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Les vies scandaleuses des prophètes de Dieu

Texte lu en français

À une époque où l’on exige des figures spirituelles une perfection morale, les critiques scrutent souvent la vie des prophètes et des saints pour discréditer leurs messages.

Par Kevin Omar Rodriguez Ponce · Traduit de l’anglais

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À une époque où l’on attend des chefs spirituels une perfection morale, les détracteurs passent au crible la vie des prophètes et des saints, en quête de défauts susceptibles de discréditer leur message. Mais si des manquements moraux, un scandale, des accusations ou même un péché public suffisaient à récuser une autorité divine, alors presque tous les prophètes des Écritures seraient rejetés — à commencer par Noé, Abraham, David et même Mohammed.

Quand on lit la Bible, le Coran et d’autres textes sacrés, un thème s’impose : les messagers de Dieu ont toujours fait face aux accusations et à la calomnie. Pourtant, ces mêmes textes montrent comment Dieu justifie Ses prophètes, en les défendant contre les faussetés répandues à leur encontre de leur vivant.

De notre point de vue, lisant ces récits des siècles plus tard, il est facile de supposer que, du vivant des prophètes, il était évident pour tout le monde que les accusations étaient fausses. Nous pourrions croire qu’il était simple, pour les croyants de ce temps, d’écarter ces calomnies et de reconnaître l’innocence des messagers de Dieu. Or, aujourd’hui encore, nous voyons des détracteurs et des athées recycler les mêmes vieilles accusations, en usant des mêmes exemples pour attaquer la religion de Dieu et critiquer Ses prophètes.

Par exemple, dans le Coran, Mohammed est accusé d’être un fou, un menteur et un magicien.

« Tu n’es pas, par la grâce de ton Seigneur, un possédé. »Coran 68:2
« Ils disent : “Toi, Mohammed, tu n’es qu’un faussaire.” »Coran 16:101
« Les injustes disent : “Vous ne suivez qu’un homme ensorcelé.” »Coran 25:8

De même, Jésus fut accusé d’être possédé par un démon (Jean 10:20) et d’être un imposteur (Jean 7:12).

Outre les accusations portées contre les prophètes, ceux-ci furent aussi mêlés à de véritables scandales de leur vivant. Ainsi, même un scandale en bonne et due forme n’est pas une raison suffisante pour écarter un prophète. Examinons ces cas un par un.

Voir un prophète en état d’ébriété est-il un motif de mécréance ? Songez à Noé, vénéré par le judaïsme, le christianisme et l’islam. Après le déluge, l’Écriture rapporte : « Noé, homme de la terre, commença à planter une vigne. Il but du vin, s’enivra et se découvrit au milieu de sa tente » (Genèse 9:20-21).

Et qu’en est-il de l’excès ou du désir ? Le roi Salomon, fils de David, est décrit comme aimant « beaucoup de femmes étrangères », malgré des avertissements divins explicites. « Il eut sept cents princesses pour femmes et trois cents concubines » (1 Rois 11:3). Malgré cela, c’est sa sagesse qui définit son héritage dans le canon religieux.

Si l’obéissance à Dieu est la mesure, comment concilier alors les actes de Jonas, qui s’enfuit devant l’ordre de Dieu ? « Mais Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, loin de la face de l’Éternel » (Jonas 1:3). Ou ceux d’Adam, le premier homme, qui désobéit à Dieu et mangea de l’arbre interdit ?

Le terrain le plus controversé est peut-être celui de l’accusation criminelle. Moïse, le libérateur d’Israël, fut un jour accusé de meurtre. « Veux-tu me tuer comme tu as tué l’Égyptien ? » lui demanda un homme (Exode 2:14). Moïse prit la fuite. Et c’est pourtant ce même Moïse qui allait plus tard se tenir devant Pharaon avec l’autorité de Dieu.

Il y a ensuite David, le roi-berger, qui non seulement commit l’adultère avec Bethsabée, mais organisa la mort de son mari. « Elle vint vers lui, et il coucha avec elle… Cette femme devint enceinte et elle fit dire à David : “Je suis enceinte” » (2 Samuel 11:4-5). Et pourtant, Dieu appelle David « un homme selon mon cœur ».

Par ailleurs, le royaume d’Israël, jadis tenu pour un phare divin de stabilité sous le règne du roi David, fut ébranlé par une série d’événements extraordinaires qui mirent au jour non seulement des troubles politiques, mais de profondes fractures au sein de la famille royale. Au centre de tout cela se trouvait Absalom, fils de David, dont la rébellion contre son père culmina dans l’une des trahisons personnelles les plus stupéfiantes de l’histoire biblique : coucher avec les concubines de son père sur le toit du palais, sous les yeux de tout Israël.

Les implications furent dévastatrices. Dans le contexte culturel de l’Israël antique, s’emparer du harem d’un roi n’était pas un simple acte d’inconvenance sexuelle : c’était une déclaration de souveraineté, un rejet public de l’autorité paternelle comme de l’autorité divine. Ce qui avait commencé comme un coup d’État politique s’était mué en un scandale profondément personnel, qui soulignait la désagrégation de l’ordre royal comme des liens familiaux.

À la lumière de cette histoire, détaillée dans la Bible, comment pourrions-nous rejeter un prophète pour avoir été mêlé à des scandales personnels, voire sexuels ?

Même le prophète Mohammed a été, aux yeux de certains, l’objet d’un scandale, en particulier à propos de son mariage avec Zaynab, ancienne épouse de son fils adoptif. Le récit prétend qu’il vit Zaynab et la désira. Or le Coran défend cet événement : « Nous te l’avons fait épouser afin qu’il n’y ait aucun embarras pour les croyants au sujet des épouses de leurs fils adoptifs » (Coran 33:37), le mariage servant à abolir les coutumes d’adoption préislamiques et à clarifier les normes sociales.

Si la morale familiale est un motif de mécréance, la maisonnée de Jacob pose elle aussi un grave dilemme. Ruben coucha avec la concubine de son père, et les frères de Joseph complotèrent sa mort. « Allons ! Tuons-le… Nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré » (Genèse 37:20). Et pourtant, Jacob demeure un patriarche de la foi.

L’histoire du prophète Loth compte parmi les plus troublantes. Il fut enivré par ses filles et engendra sans le savoir des enfants d’elles (Genèse 19:30-36). Abraham, pour sa part, dit ouvertement de sa femme : « Elle est vraiment ma sœur, fille de mon père, quoique non de ma mère ; et elle est devenue ma femme » (Genèse 20:12).

Le fait de se rendre chez une prostituée devrait-il annuler le statut d’un prophète ? Samson, juge d’Israël et naziréen de Dieu, « alla une fois à Gaza, où il vit une prostituée. Il entra chez elle pour y passer la nuit » (Juges 16:1). Malgré cela, Dieu continua d’agir à travers lui jusqu’à son dernier souffle.

Ces exemples tirés de la vie des prophètes n’ont pas pour objet de minorer l’importance de la morale. Ils contestent plutôt le présupposé moderne selon lequel l’autorité divine dépendrait de la perfection humaine. Bien que prophètes et messagers aient fait face à des accusations, enduré la calomnie et parfois trébuché en tant qu’êtres humains, leur vocation et leur autorité reposaient en définitive non sur l’approbation des hommes, mais sur le choix de Dieu. Dans toute l’Écriture, ce qui compte le plus n’est pas la perfection du messager, mais la vérité de son message, sa désignation divine et la portée de sa guidance.

Aujourd’hui encore, la réputation de nombreux prophètes demeure sujette à débat et à controverse. Le statut de Jésus, par exemple, reste incertain pour bien des juifs, et les événements entourant sa mort et sa résurrection continuent d’être débattus entre chrétiens et musulmans. De même, la réputation de Mohammed et de sa famille n’est toujours ni pleinement comprise ni acceptée par la majorité des musulmans, des chrétiens et des juifs. L’ombre de l’accusation et du scandale persiste. Pourtant, l’histoire montre que Dieu trouve toujours le moyen de manifester la vérité et de justifier Ses élus.

Pour les croyants, la leçon est claire : juger de la véracité d’un messager d’après les opinions et les accusations de ses ennemis est la recette d’un échec spirituel. Nous vivons dans un monde où l’immoralité est souvent célébrée, et où rien de bon ne s’obtient sans effort ni douleur. Jésus lui-même a averti :

« Heureux serez-vous lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ; c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. »Bible, livre de Matthieu, chapitre 5, versets 11-12