Lanternes en plastique et chameaux ? Ce que le ramadan n’est pas
Texte lu en français
Qu’est-il arrivé au mois le plus saint de l’islam et à la communauté musulmane ?
Par Caroline Hoeren · Traduit de l’anglais

Le saint mois de ramadan est le mois où le Prophète Mohammed aurait reçu sa première révélation. Depuis des milliers d’années, le jeûne est prescrit à toute la communauté musulmane durant ce mois.
Dans son essence, le ramadan est censé être un temps de méditation, de purification spirituelle et de charité. Pendant le ramadan, les musulmans doivent s’abstenir non seulement de nourriture, d’eau et de rapports sexuels, mais aussi de tout ce qui est tenu pour un péché ou pour une impiété.
Quelque chose a pourtant changé ces dernières années, quelque chose que tous les musulmans ressentent mais que peu osent dire tout haut : la corruption et la décomposition de ce qui fut un mois saint. Orchestres en direct, chameaux en peluche et lanternes en plastique ont remplacé la gravité et la spiritualité. Le ramadan est devenu un mois de divertissement plutôt qu’un mois de remémoration et de piété. L’ascèse et la réflexion spirituelle ont été éclipsées par le consumérisme et la complaisance. Au Moyen-Orient, le ramadan s’accompagne désormais de formules pizza et de jeux télévisés religieux. Le chant et la danse sont devenus des composantes essentielles de l’« ambiance ramadan » moderne.
Par-dessus tout cela, le ramadan s’est mué en un mois d’excès et de gaspillage. À l’iftar, des monceaux de nourriture envahissent les tables, et les somptueuses soirées d’iftar sont devenues des compétitions de statut, mesurées au nombre de convives et de plats. Il en résulte le gaspillage d’immenses quantités d’aliments qui pourraient autrement nourrir les pauvres du monde entier.
Qu’est-il arrivé au mois le plus saint de l’islam et à la communauté musulmane ? Comment un mois jadis béni et riche de sens a-t-il pu cesser d’être religieux ?
Le Prophète Mohammed a dit : « L’être humain ne remplit pas de pire récipient que son ventre. Il suffit à l’être humain de manger quelques bouchées pour tenir son dos droit. Mais s’il doit le remplir, alors un tiers de nourriture, un tiers de boisson et un tiers d’air. »Sunan Ibn Majah, Ibn Majah, Livre de la nourriture, hadith 3349
Ce conseil du Prophète Mohammed est particulièrement d’actualité pendant le saint mois de ramadan, période où les musulmans devraient s’attacher à se rapprocher de Dieu et à suivre l’exemple de leur Messager. Or, ces derniers temps, le repas de l’iftar, qui rompt le jeûne après le coucher du soleil, est devenu de plus en plus fastueux. Soir après soir, les musulmans rivalisent pour servir le plus de plats. Dans le Golfe, des hôtels cinq étoiles organisent chaque soir du ramadan d’opulents buffets de viandes, de légumes et de desserts, souvent dans de grandes salles de bal.
Année après année, des dizaines de musulmans sont hospitalisés après des excès de table lors de ces festins. Arabian Business a rapporté que les hôpitaux du Qatar reçoivent en moyenne quinze patients par jour pendant le ramadan pour cause de suralimentation. Si ce mois saint était censé rapprocher les musulmans de Dieu et les éloigner de la vie d’ici-bas, alors ces grands buffets de ramadan paraissent presque blasphématoires.
Il devrait peiner tout musulman sincère de voir le sens de ses fêtes religieuses enseveli sous une montagne de complaisance et de consumérisme. Ce n’est pas une évolution naturelle : c’est au contraire un signe du dernier âge, où Satan s’est infiltré dans la religion de Dieu et l’a déformée au point de la rendre méconnaissable.
Le Prophète Mohammed a dit : « Un temps vient bientôt sur les hommes où il ne restera de l’islam que son nom… »Mishkat al-Masabih, Livre de la connaissance, hadith 276
Le ramadan est bel et bien devenu un mois de nourriture. La preuve en est que des musulmans de toutes nationalités déclarent prendre du poids pendant le ramadan.
En Tunisie, une enquête d’un institut de santé public a montré que 59 % des femmes et 35 % des hommes prenaient du poids pendant le ramadan. La consommation moyenne de nourriture bondit de 50 % pendant ce mois.
Deux tiers des Saoudiens signalent une prise de poids chez certains membres de leur famille, ou chez tous, après le ramadan.
À Amman, la demande de produits carnés augmente de près de 50 % pendant le ramadan, période déjà marquée par une forte consommation.
Quelle ironie : dans un mois consacré au jeûne, les musulmans prennent du poids. Que dit cela de la dénaturation du sens originel de ce mois ?
Dans des tentes de ramadan spécialement dressées, des centaines de personnes festoient jusqu’au matin. Ces tentes, jadis symboles de l’hospitalité et de la charité moyen-orientales, sont devenues des espaces luxueux pour des dîners extravagants et des divertissements nocturnes. Des tentes fastueuses inspirées des Mille et Une Nuits sont désormais un incontournable du ramadan dans tout le Golfe, avec pyramides de desserts, chicha et spectacles. À la tente de ramadan du Jumeirah Beach Hotel, par exemple, le prix minimum est de 270 dollars par convive pour la nourriture et les boissons sans alcool.


Ces iftars grandioses sont souvent suivis de virées shopping nocturnes, de nombreux magasins restant ouverts jusqu’à l’aube. Remises et offres inondent les publicités avant le ramadan, pressant les gens de consommer plus que jamais. Le monde de la publicité promeut le luxe et le confort, et pousse à acheter et à manger plus qu’on ne peut consommer.
Le Département du tourisme de Dubaï décrit ainsi le ramadan dans son guide des centres commerciaux :
« Avec des horaires élargis et une affluence accrue après la tombée de la nuit, les centres commerciaux font du ramadan une expérience tout à fait spéciale, avec un calendrier d’événements et d’expositions. Les visiteurs peuvent s’attendre à tout, des concerts en direct aux expositions d’art et d’artisanat traditionnels, en passant par des cadeaux et des offres spéciales tout au long du mois saint. »
Les musulmans transforment désormais sans vergogne les événements religieux en festivals de shopping et de divertissement. Le Prophète Mohammed avait averti :
« Par Allah, ce n’est pas la pauvreté que je crains pour vous, mais je crains que les richesses de ce monde ne vous soient données comme elles l’ont été à ceux qui vous ont précédés. Vous rivaliserez pour elles comme ils l’ont fait, et elles vous détruiront comme elles les ont détruits. »Sahih Al-Bukhari, Al-Bukhari, Livre de la jizya et des traités, hadith 4635
En Égypte, le ramadan est moins fastueux que dans le Golfe, mais tout aussi peu spirituel. Cafés et places publiques restent bondés d’Égyptiens qui fument la chicha et se retrouvent jusqu’aux premières heures du matin. Les Égyptiens dépensent deux fois plus en nourriture pendant le ramadan que les autres mois. Tout le monde, de McDonald’s au thé Lipton, propose des promotions de ramadan. Et un récent iftar au Grand Hyatt du Caire faisait aussi office de soirée de lancement de la nouvelle Mercedes-Benz.
Le gaspillage alimentaire pendant le mois des pauvres
En Égypte, le ramadan est marqué par des célébrations somptueuses, faites de musique, de danse et de grands buffets où figurent souvent, en même temps, viande, poulet et poisson. Des études ont montré que ceux qui mangent au restaurant comme ceux qui cuisinent chez eux pendant le ramadan achètent et consomment deux fois plus de nourriture que tout autre mois. Le Centre national de recherche sociale et criminologique (NCSCR) d’Égypte estime que la dépense alimentaire nationale pendant le ramadan atteint 1 milliard de livres égyptiennes chaque jour. Les Égyptiens dépensent 66,5 % de plus en viande et volaille, et 63 % de plus en sucreries.
Alors que le ramadan est censé être un mois de réflexion personnelle, de discipline et de croissance spirituelle, ces festins fastueux contrastent brutalement avec la véritable essence du mois saint. Il est dit dans le Coran :
« Ô vous qui avez cru, le jeûne vous a été prescrit comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés, afin que vous deveniez pieux. »Coran, chapitre 2 (Al-Baqarah), verset 183
Il est ironique que, dans un mois destiné au jeûne et à l’abstinence alimentaire, les musulmans passent paradoxalement la journée à préparer des repas et la soirée à les engloutir, en publiant souvent sur les réseaux sociaux des images de leurs créations culinaires, qui ont demandé des heures de préparation. Le centre de gravité du ramadan est passé de la réflexion intérieure à l’exhibition extérieure, beaucoup consacrant de plus en plus de temps à bloguer, à faire valoir leur image et à dépenser pour des produits et des expériences liés au ramadan. L’activité sur Twitter augmente à elle seule de 26,3 % en moyenne pendant le ramadan, les utilisateurs partageant principalement des photos de leurs opulents dîners d’iftar et rivalisant pour savoir qui a la table la plus somptueuse ou qui porte la tenue la plus à la mode pour l’iftar. Ainsi, le ramadan dans le monde arabe est devenu tout aussi commercialisé que Noël en Occident — sinon plus.
« Ô enfants d’Adam ! Portez votre parure en tout lieu et en tout temps de prière ; mangez et buvez, mais ne commettez pas d’excès. Car Allah n’aime pas ceux qui gaspillent. »Coran, chapitre 7 (Al-A’raf), verset 31
La faim et la soif que les musulmans éprouvent pendant le ramadan sont censées leur rappeler les épreuves quotidiennes des plus démunis — ceux qui n’ont pas de quoi manger et doivent se battre pour leur prochain repas. Pourtant, au lieu de profiter de ce mois pour s’exercer à la retenue, beaucoup de musulmans rompent leur jeûne par des repas fastueux, chargeant les tables de quantités énormes de nourriture qui finissent à la poubelle. Combien d’enfants affamés auraient pu être nourris avec les aliments gaspillés jour après jour pendant le mois saint ?
Chaque année, le gaspillage alimentaire augmente considérablement dans les pays à majorité musulmane. Rien qu’en Malaisie, environ 270 000 tonnes de nourriture sont jetées pendant le ramadan. Selon la Solid Waste and Public Cleansing Management Corporation (SWCorp), cette quantité aurait pu nourrir 180 millions de personnes — six fois la population du pays, qui compte 27 millions d’habitants. Pendant ce temps, des milliers de gens vivent dans la rue, sans savoir d’où viendra leur prochain repas.
Aux Émirats arabes unis, environ 1 850 tonnes de nourriture sont jetées chaque jour pendant le ramadan — près du double de ce qui est gaspillé les autres mois. Plus de 500 tonnes de cette nourriture sont encore parfaitement comestibles, et pourtant elles sont jetées, tandis que des millions de travailleurs migrants vivent dans des conditions difficiles, peinant à obtenir ne serait-ce qu’un repas par jour.
La Jordanie signale elle aussi une hausse significative du gaspillage alimentaire pendant le ramadan. Durant les deux premiers jours du ramadan 2017, le volume de déchets collectés dans la capitale, Amman, a augmenté de 500 tonnes, alors qu’un tiers de la population du pays vit sous le seuil de pauvreté. De même, en Égypte, au moins 60 % des aliments parfaitement comestibles sont jetés pendant le ramadan, alors même que 16 millions de personnes y vivent sous le seuil de pauvreté.
Même les lieux les plus saints de l’islam n’échappent pas à ce gaspillage. Après le hajj, c’est pendant le ramadan que le plus grand nombre de pèlerins se rend à La Mecque ; mais avec l’afflux de visiteurs, les hôtels de luxe augmentent leurs prix de façon exorbitante. En 2018, les agents de La Mecque ont collecté 5 000 tonnes de déchets durant les trois premiers jours du ramadan. L’Arabie saoudite a été classée premier gaspilleur alimentaire au monde, 30 % des quatre millions de plats préparés pendant le ramadan étant jetés sans avoir été consommés.
L’augmentation de la consommation et du gaspillage alimentaires entraîne une hausse des prix, créant un fardeau supplémentaire pour les plus défavorisés pendant le ramadan. En 2011, les prix alimentaires au Pakistan ont augmenté de 17 % pendant le ramadan, aggravant l’insécurité alimentaire de 60 % de la population du pays, selon l’Enquête nationale sur la nutrition. De même, à Abou Dhabi, les prix des fruits et légumes augmentent d’environ 15 % pendant le mois.
La commercialisation du mois saint
L’une des grandes raisons de l’aveuglement de la communauté musulmane face à ces dures réalités tient à la représentation du ramadan dans les publicités. Sur les panneaux d’affichage et les réseaux sociaux, on ne voit presque jamais les pauvres ni leurs épreuves. Des entreprises comme McDonald’s et Coca-Cola y promeuvent au contraire une image lisse et colorée du ramadan, où chacun rompt son jeûne avec un menu Happy Meal et du thé Lipton.
Khaled Gadallah, associé gérant de l’agence publicitaire dubaïote Tonic International, compare le ramadan à une célébration d’un mois, comme Noël ou le Super Bowl. En 2012, Pepsi a dépensé 91 millions de dollars en publicités télévisées panarabes, et Coca-Cola 40 millions. La commercialisation du ramadan s’apparente désormais à celle de Noël ou de Hanoukka, de grandes entreprises tirant profit de la vente de produits dérivés et d’aliments ornés de symboles comme le croissant de lune ou la lanterne.




En Égypte, les dépenses publicitaires du seul mois de ramadan ont atteint 146 millions de dollars en 2009, soit une hausse de 62 % par rapport à tout autre mois de l’année. Les entreprises commercialisent leurs produits de manière agressive, en proposant des promotions spécifiques au ramadan qui n’ont guère de rapport avec la signification spirituelle du mois. Il ne s’agit pas de favoriser la croissance spirituelle, mais de faire des profits.
Les créateurs de mode profitent eux aussi du marché du ramadan. Des maisons comme DKNY ont utilisé des hadiths du saint Prophète pour vendre des vêtements de luxe au prix exorbitant, présentés comme des tenues pudiques ou islamiques pour les femmes pendant le ramadan. En 2017, le magazine Glamour a même titré un article « Le ramadan est la haute saison des marques de mode pudique », en notant que les femmes de Dubaï profitent de l’occasion pour afficher leur style singulier.



Le ramadan est devenu une saison de shopping, de festins et d’ostentation, plutôt qu’un temps de réflexion spirituelle.
Le Prophète Mohammed a dit : « En vérité, la vie simple fait partie de la foi. »Sunan Abi Dawud, hadith 4161
En 2018, Amr Khalid, l’un des prédicateurs musulmans les plus influents au monde, est apparu dans une publicité de ramadan pour une marque de poulet, suggérant que manger ce poulet rapprocherait les gens de Dieu dans la prière. Cette publicité illustre clairement la manière dont le ramadan a été accaparé par le capitalisme. Le mois du jeûne, du renouveau spirituel et de la réflexion s’est mué en une saison de suralimentation, de dépenses excessives et de divertissement insipide.
Dans le monde arabe, le ramadan est aussi devenu une saison télévisuelle. Aux Émirats arabes unis, les téléspectateurs émiratis regardent la télévision plus de six heures par jour pendant les dix premiers jours du ramadan. En Égypte, la saison télévisée du ramadan est appelée « la course du ramadan », avec des dizaines de nouvelles séries mises en avant — aucune à contenu religieux, et beaucoup aux thèmes provocateurs. Des séries comme Hikayat Hayat (l’histoire d’une mère et d’un fils qui tombent amoureux) et Mazag alkhair (la vie de célébrité d’un trafiquant de drogue) illustrent la montée du matérialisme et de l’évasion pendant le ramadan.
En 2018, une danseuse du ventre égyptienne controversée, Sama Al Masry, a même annoncé son intention d’animer une émission religieuse pendant le ramadan, tournant en dérision le caractère sacré du mois.
Alors que les familles se rassemblent devant la télévision après l’iftar, en enchaînant les épisodes d’émissions futiles, la question doit être posée : à quel moment la prière, la charité, la réflexion spirituelle et le temps de qualité en famille entrent-ils en jeu ? Malheureusement, il semble que, dans le ramadan d’aujourd’hui, ces vertus aient été éclipsées par les distractions du consumérisme et du divertissement.
L’une des émissions les plus controversées diffusées au Moyen-Orient pendant le ramadan est Ramez Wakel el-Gaw, une émission de caméra cachée égyptienne qui a suscité une large attention ces dernières années. Animée par Ramez Galal, elle est connue pour ses canulars choquants et souvent éprouvants, où des célébrités croient se trouver dans des situations potentiellement mortelles, comme un crash d’avion. Parmi les nombreuses personnalités victimes de ces canulars figure le mannequin américain Paris Hilton, connue pour ses apparitions médiatiques provocantes. En 2016, Ramez Wakel el-Gaw est devenue l’émission la plus regardée d’Égypte pendant le ramadan.
La question se pose pourtant : est-ce vraiment drôle pour les invités, qui croient sincèrement être face à une mort imminente ? L’humour de Ramez Wakel el-Gaw est vivement critiqué pour son caractère déplacé, reposant sur des blagues grossières, un langage explicite, et même des accusations de harcèlement sexuel visant l’animateur. L’émission continue pourtant de capter l’attention de millions de personnes, tandis que les savants religieux de la région semblent fermer les yeux, certains participant même à leurs propres émissions de ramadan ou les cautionnant.
Au Pakistan, l’expérience du ramadan est dominée par la superficialité des jeux télévisés de fin de soirée. Les animateurs sont charmants, les lots alléchants — quoique souvent hors de portée du Pakistanais moyen —, et les jeux au mieux dégradants. Mus par le désir de gains matériels, les candidats se livrent à des défis ridicules, pendant que la nation regarde après l’iftar. La véritable motivation de beaucoup de participants semble être la gloire fugace du passage à la télévision ou l’espoir de remporter des appareils de luxe que la plupart ne peuvent s’offrir.
La commercialisation du ramadan comme de Noël montre à quel point le consumérisme a accaparé le véritable esprit des fêtes religieuses. La question demeure : l’industrie télévisuelle est-elle seule responsable de ce basculement, ou bien les téléspectateurs, qui consomment avec avidité le moindre divertissement — y compris les contenus les plus indécents —, portent-ils une part de responsabilité dans la banalisation de ces mois sacrés ?
L’ironie est manifeste : ce qui devrait être un temps de réflexion spirituelle et de dévotion est devenu un mois de matérialisme, de complaisance et de spectacle. À mesure que les entreprises et les réseaux médiatiques tirent profit de la commercialisation du ramadan, l’essence du mois est éclipsée par de vaines distractions.
Le ramadan, nouveau Noël
Il est désolant de voir à quel point le ramadan est devenu une farce, coupé des valeurs fondamentales de l’islam. Prenons par exemple le dîner d’iftar organisé à la Maison-Blanche en 2005 par le président de l’époque, George W. Bush, alors qu’il menait dans le même temps une guerre brutale en Irak, qui a coûté la vie à plus d’un million de civils. À voir ici. En 2018, son successeur, Donald Trump, a lui aussi organisé un dîner d’iftar — alors même que son administration avait interdit l’entrée des États-Unis à des musulmans et qu’il portait une responsabilité dans la guerre dévastatrice et toujours en cours au Yémen, qui a causé des souffrances indicibles à des populations musulmanes. Ces figures politiques, qui ont infligé douleur et destruction à des communautés musulmanes, utilisent les prétendues bénédictions du ramadan pour s’attirer les bonnes grâces de ceux-là mêmes qu’elles meurtrissent.
Le ramadan devrait être un temps d’examen de soi, de croissance spirituelle et de dévotion à Dieu. Il est pourtant de plus en plus accaparé par des distractions contraires à sa raison d’être. Notre comportement pendant le ramadan reflète notre relation à Dieu le reste de l’année. Pourquoi le ramadan a-t-il perdu ses bénédictions ? Pourquoi voyons-nous corruption, irrespect et déshonneur partout où nous nous tournons ?
La réponse se trouve dans notre vie quotidienne, où nous nous abandonnons aux désirs de ce monde et traitons la religion comme un simple passe-temps. Nous avons oublié le sens véritable des rites que nous pratiquons et, ce faisant, nous avons perdu le contact avec Dieu. La religion a été si déformée que l’islam, à bien des égards, est devenu un nom vidé de sa raison d’être originelle.
Cette dégradation est manifeste dans les agissements de certains savants, qui émettent des fatwas sur des sujets futiles comme la construction de bonshommes de neige ou le fait de boire de l’urine — ce qui montre à quel point ils se sont éloignés des véritables enseignements de l’islam. Pendant ce temps, des dirigeants vivent dans le luxe, logeant dans des hôtels opulents et des gratte-ciel qui écrasent la sainte Kaaba, tout en se réclamant d’une autorité religieuse. Ce sont pourtant ces mêmes savants et ces mêmes dirigeants à qui il revient de nous dire quand commencer et terminer le très saint mois de ramadan.
Le contraste entre la véritable essence du ramadan et les actes de ceux qui détiennent le pouvoir est criant. Cela appelle une question : comment avons-nous laissé corrompre à ce point la sainteté de ce mois ? Comment avons-nous, en tant que communauté, laissé le sacré devenir à ce point creux ?