité et direction.
Et comme personne qui croit encore que le monde peut changer, cette foi m’a donné un plan. Un système spirituel réel, concret, qui place la justice, la vérité et l’humanité au-dessus de tout. J’ai passé des années à essayer de réparer le monde de l’extérieur. Aujourd’hui je sais : le vrai changement commence à l’intérieur. Et cette voie m’a donné à la fois les outils et le cœur pour continuer.
Si vous pouviez laisser aux lecteurs un seul message — une vérité que vous avez découverte —, quel serait-il ?
N’ayez pas peur de tout remettre en question — y compris ce qu’on vous a appris à ne jamais toucher. La vérité ne craint pas les questions. Les systèmes, si.Si quelque chose est réel, cela survivra à vos doutes. Cela se renforcera par votre honnêteté. J’ai appris que la foi ne consiste pas à suivre des règles. Elle consiste à reconnaître la vérité — même quand elle vient d’endroits inattendus. Même quand elle vous coûte votre confort, vos relations ou vos certitudes.
Vous n’avez pas besoin d’être parfait, ni pur, ni prêt. Vous devez seulement être sincère. Et si vous cherchez vraiment la vérité — avec humilité, avec courage —, Dieu vous la montrera. Il le fait toujours.