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Que savons-nous de l’âme ?

Texte lu en français

Tout ce que nous savons de la religion n’est-il qu’une illusion ? La vérité universelle sur l’âme pourrait bien faire voler en éclats ce qui nous divise.

Par James Pollard · Traduit de l’anglais

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Dans sa quête sans fin de l’essence même de la vie, l’humanité est souvent égarée par son incapacité à comprendre les rouages intérieurs des Écritures divines et à relier les récits des messagers passés à notre époque immensément diverse, multiculturelle et largement toxique. Tel un navire sans gouvernail, les gens errent à l’aveugle, abasourdis par le monde apparemment banal des cinq sens et par des quêtes matérielles déclinantes dans une demeure temporaire. Beaucoup cherchent à connaître leur ascendance et leur généalogie dans une quête désespérée d’identité véritable, mais ces recherches sont vaines et laissent un sentiment d’absence de lien réel avec ce qu’ils sont vraiment. De fait, les gens ne font souvent qu’accumuler des étiquettes de plus — religion, orientation politique —, formant des personnalités complexes qui les éloignent encore de leur véritable source d’identité.

Bien des civilisations, persuadées de pouvoir réellement découvrir les secrets de la conscience humaine et la nature de notre réalité, se sont tournées vers la recherche scientifique pour en savoir plus. L’élite scientifique, financée par les élites politiques, dépense des millions de dollars en accélérateurs de particules pour tenter de trouver la plus petite molécule ou la fameuse « particule de Dieu », en espérant qu’elle éclairera les secrets de l’univers au-delà et la force de l’âme. Au lieu de quoi elle ne trouve que des particules subatomiques toujours plus petites, comme le quark, vibrant à des fréquences plus élevées. Le Grand collisionneur de hadrons du CERN a coûté jusqu’à 75 milliards de dollars à construire, exploiter et entretenir, et pourtant la science n’a toujours pas trouvé l’élément essentiel de la vie. Cette poursuite rappelle la tentative vaine de Nemrod de défier la divinité suprême en bâtissant une tour jusqu’aux cieux, pour finir détruit lui-même par la plus petite des créatures, le moucheron, au sommet de son arrogance.

Mais où trouver véritablement la vérité ? Comme Aba Al-Sadiq l’a révélé aujourd’hui, les sages qui ont écrit sur l’âme — tels Hermès, Pythagore, Krishna, le Bouddha, Platon et Socrate — sont en réalité des prophètes inconnus envoyés sur la terre. Aux côtés des prophètes abrahamiques, examinons donc leur exégèse divine et tentons de compléter le puzzle de l’âme. Existe-t-il une vérité universelle qui met en parallèle les enseignements sur l’âme par-delà le clivage des religions, révélant que la séparation religieuse est en réalité une illusion et qu’il existe, et a toujours existé, une loi universelle supérieure, aujourd’hui mise en lumière au sujet de l’âme ?

Hermès et Thot au sujet de l’âme

Le premier philosophe, ou maître de la sagesse divine, fut connu sous le nom d’Hermès ou de Thot, le bâtisseur même des pyramides de Gizeh. Ses enseignements, par son livre le Corpus Hermeticum, constituent donc un bon point de départ. Sa compréhension profonde révèle comment les âmes sont entrelacées à la cosmologie et à la métaphysique. Hermès parlait de l’âme comme d’origine divine, à qui sa « descente » dans le monde matériel donne une finalité — ce qui recoupe la notion de « monde atomique » des traditions chiites. Le retour de l’âme à sa source originelle est rendu possible par l’apprentissage et par un dénouement acquis par l’expérience de ce plan terrestre et par la pratique d’aspects du divin, au cours de laquelle l’âme subit une métamorphose. Hermès nous enseigne qu’à chaque instant de notre vie, nous devons choisir entre une conduite mauvaise et une conduite bonne, qui font évoluer notre karma antérieur dans un sens positif ou négatif. Nous devons nous attacher à faire de l’âme notre guide, car elle est supérieure à la chair.

« L’âme, envoyée par Dieu, est immortelle et forte ; tout ce qui est matériel est mortel et faible. Mais l’homme n’est pas seulement matériel ; il est aussi âme. Et ce n’est pas le corps qui est fort, mais l’âme. »Corpus Hermeticum, Hermès Trismégiste, traité : Poimandrès, le Pasteur des hommes

Comme Jésus lui-même l’a repris et dit, en accord avec les enseignements d’Hermès : la chair est faible, mais l’âme est ardente.

Hermès, en accord avec les enseignements du Prophète Mohammed, a bien révélé que l’âme est immatérielle et hors d’atteinte des vaines tentatives de l’homme pour l’observer par la science. Il révèle ensuite comment Dieu est la source de toute chose et comment l’âme de l’homme procède d’une source divine.

« Ne dis pas que l’homme périt, mon fils. Songe à ce qu’est Dieu, à ce qu’est le Kosmos, et à ce que signifie une créature vivante immortelle et une créature vivante dissoluble. Le Kosmos est fait par Dieu et contenu en Dieu ; l’homme est fait par le Kosmos et contenu dans le Kosmos ; et c’est Dieu qui est l’auteur de tout, qui embrasse tout et noue toutes choses ensemble. »Hermetica, Hermès Trismégiste, Libellus VIII, p. 178-179

Hermès a aussi révélé que ce n’est qu’en nous reliant à cet aspect divin en nous et en l’incarnant que nous pouvons développer une compréhension plus grande de la vérité et de l’essence divine à la source de toute chose.

« Celui qui se connaît lui-même connaît le Tout. »Corpus Hermeticum, Hermès Trismégiste, traité 1

Ce personnage d’Hermès est le même Thot qui, dans ses Tablettes d’Émeraude, a révélé que l’homme est issu des étoiles et que la clé de notre ascension consiste à lutter contre notre moi inférieur et contre nos désirs.

« L’homme est une étoile liée à un corps, jusqu’à ce qu’à la fin il soit libéré par sa lutte. Ce n’est que par le combat et par le labeur le plus acharné que l’étoile en toi fleurira en une vie nouvelle. Celui qui connaît le commencement de toutes choses, son étoile est libre du royaume de la nuit. »Tablette d’Émeraude III, Thot
« Sache, ô homme, que tu n’es qu’un esprit. Le corps n’est rien. L’Âme est TOUT. Que ton corps ne soit pas une entrave. Rejette les ténèbres et voyage dans la Lumière. Rejette ton corps, ô homme, et sois libre, véritablement une Lumière qui ne fait qu’UN avec la Lumière. »Tablette d’Émeraude IX, Thot

Par les enseignements de Thot et d’Hermès, nous reconnaissons que la capacité de l’homme à refléter des attributs divins tient à cette étincelle divine indéfinissable, ineffable, intangible — cette « particule de Dieu » de conscience divine enfouie au cœur de l’homme. C’est un atome, une particule venue des étoiles, que rien ne peut détruire. En mettant tous nos efforts à nous aligner sur cette force de l’âme, nous pouvons éliminer la semence du doute et devenir de véritables ouvriers de lumière.

Hermès a décrit comment, en poursuivant sans frein nos convoitises et notre gloutonnerie, nous nous nuisons à nous-mêmes et aux autres. Cela nous coupe entièrement de la source divine. Cet aspect, lorsqu’il domine, alourdit l’âme de la personne et l’aveugle sur la vérité touchant la nature de la réalité. Il pousse au contraire l’ego au premier plan de la personnalité.

« L’âme, lorsqu’elle est dans le corps, est accablée de nombreux maux : déraison, chagrin, confusion et désespoir. Mais lorsqu’elle quitte le corps, elle est libérée de tous ces maux. »Corpus Hermeticum, Hermès Trismégiste, traité : Poimandrès, le Pasteur des hommes

La gnose, ou connaissance divine, est comme un plan permettant de sortir de ce labyrinthe de souffrance et de ce cycle de réincarnation. La manière de procéder a été tracée par Hermès, qui insistait sur l’expérience directe et pratique des vérités spirituelles, acquise par la méditation et les actes vertueux, et qui nous conduit à nous harmoniser avec l’univers.

L’âme dans la Grèce antique

Le sage prophète Pythagore, qui avait lui-même étudié en Égypte auprès de prêtres chaldéens de Mésopotamie, embrassa les lois hermétiques ; il découvrit que l’âme est immortelle et qu’elle transmigre continuellement d’un réceptacle à un autre. Pythagore a lui aussi évoqué la lutte pour réprimer le moi appétitif et vivifier le bon moi, et la manière dont notre conduite morale dans nos vies antérieures détermine le réceptacle où nous pourrons nous incarner dans nos vies futures. Il expliquait que l’être humain est capable de communier avec le divin, et qu’il a besoin d’un corps comme véhicule sur ce chemin d’élévation de l’âme. Le corps doit toutefois être maîtrisé ou tenu en bride par l’âme pour que le divin puisse s’illuminer dans l’être humain.

« Te laissant toujours guider et diriger par l’entendement qui vient d’en haut, et qui doit tenir les rênes. »Vers d’or, Pythagore, vers 69

Philolaos, élève de Pythagore, a exprimé cette relation éternelle entre l’âme et le cosmos, et le fait que le corps en est le réceptacle sur ce terrain d’épreuve qu’est la vie corporelle.

« L’âme est introduite dans le corps et lui est associée par le Nombre, et par une harmonie à la fois immortelle et incorporelle… l’âme chérit son corps, car sans lui elle ne peut sentir ; mais lorsque la mort l’en a séparée, l’âme vit une existence incorporelle dans le cosmos. »Guthrie, p. 174

Une tradition illustre également la transmigration des âmes en lien avec Pythagore. Selon elle, Hermès demanda à Pythagore de choisir n’importe quel don, hormis l’immortalité. Pythagore choisit de conserver la mémoire de ce qui lui arrivait, de son vivant comme après la mort. Son âme passa ensuite dans le corps d’Euphorbe, qui fut blessé par Ménélas. Lorsqu’il était Euphorbe, Pythagore disait avoir été auparavant Aethalidès, fils d’Hermès. Il mentionnait un don qu’Hermès lui avait accordé : la transmigration perpétuelle de son âme, passant dans des plantes ou des animaux à son gré. De plus, Pythagore avait aussi reçu le don de se rappeler tout ce que son âme avait vécu dans l’Hadès, ainsi que les souffrances endurées par d’autres âmes.

Après la mort d’Euphorbe, il déclara que son âme était passée dans Hermotime. Pour en convaincre les gens, il révéla son bouclier dans le temple d’Apollon, que Ménélas y avait consacré en offrande. Pythagore disait que Ménélas, à son retour de Troie, avait offert son bouclier usé à Apollon, et qu’il n’en restait plus que la face d’ivoire. Pythagore ajoutait que lorsque Hermotime mourut, il était devenu Pyrrhos, un pêcheur de Délos, et qu’il se souvenait encore de tout, y compris d’avoir été Aethalidès, puis Euphorbe, puis Hermotime, puis Pyrrhos. À la mort de Pyrrhos, il devint Pythagore, et conservait toujours la mémoire de toutes les circonstances mentionnées.

En nous tournant vers la sagesse grecque, nous trouvons donc de nombreuses similitudes et des vérités attestées en lien avec les Égyptiens et Hermès. Les Grecs désignaient par « psyché » la force vitale, ou souffle de vie, et reconnaissaient que notre existence dans le monde matériel n’est rien sans notre âme. Ils voyaient l’âme comme la part animatrice et intangible de nous-mêmes.

Platon a parlé de la tripartition de l’être humain : le Logistikón (l’intelligence, la raison), le Thumoeidés (le moi passionné, qu’il faut tenir en bride et aligner sur la source divine) et l’Epithumétikon (le moi appétitif, qui ne recherche que le plaisir et le confort). Il voyait le But des sages dans le règne du Logistikón ; et pour y parvenir, il faut exprimer la beauté, la justice et la bonté. Donc incarner une morale positive et contempler les aspects de l’amour désintéressé, de la sagesse et de la recherche logique, en évitant de succomber aux tentations du moi avilissant.

« L’âme est immortelle et capable d’endurer tout mal et tout bien ; nous tiendrons toujours au chemin ascendant, en pratiquant la justice avec la raison en toute chose. Ainsi nous serons amis de nous-mêmes et des dieux tant que nous demeurerons ici-bas, et ensuite — comme les vainqueurs des jeux qui font le tour pour recueillir leurs prix — nous recevrons nos récompenses. Ainsi, dans cette vie comme au cours du voyage de mille ans que nous avons décrit, nous ferons le bien et serons heureux. »La République de Platon, X, 621c-d

Les récits de Platon sur l’au-delà et le voyage de l’âme nous éclairent davantage sur sa conception de l’âme. Selon ses écrits, un soldat mourut sur le champ de bataille. Il s’appelait Er. Son corps fut ramassé avec les autres morts dix jours plus tard mais, à la différence des autres cadavres, il ne s’était pas décomposé. Le douzième jour, il s’éveilla et déclara avoir vu le monde d’après la mort. Selon Er, les hommes sont jugés pour leur vie. Les justes montent aux cieux, avec le compte de leurs actes suspendu à la poitrine, tandis que les injustes descendent dans la terre, avec le compte de leurs actes suspendu dans le dos. Dans chaque domaine, on reçoit une rétribution au décuple de sa conduite terrestre, les justes étant récompensés et les injustes punis. Ensuite, les âmes reviennent dans une prairie où elles se préparent à s’incarner de nouveau sur la terre. Er affirme que ce processus est, pour l’essentiel, déterminé par chacun : les âmes choisissent le démon qui les guidera et le modèle de la vie qu’elles vivront.

« Ce n’est pas le sort qui vous assignera votre démon ou esprit gardien : c’est vous qui le choisirez. … La vertu ne connaît pas de maître ; chacun la possédera plus ou moins, selon qu’il l’estime ou la dédaigne. La responsabilité incombe à celui qui choisit ; le dieu n’en a aucune. »La République de Platon, X, 617e

En somme, nous sommes les artisans de notre propre enfer ou de notre propre ciel, par les pensées et les actes auxquels nous prenons part, et selon que nous suivons ou non des vertus divines et désintéressées.

« Les gens choisissent ainsi la vie qu’ils habiteront d’après leurs expériences antérieures et d’après ce qu’ils croient être une bonne vie. Par exemple, le railleur Thersite choisit la vie d’un singe ; Agamemnon, se souvenant de ses souffrances d’homme, choisit plutôt la vie d’un aigle ; et Ulysse, qui avait jadis mené une vie remarquable et en avait souffert, choisit au contraire “la vie d’un particulier menant ses propres affaires”. »La République de Platon, 620c-d

Platon précise que le karma est une force universelle à laquelle nous ne pouvons échapper, et que nous sommes tenus pour responsables de chaque action ou inaction. Comme le dit le Coran, nous ne serons pas lésés d’un sillon de noyau de datte.

Dans La République de Platon :

« Nous croirons que l’âme est immortelle et capable d’endurer tout mal et tout bien, en tenant toujours au chemin ascendant, en pratiquant la justice avec la raison en toute chose. Ainsi nous serons amis de nous-mêmes et des dieux tant que nous demeurerons ici-bas, et ensuite — comme les vainqueurs des jeux qui font le tour pour recueillir leurs prix — nous recevrons nos récompenses. Ainsi, dans cette vie comme au cours du voyage de mille ans que nous avons décrit, nous ferons le bien et serons heureux. »La République de Platon, X, 621c-d

Le philosophe grec, le prophète Aristote, a précisé que l’âme était la cause première du domaine matériel.

« L’âme est, pour ainsi dire, le principe premier des êtres vivants. Nous cherchons à en contempler et à en connaître la nature et la substance. »De l’âme, Aristote, livre 2

Aristote a expliqué que l’âme est enveloppée de matière, et que le principe animateur est la psyché. Il comparait la forme à une hache : le corps en est le métal et le bois, mais il lui faut une capacité active à fendre le bois, une conscience et une aptitude à le faire. En ce sens, l’âme des êtres vivants devient la qualité (ou les qualités) qui les distingue des choses non vivantes.

« L’âme est l’actualité, ou l’essence formulable, de ce qui possède la potentialité d’être animé. »De l’âme, Aristote, livre 2

Ainsi, le réceptacle peut être animé par une âme, par la volonté de Dieu. De manière remarquable, au regard des enseignements d’Hermès, nous voyons qu’Aristote a lui aussi posé une théorie tripartite de la force de l’âme, dans le même sens : la part nutritive, animale et élémentaire ; la perception ou la raison ; et l’intellect divin.

« Nous ne devons pas obéir à ceux qui nous disent qu’un homme doit penser des pensées d’homme, et un mortel des pensées de mortel. Au contraire, nous devons nous efforcer autant que possible de devenir immortels, et faire tout ce que nous pouvons pour vivre selon ce qu’il y a de plus haut en nous. »Éthique à Nicomaque, Aristote, X.7.1177 b 32

Aristote a montré on ne peut plus clairement que l’eudémonie, ou état de vie bonne, ne peut être atteinte qu’en œuvrant de manière désintéressée et inconditionnelle pour la communauté. Donc en vivant selon un code moral désintéressé et en maîtrisant autant que possible les désirs élémentaires.

L’âme dans l’hindouisme

Si nous nous tournons maintenant vers les prophètes de Dieu venus d’Orient, nous trouvons le même schéma se déployer dans les textes védiques et dans les paroles de Rama, Vishnou et Krishna, venues de l’Hindoustan. L’Atman, ou âme, est de nouveau l’essence ou le souffle de vie, un fragment de l’unique vérité de l’âme universelle. L’âme universelle, ou Atman, se condense en une âme individuelle appelée Jiva, dont l’expérience est enfermée dans des enveloppes, comme notre corps physique (Rupa), qu’habite notre conscience. C’est l’aspect inconditionné de la vérité, lié à l’Absolu Un, l’Ein Sof, au-delà des mots, aspirant à retourner à la source, à Dieu. Elle s’exprime comme une étincelle divine en nous :

« L’Atman, en Lui-même, est l’Être ineffable, celui qui est au-delà du temps et de l’éternité, sans fin de jours. Il ne meurt pas et ne se réincarne pas (c’est l’ego qui revient), mais l’Atman est absolument parfait. »Atman, Samael Aun Weor

Lorsque nous dormons, l’âme se projette hors du corps et rêve au-delà, un voile de plus levé vers le monde astral des formes divines. Le Jiva descend dans le corps, ou réceptacle, pour reconnaître l’impermanence de la nature illusoire de ce monde, et pour reconnaître que notre conscience n’est pas le corps, mais une extension de l’Atman, lui-même extension du Paramatman (le Soi suprême), se déployant par degrés comme le fait la fleur de lotus.

« L’âme se déploie, comme un lotus aux innombrables pétales. »Le Prophète, Khalil Gibran

Une chaîne divine se révèle ici, qui relie l’homme à Dieu, bourgeonnant du dedans vers l’âme, l’esprit et le corps.

Le moi inférieur est l’ignorance, qui s’exprime en se croyant supérieure ou inférieure, attribut du faux ego, souvent source de division. L’âme est l’être qui transcende l’ego et la personnalité. Des sages comme Rama tenaient pour une ignorance que les hommes s’identifient aux penchants animaux du moi et du corps. Krishna, comme Platon, a longuement parlé du conducteur de char représentant la force de l’âme universelle, qui tente d’aider Arjuna (le passager), en tant qu’initié, à dompter les sens sauvages de l’ego. Le moi raisonnable d’Arjuna est sage d’en tenir compte et de suivre cette force divine, en rejetant son moi sauvage et indiscipliné. Il est remarquable que cela recoupe de nouveau le système tripartite de l’âme dont nous avons déjà parlé dans les traditions grecques antiques.

Rama a parlé de l’importance de la maîtrise de soi pour permettre à l’âme de briller à travers les voiles de notre propre ignorance : si nous nous écartons de la vérité, nous tombons dans l’ignorance, et le moi animal prend le dessus.

« La maîtrise de soi est la véritable force du guerrier. De même que les gens craignent les serpents, ils craignent ceux qui profèrent des mensonges. La vérité gouverne ce monde, et le dharma s’enracine dans la vérité. »Ramayana

Lorsque nous sommes emplis d’élan, nous sommes capables d’accomplir des exploits apparemment impossibles, car dans de tels états nous sommes soutenus par la force éthérée de l’âme.

« L’enthousiasme est une force puissante et noble ; il n’est pas de plus grande force que l’enthousiasme. Pour l’enthousiaste, rien au monde n’est difficile. »Ramayana

L’essentiel, pour libérer en nous la force de l’âme, est d’abandonner notre volonté à Dieu et de nous soumettre à celui que Dieu a envoyé comme Christ ou Krishna de notre époque, et de le laisser être notre guidance et notre appui.

Krishna a parlé au plus fort des tourments d’Arjuna, qui devait affronter sa propre chair et son propre sang dans une bataille pour la vérité et la justice :

« Ne t’afflige pas, mon ami ; abandonne-toi à Moi, et Je te libérerai de tout péché et de tout chagrin. »Bhagavad Gita, chapitre 18, verset 66

Le Seigneur prescrit ici au monde la forme de discipline la plus simple comme le plus haut moyen de la Libération ultime.

Nous devons donc, comme Arjuna, prendre conseil auprès de l’avatar divin qui nous est envoyé, user de la raison et chercher à maîtriser le mental et les sens pour transcender et ne faire qu’un avec Brahman, la conscience totale. Tout est commun et unifié dans l’aspect essentiel de l’âme, ou Atman, tandis que le monde temporaire et banal est fait de moi différents, aux nationalités, tribus, races, couleurs et croyances uniques, où les gens sont jugés et jugent les autres sur leur statut et leur métier. En réalité, ce monde est fictif, fait de formes élémentaires, et la pure conscience essentielle au cœur de tout homme procède de l’Atman, ou âme universelle.

Cette essence divine transcende les mondes ordinaires ; elle est inexprimable, indescriptible, paisible et bienheureuse. Le But des sages est d’unifier toutes ces parts de nous-mêmes en un tout conscient, avec l’Atman ou âme universelle, afin que nous puissions réaliser notre véritable nature venue de Dieu et que l’âme s’unisse à Brahma. Afin de manifester des aspects de l’infini et d’atteindre la perfection, la félicité et l’union avec lui. Alors seulement la félicité éternelle peut régner dans le cœur de l’homme, former le soi éternel, par cet aspect divin de la réalisation de soi.

Comme l’a déclaré Ali ibn Abi Talib, le Prince des croyants :

« Connais-toi toi-même et connais ton Seigneur. »

Cette quête d’union avec l’Absolu doit être menée envers et contre tout, contre nous-mêmes, comme un grand sacrifice de soi pour le bien supérieur de l’humanité et de la justice, en acceptant toutes les douleurs. Toutes les conférences et toute la connaissance ne vous serviront à rien si vous ne pratiquez pas la réalisation de soi, en reconnaissant que nous portons en nous l’étincelle divine et immortelle.

L’âme et le Seigneur Bouddha

« “Chaque âme est potentiellement divine.” Le but est de manifester la divinité intérieure, en maîtrisant la nature, extérieure et intérieure. »Commentaire des Yoga Sutras, Swami Vivekananda, 11.25
« [Il y a] une semence à l’intérieur de chaque être humain. Certains parviennent à la faire sortir et à l’accentuer. D’autres n’y parviennent pas. Toute l’affaire revient à l’être humain lui-même. Il en est qui n’y parviennent pas, parce qu’ils ne le veulent pas, ou parce qu’ils n’ont pas essayé. »Paroles d’Ahmed Al-Hassan, p. 84

Dans le bouddhisme, la force de l’âme anime un réceptacle, un avatar. L’âme revêt différents habits et les ôte à volonté pour passer dans un autre réceptacle, mieux adapté au but ou à la mission du moment, tandis que le corps, ou la matière, retourne d’où il vient : à la terre, aux cendres et à la poussière.

Les religions orientales nous enseignent qu’en réalité, si nous nous prétendons spirituels ou religieux tout en étant séparés du point fondamental qu’est l’Esprit, cette étincelle divine qui résonne en nous, nous ne rendons qu’un hommage de pure forme à ce principe divin. Dans cet état de conscience, nous nous comportons très probablement comme des savants non œuvrants, attachés seulement à la lettre de la loi et aux écorces de la religion, aux pratiques rituelles de la foi. Nous devons avant tout nous éveiller, dans ce monde ordinaire, au fait que notre conscience n’est pas notre corps, mais la force de l’âme, cet aspect sublime qui migre vers le corps suivant.

Le Seigneur Bouddha, dans le Sutra du Lotus, nous met en garde contre les dangers de suivre notre moi animal.

« Je sais que ces êtres vivants n’ont jamais cultivé de bonnes racines. Ils sont fermement attachés aux cinq désirs et, par stupidité et par amour, ils s’affligent. À cause de tous leurs désirs, ils tombent dans les trois voies mauvaises, ils tournent sur la roue des six destinées, et souffrent la pire des misères. »Sutra du Lotus, chapitre 2

L’âme dans les sources juives

Lorsque nous nous tournons vers la pensée gnostique juive, les parallèles se confirment de nouveau dans le Livre de la Splendeur, ou Zohar, où resurgit l’âme tripartite. Les gnostiques juifs enseignent que nous devons aspirer à être semblables à Dieu, à manifester des aspects divins à l’humanité pour que la semence potentielle en nous se déploie, en reflétant les attributs d’un messager divin. C’est ainsi que les disciples ont commencé à reconnaître le divin en Jésus et ont pu manifester des attributs qui les rendaient effectivement plus semblables à lui.

« Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons que, lorsqu’il paraîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. »Bible, Première épître de Jean, chapitre 3, verset 2

Les mystiques juifs, comme le rapporte Joshua Abelson (chercheur sur la mystique juive), voyaient l’âme comme une trinité : la Neshamah, l’élément rationnel, plan d’existence le plus élevé ; le Rouah, l’élément moral ou rationnel, siège du bien et du mal, des qualités éthiques ; enfin le Nephesh, le côté grossier de l’esprit, l’élément vital en rapport avec le corps, les instincts et les appétits de la vie physique. Les trois divisions de l’âme sont des émanations des Sefirot (source divine).

La Neshamah est l’âme en son sens le plus élevé et le plus sublime ; elle émane de Hokhmah, la Sefirah de la Sagesse. Le Rouah, qui désigne l’âme dans son aspect éthique, émane de Tiphereth, la Sefirah de la Beauté. Cet esprit d’effort est le moi émotionnel, ou personnalité, qui reconnaît la distinction entre le bien et le mal. Le Nephesh, qui est le côté animal de l’âme, est une émanation de Yesod, la Sefirah du Fondement, l’élément qui entre le plus en contact avec les forces matérielles de la terre. C’est le moteur de notre vie physique, l’attention portée à l’aspect ordinaire, aux besoins élémentaires du corps, aux désirs et aux instincts physiques.

Cette trinité de forces, lorsqu’elle est en union, s’harmonise et reflète celle des anciens Grecs et des Égyptiens dont nous avons parlé. La Kabbale parle de l’étincelle ou du souffle divin, comme dans la Genèse, où le souffle même de Dieu anime les êtres humains, le moi intellectuel.

« Et l’ÉTERNEL Dieu forma l’homme [de] la poussière du sol ; Il insuffla dans ses narines le souffle [neshamah] de vie, et l’homme devint une âme vivante [nephesh]. »Bible, Livre de la Genèse, chapitre 2, verset 7

Le Nephesh est donc le moi appétitif qui respire, la force vivante du vivant, la vie inhérente en nous, le fondement du corps vital, sur l’arbre de vie. C’est l’urgence d’être vivant, l’appétit de vivre, brut comme une semence. C’est le ciment, le Yesod de ce monde ordinaire ; le Nephesh coule dans votre sang, c’est l’énergie sexuelle, le système nerveux, l’impulsion à vivre ; il ne connaît que la sensation et sert une nature mécanique. Les êtres humains partagent cet aspect avec tous les animaux de la nature, cherchant toujours plus de rang, de pouvoir, de ressources, d’attention, sans aucune conscience de l’esprit ni de Dieu.

Il est clair que beaucoup de gens, quoi qu’ils gagnent ou accumulent, ne sont jamais vraiment satisfaits. Le désir sans frein est au cœur de ce problème, dans le vide de l’âme. Dans l’histoire juive, pensons à Samson poursuivant obsessionnellement Dalila, à Adam tenté par l’arbre, à la jalousie de Caïn le conduisant à tuer Abel : ce sont là les aspects de la chute dans la tentation.

Même les plantes et les animaux sont animés de la sorte : une étincelle de divinité les emplit d’énergie et de force vitale. L’inspiration du compositeur donne vie aux notes, exprimant la vision et le sentiment de l’âme qui l’habite, et qui lui survit même après sa mort corporelle.

Le deuxième aspect, le Rouah — vent ou esprit —, est l’âme pensante ou émotionnelle, notre perception éthique, liée à notre âme humaine, ou Tiphereth, beauté et miséricorde de notre être le plus intime, ou Bouddha. Nous devons donc peiner pour surmonter nos désirs par nos actes : la foi se connaît à nos œuvres. Si vous voulez une vie spirituelle, de tels principes seront votre protecteur et votre assaillant contre vos désirs élémentaires.

« La foi, si elle n’a pas les œuvres, est morte en elle-même. 18 Mais quelqu’un dira : “Tu as la foi, et moi j’ai les œuvres.” »Bible, Épître de Jacques, chapitre 2, verset 14
« Tant que ma Neshamah est en moi, et que le Rouah d’Éloah (la déesse) est sur mon visage, mes lèvres ne prononceront pas la méchanceté, et ma langue ne proférera pas la tromperie. »Bible, Livre de Job, chapitre 27, verset 3

Ainsi, lorsque nous restons attentifs et tournés vers Dieu, nous alignons l’âme divine, le moi et le corps pour qu’ils œuvrent selon l’esprit de vérité — nous n’userons plus de notre énergie pour nuire, mentir ou tromper ; nos paroles deviennent l’expression de la seule vérité. Un schéma clair se dégage : le but est d’exercer et de maîtriser le Nephesh. De convertir la puissance de notre sang et de notre souffle, de quelque chose qui cause la souffrance en quelque chose qui rachète l’âme ; de convertir notre nature animale et sauvage en sagesse loyale, pour être serviteurs de la lumière et de la droiture.

Le Rouah résonne depuis la part la plus intime de nous-mêmes, le cœur ; l’intuition en jaillit, subtile et silencieuse — la conscience. Par cet aspect, vous sentez s’il faut agir ou non, si vous laissez le désir prendre le dessus ou si vous suivez la conscience. C’est aussi simple que cela, et c’est un choix.

Nous voyons le danger de ceux qui, accoutumés au mal, éradiquent en eux le Rouah en mentant ou en volant. Ils ont rompu le lien au divin. La clé est d’avoir un sens aigu du juste et d’y prendre part même quand personne ne regarde, pour nourrir ce lien divin. Ainsi, une conscience plus forte s’élève à chaque fois.

« Qui connaît le Rouah des fils de l’homme, qui monte en haut, et le Rouah de la bête, qui descend en bas vers la terre ? »Bible, Livre de l’Ecclésiaste, chapitre 3, verset 21

Aba Al-Sadiq, dans ses sermons divins, nous a maintes fois avertis que le moi, ou nafs, est comme un taureau sauvage qu’il faut dompter et maîtriser. Dès lors, si nous voulons imiter les prophètes et les messagers, nous devons faire surgir ces traits en nous, faute de quoi nous nous vautrerons dans la boue comme des pourceaux.

La Neshamah, souffle ou vent de vie, discerne le réel de l’irréel. Elle est consciente de la divinité : c’est la conscience qui voit Dieu. La lampe qui projette la lumière éclaire notre subconscient, et nous recevons de cette divinité un éclairement spirituel.

La Neshamah est consciente de la divinité, et de tout ce qui est en dessous ; elle est consciente d’un observateur en nous. Nous sommes donc responsables de nos actes, et propriétaires de notre karma : tout ce que nous pensons a une incidence sur notre être intérieur. C’est consigné dans le registre de notre vie ; nous n’existons pas dans une bulle, tout a un effet sur le monde qui nous entoure et sur notre lien au divin.

Nous faisons donc sortir ce qui est en nous, comme Jésus l’a dit des savants malfaisants de son temps :

« Race de vipères, comment pourriez-vous, étant mauvais, dire de bonnes choses ? Car c’est de l’abondance du kardias que la bouche parle. L’homme bon tire de bonnes choses du bon trésor du kardias, et l’homme mauvais tire de mauvaises choses de son mauvais trésor. »Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 12, versets 34-35

Le kardias peut signifier « esprit, cœur, estomac, centre, ou part intérieure ».

En écoutant votre conscience, ces parts se relient entre elles — la Neshamah au Rouah et au Nephesh —, et la lumière devient claire et visible à votre âme. La responsabilité repose donc sur chacun de nous individuellement et comme membre du collectif. Dieu nous donne le pouvoir de développer nos bonnes actions par cette volonté ; nous avons le libre arbitre d’illuminer ou d’éteindre la lumière.

« La נשמת (neshamah) d’Adam est une lampe de Jéhovah, qui sonde toutes les parties intérieures du ventre. »Bible, Livre des Proverbes, chapitre 20, verset 27
« Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe ; la lampe est dans un cristal ; le cristal est comme une étoile brillante, allumée [de l’huile] d’un arbre béni, un olivier [situé] ni à l’est ni à l’ouest, dont l’huile éclairerait presque sans même que le feu la touche. Lumière sur lumière ! Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. Et Allah propose des paraboles aux hommes. Car Allah a [parfaite] connaissance de toute chose. »Coran, chapitre 24 (Nur), verset 35

La véritable lumière de Dieu est l’Imam, ou guide éveillé, messager de notre génération, le véritable archétype du héros, envoyé par l’unique Dieu véritable — autrement dit Jésus ou Krishna —, dont la lumière ou la conscience brille presque d’elle-même. Notre premier but est de trouver cet homme, cet esprit, de nous accorder à ce flux de lumière et d’en rayonner, pour devenir des lucioles dans la nuit crépusculaire, et éclairer le chemin que d’autres pourront trouver et suivre à leur tour.

« Quand un homme s’endort, sa neshamah le quitte et, montant en haut, rend compte de ses actes, de ses gestes et de ses paroles ; c’est pourquoi il est écrit : “Garde les portes de ta bouche, même devant celle qui dort près de toi” (Michée VII, 5), en allusion à l’âme de l’homme. » Rabbi Yehouda : « De chaque acte, geste ou parole qu’un homme prononce ou accomplit, le soi supérieur, ou “neshamah”, doit rendre compte. »Zohar I, 119b, col. 475 ; Qabbalah, 412

Le poids de cette pensée est que nous aurons à répondre de nos actes ; nous serions donc sages d’atteindre Dieu avec un registre d’actes net, sans amertume ni ressentiment envers quiconque.

« Il y en a trois : l’un pour revêtir de ce vêtement le Rouah, qui est dans le jardin (d’Éden) sur la terre ; un autre, plus précieux que tous, dont la Neshamah est revêtue dans ce Faisceau de Vie, parmi les anges des Rois… ; et un vêtement extérieur, qui existe et n’existe pas, qui est vu et n’est pas vu. De ce vêtement est revêtu le Nephesh, et elle va et vole en lui, de-ci de-là dans le monde. »Zohar I, 119b, col. 475 ; Qabbalah, 412

Cette sagesse réfléchie révèle la philosophie de l’âme des saints d’autrefois : le triangle divin se forme en nous. L’ascension dans l’homme s’accomplit lorsque l’aspect éthique du Rouah s’aligne sur l’âme. Le moi animal, le Nephesh, doit quant à lui être maîtrisé ; et les trois doivent être en équilibre pour que la mission réussisse.

Celui qui a atteint ce stade de développement spirituel dans la vie supérieure et divine trouvera une part éternelle dans le monde à venir. Lorsque les trois sont unifiés et fondus en un, l’être parfait poursuit son ascension éternelle vers le Saint, car c’est du divin que l’esprit procède, et c’est au divin qu’il retournera enfin. C’est ce que voulait dire le psalmiste : « Mon âme te désire la nuit » — c’est-à-dire qu’elle désire monter vers sa source et ne souffrira rien qui la détourne de sa course.

Cela nous rappelle encore l’histoire des deux loups dont a parlé Aba Al-Sadiq : deux loups se battent à l’intérieur de l’être humain. L’un est plein de rage, de jalousie, de désirs démesurés, de convoitises et d’amertume ; l’autre est plein d’amour, de miséricorde, de pardon, de patience et d’espérance ; et celui qui gagne est celui que vous nourrissez le plus.

De même, le sage conseil de l’Imam Jafar Al-Sadiq est de concentrer le moi rationnel sur les soldats de la lumière pour vaincre les soldats de l’ignorance : par des actes de courage, nous dissolvons la lâcheté ; par la patience, nous surmontons la précipitation. En affrontant et en surmontant des adversités douloureuses, nous apprenons à faire prévaloir l’espérance sur le désespoir. Dans chaque cas, nous faisons croître le moi ardent pour l’unir à l’âme universelle.

L’âme est enfermée dans le corps dans le cadre d’une épreuve, et notre défi est d’en actualiser et d’en réaliser le véritable potentiel. D’où la nécessité de trouver un avatar divin qui a déjà atteint ces noces divines — Hénoch, Thot, ou Aba Al-Sadiq aujourd’hui — pour nous guider sur la meilleure manière de surmonter ces épreuves et de pratiquer cette alchimie de l’âme. Une fois que nous comprenons que le vrai monde des formes est immatériel, le But de l’âme sage est d’accumuler de bonnes actions, des crédits, et non des biens matériels qui s’évanouissent. Le progrès s’obtient en nous exerçant nous-mêmes et en exerçant notre éthique — le Rouah, ou conscience —, qui à son tour domptera le moi animal. C’est pourquoi Ahmed Al-Hassan, le Yamani, a enseigné dans cette septième alliance divine le perfectionnement des mœurs et des manières, afin que l’âme devienne forte, rayonnante, et resplendisse.

Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée ; l’excellence est donc une habitude, disait Aristote, lui-même prophète inconnu de Dieu. Le Prophète Mohammed fut un grand exemple de cette maxime et devint connu comme le plus honnête et le plus digne de confiance de sa communauté. Il a embrassé le djihad du nafs et remporté la grande bataille à tel point que son propre nafs lui était entièrement soumis. Il faisait le contraire de son propre nafs. S’il avait faim, il jeûnait ; s’il était fatigué, il veillait ; et lorsque sa réputation était sauvagement attaquée, il endurait, et aidait même ses détracteurs et ses ennemis à surmonter leurs propres défauts en faisant rayonner sa lumière. Mohammed fut le chevalier par excellence, qui terrassa les seigneurs obscurs de lui-même et conduisit les hommes à une conscience nouvelle de paix et de lumière.

Ce faisant, il nous a montré une voie par laquelle nous pouvons nous aussi devenir partenaires de Dieu dans la création — mitzvot —, en nous reliant à Dieu, à l’esprit et à l’âme dans le monde ordinaire. C’est là, en vérité, la grande épreuve et le grand accomplissement.

Parvenu au sommet de cet état spirituel, l’adepte dévoué et sincère n’est plus dans l’épreuve, même s’il demeure dans le domaine ordinaire, car il n’est plus attaché ni asservi à ses désirs et à ses convoitises, ni au résultat de ses actes. Le métal de l’âme a désormais connu une transmutation alchimique, ses impuretés ayant été ôtées par une série d’incarnations où elle a été éprouvée, chauffée et modelée en une forme sublime et divine, pour atteindre le grand temps de la Raja, ou Retour — temps annoncé dans l’eschatologie de toutes les religions divines, où la vraie justice éradiquera toute tyrannie dans le monde.

Le But des sages à la fin des temps

D’Aba Abdillah Al-Sadiq : « En vérité, le premier à revenir en ce monde est Al-Hussein, fils d’Ali, et ses compagnons. Et Yazid, fils de Mouawiya. Et il les tuera, œil pour œil. » Puis Abou Abdillah récita : « Ensuite Nous vous donnâmes la revanche sur eux. Et Nous vous renforçâmes en biens et en enfants, et Nous vous rendîmes plus nombreux en hommes. » (Coran 17:6)Bihar Al-Anwar, Al-Allamah Al-Majlisi, vol. 53, p. 76

C’est l’époque que nous vivons aujourd’hui, où la majorité s’est laissé aveugler par des désirs démesurés, est devenue indifférente à la vérité et à la justice, et a perdu le lien avec son moi ardent et avec la force de son âme. C’est notre temps, celui qui a été annoncé : un temps de guerres, de rumeurs de guerres, de famines et d’épidémies comme jamais auparavant. Mais aussi le temps où les meilleurs des meilleurs — les 10, les 313, et les 124 000 messagers et prophètes, âmes de tous les âges et de tous les points du globe — se rassemblent autour du Levant de la Vérité, Aba Al-Sadiq. Il est l’avocat et le compagnon des âmes, le Thot, l’Hénoch, le Mahdi, ou le Métatron de notre époque, l’âme parfaite qui a déjà passé la grande épreuve de l’âme, qui s’est alignée sur la seule volonté de Dieu, a transcendé le monde ordinaire et a anéanti la peur de la mort.

C’est celui dont parle l’Imam Jafar Al-Sadiq, qui a la capacité divine de révéler aux compagnons du Levant de la Vérité à quelles âmes ils appartiennent — signe certain de la véracité de sa revendication et du fait qu’il s’agit de l’alliance finale des âmes.

L’Imam Al-Sadiq a dit : « En vérité, Dieu a choisi entre les âmes dans les ombres, puis Il les a fait entrer dans les corps ; et si notre Qa’im paraît, il fera hériter le frère du frère que Dieu lui a apparié dans les ombres, et il ne le fera pas hériter de son frère physique. Reconnais-le à cela ; et quiconque le reconnaît à cela, il ne subsistera sur lui aucune preuve plus forte. »Al-Haft Al-Shareef, Al-Mufaddal ibn Omar Al-Jofi, traduit par Abdullah Hashem Aba Al-Sadiq, porte 66, p. 367

Aujourd’hui, nous voyons comment ces âmes compagnes, loyales et déterminées, ont déjà commencé à se rassembler autour du Levant de la Vérité, Aba Al-Sadiq, comme des constellations d’étoiles et des amas de croyants. C’est le reflet du monde atomique, ou monde des étoiles, d’en haut, espace originel de l’épreuve des âmes : 12 planètes proches, et de nombreuses autres lunes et étoiles, soumises à l’Imam de notre temps, la planète Mars, qui est Aba Al-Sadiq, et gravitant autour de lui. Elles font désormais rayonner leur lumière en une symétrie cosmique avec les étoiles d’en haut ; le monde ordinaire fusionne avec le monde atomique à la fin du Kali Yuga, l’âge des ténèbres, et l’établissement d’un nouvel âge d’or sur la terre — le Satya Yuga, ou âge d’or de la Vérité — commence.

Le But des sages, tel que l’expose aujourd’hui Aba Al-Sadiq, est d’atteindre l’état divin d’Adam et Ève, un état édénique de pureté, l’état primordial en nous-mêmes, en donnant la victoire à notre âme, ou conscience de Dieu. Cela nous rappelle encore que l’émergence du Mahdi, ou de l’Éveillé, n’est pas une résistance passive, mais une prise de position révolutionnaire et de tout cœur : rejeter la tyrannie et œuvrer à un ordre nouveau, divin et consenti, tel que le propose aujourd’hui le Manifeste du Mahdi. La clé sous-jacente est de savoir que cette transmutation alchimique opère de façon fractale : d’abord en chacun de nous, puis entre nous, en communauté, et enfin dans le monde plus large. Il s’agit d’établir un État idéal où la seule distinction dans le statut des personnes repose sur leur dévotion à Dieu et leur soumission à Sa cause ; où nos pensées d’ancienne croyance, de couleur, de statut, de sexe se dissolvent dans le néant.

Il revient donc à chacun de nous de maîtriser ses désirs démesurés pour récolter nos bons caractères au bénéfice concret de l’humanité, en offrant notre âme à la mission de Dieu. Cela signifie employer toutes nos compétences et œuvrer à nous unir à la force de notre âme, polir le diamant intérieur et le faire paraître pour le bien de l’humanité. Sachez que vous êtes poussière d’étoiles, et laissez les étincelles résonner et briller pour l’amour de Dieu et de Son messager d’aujourd’hui, Aba Al-Sadiq, le Père de la Vérité et le Levant de la Vérité.