Pourquoi chaque prophète a été insulté
Texte lu en français
Beaucoup de chrétiens oublient que les prophètes ont toujours été moqués — Moïse, Jésus, Abraham. Insultés, rejetés, ridiculisés. Examinons les preuves tirées des Écritures pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui.
Par Hamze Kassem · Traduit de l’anglais

Il ne vient pas avec une armée. Il vient avec une voix. Avec des mots qui tranchent comme des couteaux, parce qu’ils frappent une plaie que tout le monde connaît — mais que personne ne veut voir. L’homme de Dieu. Il parle au nom de Dieu — contre le monde. Et le monde répond : par la moquerie, par le mépris, par la destruction.
Une vague de vidéos et de commentaires a envahi Internet depuis qu’Abdullah Hashem Aba Al-Sadiq a prononcé son discours — le lendemain de la mort du pape — dans lequel il s’est déclaré le véritable pape. Nul, hormis l’homme choisi par Dieu, n’a le droit de régner : spirituellement et politiquement. C’était le lendemain du jour où des croyants de la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière avaient levé, place Saint-Pierre, les Bannières noires annoncées par les Ahlul-Bayt, portant l’inscription : « La loyauté n’appartient qu’à Dieu. »
Depuis l’aube de l’histoire, les sociétés accueillent les figures prophétiques avec le même réflexe : le rejet. Non par doute intellectuel, mais par défense instinctive. Car l’homme de Dieu ne se contente pas de poser des questions : il remet tout en question. La morale. Le pouvoir. L’histoire. L’identité. Et cela fait de lui une cible. Hier comme aujourd’hui.
La Bible, le Coran, la Torah et la Bhagavad Gita ne racontent pas seulement l’histoire de grandes figures spirituelles. Ils documentent leur mise à mort sociale. Une destruction qui ne commence pas nécessairement par la violence physique, mais qui commence toujours par les médias, les mots, l’exclusion sociale et l’attaque morale. Les voix prophétiques furent moquées, calomniées, criminalisées. Elles devinrent les miroirs de la peur, de la haine, de l’envie — et de la profonde incapacité de la société à se regarder en face. Ce que nous observons dans le paysage médiatique d’aujourd’hui fait écho aux schémas anciens qui entouraient les hommes de Dieu.
De nombreuses révélations, un seul schéma
Dans la Torah, Moïse est mis en doute par son propre peuple. « Qui t’a établi chef et juge sur nous ? » (Exode 2:14) demande-t-on, lorsqu’il tente de s’interposer entre deux Hébreux. Cette question — chargée de défiance et de méfiance — accompagne toute sa mission. Moïse, qui parle avec Dieu, reste un suspect aux yeux de son peuple. Plus tard, il le voit fabriquer un veau d’or au moment même où il reçoit la loi de Dieu sur le mont Sinaï. Telle est la tragédie de l’expérience prophétique : pendant que le prophète lutte avec Dieu, le peuple remplace Dieu par une idole. Aujourd’hui, il n’y a peut-être plus de veau d’or — mais le schéma demeure. Des systèmes façonnés par les hommes dominent tous les domaines.

Dans le Nouveau Testament, Jésus est accusé d’être un menteur et un blasphémateur. « Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » (Jean 19:7) Mais cela n’en est pas resté là. On l’a traité de « glouton et d’ivrogne, ami des publicains et des pécheurs » (Matthieu 11:19), et ses pouvoirs ont été diabolisés : « C’est par Béelzébul, le prince des démons, qu’il chasse les démons. » (Matthieu 12:24) Le discours public autour de Jésus était saturé de désinformation et de délégitimation morale — un phénomène que nous appellerions aujourd’hui assassinat de réputation. Et de même que Jésus fut vu comme Béelzébul, l’homme de Dieu est-il aujourd’hui désigné comme l’Antéchrist ?

Le prophète Mohammed s’est heurté en son temps à une opposition acharnée. Les Quraychites le traitaient de menteur (Coran 6:25), de sorcier (74:24), de fou (68:2), de conteur (83:13), d’homme égaré (34:8), voire de simple poète (37:36). Dans la sourate 52:29, nous lisons : « Ou bien ils disent : “C’est un poète ! Attendons donc que le sort le frappe.” » Ces étiquettes avaient un seul but : rendre son message irrationnel, illégitime et dangereux. Ne sont-ce pas là les traits mêmes que l’on attribue aujourd’hui au Dajjal ?

Noé, lui aussi, fut raillé lorsqu’il commença à construire l’arche (Genèse 6-9). Dans le Coran : « Et chaque fois qu’un groupe de son peuple passait près de lui, ils se moquaient de lui. » (Coran 11:38)

Abraham fut persécuté comme destructeur d’idoles (Coran 21:57-68), comme rebelle à la tradition ancestrale (Genèse 12). Son propre père le chassa. Il fut jeté au feu. Le prophète comme destructeur de familles — une étiquette encore employée dans les débats contemporains sur les mouvements religieux.

Pourquoi la plupart des gens haïssent les hommes de Dieu
L’« ombre », en psychologie, est la part inconsciente de nous-mêmes qui contient tout ce que nous rejetons. L’homme de Dieu devient alors le porteur de l’ombre collective. Il nous rappelle ce que nous ne voulons pas être : inconfortables, véridiques, vulnérables. Et c’est là que naît la violence à son encontre.
La réaction psychologique à l’homme de Dieu est ancienne : déni, moquerie, projection, élimination. Les hommes de Dieu nous mettent au défi d’affronter la culpabilité, le repentir, la peur et la responsabilité. Mais l’ego, autosuffisant et orgueilleux, ne peut le supporter. Alors il discrédite la source de son malaise.
Un homme de Dieu qui prêche l’unité est aujourd’hui appelé l’Antéchrist. Pourtant, c’est peut-être notre individualisme extrême qui est le véritable Antéchrist. Celui qui appelle au renoncement matériel est jugé irréaliste. L’ego résiste. Mohammed fut critiqué dans le Coran (38:7) comme porteur d’innovation : « Nous n’avons jamais entendu cela dans la dernière religion. Ce n’est là qu’une invention. » Projection classique : l’homme de Dieu ne détruit pas l’ordre — il révèle qu’il n’en existe aucun véritable. Sauf un : Dieu est Un, et Lui seul désigne Son représentant sur terre.
L’homme de Dieu est toujours un révolutionnaire — non au sens de la violence, mais de la critique radicale. Son message est rarement compatible avec le système. Il ne prêche pas l’amélioration : il appelle au repentir. Non un meilleur système, mais un cœur nouveau.
Aujourd’hui, l’homme de Dieu est toujours persécuté — désormais dans les espaces numériques. Le résultat est le même : l’exclusion. Ceux qui parlent contre le courant dominant sont souvent « annulés ». L’inquisition numérique est plus rapide, plus vaste et plus anonyme — mais son principe reste inchangé : elle juge avant de comprendre.
Mohammed fut vu comme un agitateur politique qui « divise les communautés » (Coran 38:4), qui répandait des « contes des anciens » (6:25) et ne cherchait que le pouvoir. Jésus fut accusé d’inciter à la rébellion (Luc 23:2). Moïse menaçait l’ordre pharaonique (Exode 5:1-9). Prophétie et État se sont toujours heurtés.
« Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »Bible, livre de l’Ecclésiaste, chapitre 1, versets 9-10
Le schéma persiste : quiconque énonce une vérité dérangeante devient une cible.
Pensez à Julian Assange. Il a révélé ce qui ne devait jamais l’être. La réponse : isolement, diffamation, emprisonnement. Ou à Greta Thunberg — une enfant devenue une autorité morale, accueillie par la moquerie, la haine et les menaces. Que l’on souscrive ou non à leur message, les mécanismes de rejet sont les mêmes.
L’homme de Dieu ne traverse plus le désert. Un tweet, une vidéo, un manifeste suffisent. Pourtant, le trajet demeure inchangé : de la voix à la solitude. De la contestation à l’exil. De la parole à la croix ? Comme à toutes les époques, il n’y a d’abord qu’une poignée de croyants qui tiennent bon. Il en fut ainsi avec Jésus et avec Mohammed.
Quelle est la solution ? Écouter. Comprendre. Discerner. Toute voix mérite d’être entendue avant d’être jugée. Que l’argument le plus fort l’emporte. Nous devons réapprendre à distinguer la vérité de la folie. Le fanatisme de la profondeur. La manipulation de la révélation. Cela exige de l’éducation. Un entraînement de l’esprit. Une maturité spirituelle. Et le courage de corriger ses erreurs plutôt que de les défendre. L’homme de Dieu est souvent seul. Mais sa voix est essentielle. Car Dieu parle encore. Mais nous sommes devenus trop bruyants pour L’entendre.
Il revient à une société spirituellement éveillée et intellectuellement mûre de résister à la tentation d’écarter trop vite les voix prophétiques. Car l’homme de Dieu ne parle pas contre nous — mais pour nous. Contre ce que nous sommes devenus, afin que nous devenions ce que nous sommes appelés à être.
D’ici là, les paroles de Jésus restent vraies :
« Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents, et dans sa maison. »Bible, livre de Marc, chapitre 6, verset 4
Et le Coran le confirme :
« Ceux qui les ont précédés ont dit la même chose : “Ce n’est qu’un homme comme vous.” Mais ils se sont moqués de lui. »Coran, chapitre 23 (Al-Mu’minun), verset 24
Il est temps de briser le cycle du rejet — non en déclarant divine chaque voix, mais en réapprenant à écouter avant de condamner.
Car Dieu n’a jamais cessé de parler. C’est nous qui avons oublié comment faire silence.