Et si les enfants d’Abraham cessaient enfin de se disputer Dieu ?
Texte lu en français
Les religions nées d’Abraham devaient unir l’humanité — elles sont devenues des armes d’orgueil, de guerre et de pouvoir. Comment surmonter la fracture ?
Par Lina Irshaid · Traduit de l’anglais

L’humanité fait face à un tournant historique aigu : l’injustice et la corruption se répandent, des guerres s’allument, et l’ignorance et la division s’aggravent parmi les enfants d’Abraham. Bien que la semence d’Abraham ait été destinée à être le sel par lequel Dieu purifierait la terre de la corruption du reste de l’humanité — les enfants de l’argile chaotique et sombre —, l’Imam Ahmad Al-Hassan se demandait pourtant : « Et si le sel lui-même venait à s’affadir ? »
Dans de telles circonstances troublées, il est devenu nécessaire de revenir aux racines spirituelles communes que les enfants d’Abraham ont oubliées. La figure d’Abraham n’est pas un simple symbole religieux, mais un père spirituel unificateur dont l’héritage est reconnu par les juifs, les chrétiens et les musulmans. Tous croient à l’alliance abrahamique qui est, en son cœur, une alliance avec Dieu, fondée sur le monothéisme, la pureté et la marche sur le chemin de la vérité.
Les racines communes des religions abrahamiques
Les textes sacrés affirment qu’Abraham n’a pas été le fondateur d’une secte étroite, mais d’une nation. Comme il est dit dans la Torah : « Et en ta semence seront bénies toutes les nations de la terre » (Genèse 22:18). Et dans le Coran : « Certes, Abraham était une nation obéissante à Allah, naturellement droit, et il n’était point des idolâtres » (An-Nahl : 120). Ces textes montrent que l’origine est une et que l’appartenance à Abraham n’est pas une identité fermée mais une alliance ouverte à toute sa descendance, qui ouvre la porte à tous les croyants pour y prendre part. Vouloir monopoliser Abraham au profit d’une religion ou d’une secte est une déformation de l’essence de son message et une cause majeure de conflit et de division. Car les fidèles de ces religions se sont souvent absorbés dans des différends doctrinaux et des intérêts historiques, jusqu’aux massacres et aux persécutions.
L’essence du message abrahamique était un appel au monothéisme, à bâtir la terre dans la justice, la paix, les vertus divines et tout ce qui est bon. Moïse, Jésus et Mohammed ont réaffirmé ce principe dans leurs missions. Le problème, pour les générations suivantes, n’a pas résidé dans l’essence du message, mais dans un défaut de compréhension, dans le manque de diplomatie et dans l’éloignement du savoir-faire, de la spiritualité et de la sagesse des prophètes fondateurs. Moïse fut le symbole de l’établissement de la justice et de la manifestation de la vérité contre l’asservissement et l’oppression. Jésus fut le symbole de la tolérance, de la générosité et de la paix. Mohammed fut le symbole de la miséricorde, de la diplomatie et des perfections divines ; il comprenait les juifs et les chrétiens et s’adressait à eux en fonction de leurs origines et de leurs croyances. Or leurs partisans ont abandonné ces exemples lumineux et idéaux, pour s’attacher à ce qui attisait le conflit et excluait les autres.
Les musulmans, par exemple, s’accrochent à des traditions qui parlent de guerres et de conflits, en particulier contre les juifs. De même, les chrétiens attendent la venue du Christ avec l’épée, en désignant juifs et musulmans comme l’Antéchrist. Il en va de même pour les juifs. Ce qui se passe au Moyen-Orient en témoigne. Tous ont participé — et participent encore — aux meurtres, à la manipulation, au vol, au mensonge et au fait de taxer l’autre de mécréance.
La crise de la compréhension et l’accusation réciproque
Si l’on examine le discours dominant au sein de chaque religion, on constate qu’une grande part repose sur le soupçon, l’accusation, voire la diabolisation de l’autre camp. Les juifs voient dans le christianisme une usurpation et une déformation de leur héritage religieux. Les chrétiens voient dans les juifs ceux qui ont trahi l’alliance et tué le Christ. Les musulmans considèrent que juifs et chrétiens ont altéré ce que Dieu avait révélé, et que le message final de l’islam représente seul la vérité complète.
Cette perception négative réciproque a, à bien des moments de l’histoire, tourné au bain de sang : les conquêtes islamiques, les croisades, l’Inquisition, les vagues de persécution, la Shoah, les guerres confessionnelles et les conflits actuels. La cause profonde tient à l’enfermement de chaque communauté dans son propre récit et à son refus d’admettre que l’autre puisse détenir une part de vérité.
Plus dangereux encore : un esprit tribal en est venu à dominer la foi et la religion. Les religions venues exalter la parole du Dieu unique ont été transformées, entre les mains de leurs fidèles, en bannières d’orgueil national, sectaire et confessionnel, et jusqu’en armes politiques et économiques.
La blessure des juifs : le récit de la douleur et la défense de l’identité
Beaucoup de juifs estiment porter, dans leur mémoire collective, une grande part de douleur et de chagrin. La question ne se limite pas à la Shoah ni aux vagues d’antisémitisme : elle va plus loin, jusqu’au sentiment que la religion qu’ils ont portée pendant des siècles a été usurpée, déformée, que son sens a été altéré, et qu’elle a même été retournée en arme contre eux.
Les juifs se considèrent comme l’origine de l’histoire, les porteurs de la Torah et ses gardiens. À leurs yeux, s’ils n’avaient pas préservé les textes et les lois divines, ni le christianisme ni l’islam n’auraient vu le jour. De là naît un étonnement amer : qu’un jour vienne où les « gentils » se réclament du titre de « peuple élu de Dieu », alors que les juifs se voient comme le peuple de l’alliance, de la loi divine et du trésor de la révélation. Cette blessure s’approfondit lorsqu’ils constatent que leur livre — l’Ancien Testament — a été sorti de son contexte, et que des livres entièrement nouveaux y ont été ajoutés, rapportant des récits divins qui débordent les conditions de l’alliance mosaïque et de ses lois.
Malgré leurs erreurs et leurs faux pas, ils croient que Dieu les rachète, les ramène à Lui et accomplit envers eux Sa promesse. Cette conviction leur sert à la fois de rempart contre les tentatives d’effacer leur identité et de motif pour s’attacher à la promesse divine.
Quant à leur regard sur Jésus, le tableau est complexe. Jésus était un homme juif, ce qui, en soi, aurait suffi à lui donner la possibilité d’être le Messie attendu. Or le cours des événements, selon la tradition chrétienne, et la détermination des juifs eux-mêmes à mener la crucifixion à son terme, se sont achevés sur la crucifixion de Jésus trois ans après le début de sa mission. Dès lors, pour les juifs, la possibilité que Jésus ait été le Messie s’est effondrée. Cela a conduit à la fondation d’une religion nouvelle, fondamentalement différente du message des prophètes et qui, dans la compréhension des juifs, a glissé vers le polythéisme et l’adoration d’un autre « veau » sous des noms nouveaux. Lorsqu’on interroge les chrétiens sur les prophéties non accomplies, ils renvoient à la « seconde venue ». Mais les juifs disent qu’aucune seconde venue n’a eu lieu : c’est même le contraire qui s’est produit historiquement — Jérusalem a été pillée, le Temple détruit, les juifs dispersés au lieu d’être rassemblés, et soumis à l’humiliation au lieu de l’honneur. De ce point de vue, le christianisme est accusé d’être un « antéchrist » fondé sur une interprétation contraire au cours des prophéties tel que le judaïsme le comprend.
L’étonnement s’accroît lorsqu’on observe le succès fulgurant du christianisme et sa diffusion auprès de milliards de personnes. Dans la conscience juive, ce succès est lié à l’idée que les nouveaux croyants n’étaient plus tenus par la loi de Dieu telle qu’établie dans l’alliance avec les enfants d’Israël. Cela produit une posture défensive, née du sentiment que le monde entier se dresse contre le récit originel, que leur foi est exposée à l’invasion et à la déformation, et que d’autres nations sont tombées sous la séduction du diable. La tâche de préserver la religion, l’identité et la patrie en devient une nécessité existentielle, et non un simple choix politique.
De là naît un impératif pratique : il faut protéger le peuple pour que le livre subsiste. Si le peuple disparaît, la Torah disparaît, car « d’autres » la trafiqueraient, la videraient de son sens ou s’en serviraient, intentionnellement ou par ignorance, contre son propre peuple. Aussi le besoin d’une patrie sûre et d’une structure solide pour la présence juive dans le monde est-il compris comme faisant partie de la sauvegarde de l’alliance.
Les chrétiens entre la croix de la rédemption, l’hostilité juive et le déni musulman
Les chrétiens croient que l’histoire du salut divin n’a pas été un événement ponctuel, mais un projet déployé à travers l’histoire, où des prophètes furent envoyés de génération en génération pour préparer l’humanité, intellectuellement et spirituellement, à recevoir Dieu Lui-même dans le monde, l’avertir de ses péchés et lui enseigner l’obéissance et l’alliance, afin que la voie soit prête pour la plus grande venue divine. Au sommet de cette chaîne de missions divines, Dieu s’est incarné sous la forme du Christ et est venu sur terre pour ramener l’humanité au paradis qu’elle avait perdu.
Ce qui s’est accompli sur la croix constitue le cœur même de la vision chrétienne : si Dieu est mort sur la croix — selon leur croyance —, cette mort ne fut pas vaine, mais le plus grand des sacrifices, une offrande incomparable. De même que les enfants d’Israël, sous l’ancienne loi, expiaient leurs péchés par des sacrifices d’animaux au Temple, les chrétiens croient que Dieu Lui-même a offert le plus grand sacrifice qui soit : Son sang versé sur la croix en expiation des péchés de toute l’humanité.
Les chrétiens étayent cette foi par les miracles advenus, le plus notable étant la résurrection de Lazare par Jésus, peu avant sa crucifixion. S’il a pu ressusciter un autre, il s’ensuit naturellement, selon leur logique, qu’il pouvait se ressusciter lui-même après sa mort. Ainsi, la résurrection de Jésus n’est pas pour eux un événement fortuit, mais la preuve décisive de sa divinité et de sa victoire sur la mort comme sur le péché. La croix est dès lors devenue le symbole à la fois de la souffrance et de la rédemption.
Les chrétiens croient que, par son incarnation et sa souffrance, Jésus est devenu le « véritable Israël ». Car dans la Bible, Israël n’est pas nécessairement un simple peuple ou une tribu : ce peut être aussi un individu représentant la nation entière, tout comme le Coran décrit Abraham comme « une nation ». Jésus devient ainsi l’incarnation individuelle de la nation élue, le porteur de l’alliance et celui qui souffre pour les autres. Les chrétiens s’appuient sur la parole de Jésus, dans leurs textes, selon laquelle les juifs qui l’ont rejeté « ont pour père le diable » (Jean 8:44), pour prouver que le véritable Israël spirituel ne se trouve pas dans une filiation biologique, mais dans l’acceptation du Christ.
Les chrétiens croient aussi que Jésus n’est pas venu régner immédiatement, mais ouvrir d’abord la voie à la diffusion de l’Évangile. Il aurait eu peu de sens, dans leur logique, qu’il commence son règne avant que son message n’ait atteint les extrémités de la terre. Ainsi, après sa crucifixion et sa résurrection, Jésus s’en est allé, laissant les disciples prêcher aux nations et leur accordant l’honneur de fonder le nouveau peuple de Dieu. Chaque croyant au Christ est dès lors devenu membre de ce nouveau peuple élu, qui ne se limite plus aux enfants d’Israël mais s’élargit à toute l’humanité.
Dans ce contexte, les chrétiens considèrent que les juifs ont commis un péché grave : ils ont arrêté le Christ — alors qu’il était sans faute, le parfaitement juste — et l’ont livré à la mort, alors qu’il n’avait fait que guérir les malades et répandre le bien. Ainsi, dans la conception chrétienne, les juifs ont trahi leur mission et perdu leur statut de « peuple élu de Dieu ». C’est pourquoi les chrétiens se considèrent comme les héritiers de l’alliance, les dépositaires de la vraie foi, qui ont versé beaucoup de sang pour défendre le message du Christ et le répandre à travers les siècles.
Quant aux musulmans, les chrétiens estiment qu’ils sont venus six siècles après le Christ avec un message qui niait sa divinité et sa crucifixion, le ramenant au rang de prophète parmi d’autres. Les chrétiens tiennent donc que l’islam nie l’essence même de l’Évangile, en réduisant le message du salut divin à des enseignements législatifs et moraux, ce qui fait de la relation entre christianisme et islam une relation de tension et de dénonciation réciproque. Car là où le chrétien voit dans la rédemption sur la croix l’axe même de la religion et de l’histoire, le musulman nie que la crucifixion ait eu lieu. Ainsi, le chrétien croit que les musulmans ont été privés du plus grand don divin et que, en niant le Christ crucifié, ils se sont placés dans la position de l’« antéchrist » dont parle l’Évangile. De cette manière, le chrétien se voit comme l’héritier légitime de l’alliance, le porteur du message du salut et le gardien de l’Évangile face à ce qu’il considère comme la déformation juive et le déni musulman.
Les musulmans et la foi idéale face aux juifs et aux chrétiens
Dans la vision islamique, Mohammed apparaît comme le sceau par lequel la chaîne de la prophétie s’est achevée, le messager qui a porté le message final à tous les mondes. C’est là que réside l’essence du problème avec les Gens du Livre : les chrétiens exigeaient que le prophète à venir témoigne de la divinité du Christ pour l’accepter comme prophète ; les juifs, eux, auraient pu reconnaître Mohammed comme un prophète envoyé aux gentils, mais non aux enfants d’Israël. Les deux camps se sont ainsi dressés contre l’islam, car le message de Mohammed renversait les fondements sur lesquels ils avaient bâti leurs croyances.
Mohammed n’est pas venu affirmer la divinité de Jésus comme le voulaient les chrétiens ; il a au contraire déclaré clairement que Jésus était un grand prophète, un serviteur de Dieu, un être humain envoyé par la révélation, et que la doctrine romaine de la divinité attachée à lui relevait purement et simplement du polythéisme. En même temps, il n’est pas venu restreindre son message à un peuple ou à une nation, comme les juifs l’avaient admis pour leurs prophètes, mais a prononcé la parole décisive : « Et Nous ne t’avons envoyé qu’à l’ensemble des hommes, comme annonciateur et avertisseur » (Saba : 28). Ainsi l’islam est-il devenu, dans sa propre perspective, la correction globale et la conclusion achevée du cours de la révélation, car il ne s’est arrêté ni aux frontières d’Israël ni au récit du Nouveau Testament, mais s’est adressé à toute l’humanité — et même à tous les mondes.
De là est née la conviction islamique que les partisans de Mohammed étaient la véritable continuation des enfants d’Israël, c’est-à-dire le peuple que Dieu a choisi pour porter la voie du monothéisme. Aussi, dans les traditions, le titre d’« Israël » s’est-il trouvé lié à Mohammed et à la famille de Mohammed, signe que l’héritage de la promesse divine et de la bannière divine est passé à la famille de Mohammed et à ses partisans, les « véritables enfants d’Israël » porteurs du message ni déformé ni corrompu.
Ce transfert se reflète dans la parabole des « ouvriers de la vigne » que l’on trouve dans l’Évangile. Le travail dans la vigne est passé d’un groupe d’ouvriers à un autre au fil du temps. De même, l’héritage est passé des juifs aux chrétiens, puis des chrétiens aux musulmans, chez qui l’islam a trouvé l’alliance complète et le dépôt préservé. Cette position est renforcée par la parole de Dieu : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai accompli sur vous Mon bienfait, et J’ai agréé pour vous l’islam comme religion » (Al-Ma’idah : 3), qui conforte la compréhension musulmane selon laquelle la révélation de Mohammed est venue en dernier.
En conséquence, les musulmans estiment que le judaïsme a perdu sa Torah au fil de siècles d’occupations, de dispersions et d’exils, réécrivant ses textes à plusieurs reprises et laissant ainsi entrer la déformation et la discorde. De même, le christianisme a été arraché des mains des premiers disciples lorsqu’il fut adopté par l’Empire romain et transformé en une religion fondée sur le polythéisme, où Jésus fut élevé du rang de prophète à celui de Dieu. C’est pourquoi les musulmans ont considéré que l’Ancien comme le Nouveau Testament avaient cessé d’être des références pures, et que la révélation intacte s’incarnait dans le Coran, venu porteur du monothéisme pur et de la loi la plus complète.
L’image que l’islam se donne de lui-même devant les Gens du Livre est celle du message final de libération du chaos de la déformation et de l’altération, de la religion qui a ramené l’humanité sur le chemin du monothéisme après un long égarement. S’établit ainsi fermement, dans la conscience des musulmans, l’idée qu’ils sont le nouveau « peuple élu de Dieu » — non par la race ou la lignée, mais par la foi et les œuvres — et que la promesse divine demeure avec eux tant qu’ils s’attachent à la religion de vérité.
Le complexe du « peuple élu de Dieu »
De ce qui précède, il ressort que la question du « peuple élu de Dieu » est devenue un nœud qui a semé les germes du conflit et de la division, en perdant totalement de vue que tous remontent à une seule origine : Abraham. Le judaïsme est apparu comme une identité fermée ; puis le christianisme a remplacé le judaïsme et adopté l’idée qu’il était le « nouvel Israël spirituel », élargissant le cercle. Puis l’islam est venu déclarer que la nation finale, celle qui a cru en Mohammed et en son alliance, était la nation élue, et a élargi le cercle à tous les mondes. Chaque groupe a considéré que Dieu avait abandonné les autres en sa faveur, et cela a servi de prétexte pour dénoncer, combattre et éliminer autrui — prétexte à des guerres, au chaos et au meurtre au nom de Dieu, de la religion et de tout ce qui est sacré.
Pourtant, qui médite la réalité de cette question à la lumière du cours des textes sacrés verra que cette évolution et cette élection divine sont une responsabilité et un devoir bien plus qu’un privilège propre à susciter l’arrogance, la haine et le fanatisme. Dieu choisit des peuples ou des individus pour leur confier une responsabilité, mais cela ne signifie pas que les autres soient hors du champ de Sa miséricorde. En réalité, les textes sacrés de la Torah, de l’Évangile et du Coran regorgent de mises en garde contre l’orgueil d’être élu, et affirment qu’une bénédiction s’effondre si elle se change en oppression ou en fierté.
La foi tribale est une idolâtrie contemporaine
Un autre problème majeur auquel l’humanité est confrontée n’est pas le manque de textes ni l’absence de prophètes, mais la nature même de l’homme. La plupart des gens ne croient pas vraiment en Dieu, ne sont pas sincères dans leur quête de la vérité et n’adorent pas Dieu par amour pour Lui. Ils sont, pour l’essentiel, prisonniers de leurs appartenances tribales, confessionnelles et héritées, non de la vérité. Ils s’accrochent à la religion de leurs pères et de leurs aïeux, et à leur compréhension particulière de la religion et de Dieu, avec la conviction profonde que leurs propres intérêts sont ceux de la religion et de Dieu. Ces intérêts personnels se réduisent à leur procurer identité, appartenance, distinction et un sentiment de confort et de satisfaction psychologique. Comme si la foi n’était qu’un héritage social et utilitaire, n’exigeant ni examen ni sacrifice. Comme si les religions s’étaient changées en bannières tribales, chaque tribu s’accrochant à la sienne et combattant sous elle, non parce qu’elle est la bannière de la vérité, mais simplement parce qu’elle est la bannière des ancêtres et celle d’une compréhension alignée sur l’intérêt personnel.
En ce sens, les idoles n’ont jamais vraiment disparu : elles ont seulement changé d’habit. Les idoles ne sont plus des pierres muettes dressées sur les places publiques, mais des idées rigides dressées dans les esprits, bâties sur l’imitation aveugle et l’attachement au familier, non au vrai. Dans une telle disposition d’esprit, peu importe que le Dieu des autres soit la vérité : ce qui importe, c’est que « notre Dieu » soit le vainqueur sur le champ de bataille du conflit. Ainsi les guerres de religion sont-elles devenues des guerres tribales en habits neufs, où la question n’est pas « qu’est-ce qui est vrai ? » mais : « qui est avec nous et qui est contre nous ? » et « quiconque n’est pas avec nous est assurément contre nous ». Que la paix soit donc sur Aba Al-Sadiq, qui a renversé l’équation à cent quatre-vingts degrés en disant : « Quiconque n’est pas contre nous est avec nous. »
La diplomatie divine
Le conflit entre les religions abrahamiques ne peut procéder que de l’une des quatre sources possibles :
La première : que les juifs aient détenu la vérité dès le commencement, et que tout ce qui est venu après eux, en fait de messages et de religions, soit dénué de sens. À la fin, leur croyance sera vérifiée, leur argument établi, leur rang élevé au-dessus de toutes les nations, et tous seront contraints de reconnaître que ceux que leurs rabbins décrivaient en interprétant le verset « Il n’avait ni forme ni majesté pour attirer nos regards, ni apparence pour que nous le désirions » (Isaïe 53:2) avaient, en fait, raison depuis le tout début.
La deuxième possibilité : que la vérité soit révélée au monde entier — juifs, musulmans et toute l’humanité — que le christianisme est la vraie religion, que Jésus est Dieu, exalté soit-Il, et que les hommes se sont moqués de lui pendant des siècles, l’ont renié et persécuté, alors qu’il ne cherchait que le salut de l’humanité. Tout ce qu’il demande, c’est la foi qu’il est mort pour leurs péchés. Quiconque croira obtiendra le pardon et le salut.
La troisième possibilité : que les Romains aient déformé la doctrine originelle, que Jésus ait été l’un des prophètes de Dieu, et que Mohammed ait été envoyé comme guide à tous les hommes, bénéficiant d’un immense soutien divin. Sa religion s’est répandue le plus vite parce qu’elle est la vérité manifeste. Dans ce cas, l’islam est la religion finale de Dieu, le Mahdi triomphera à la fin des temps et l’islam prévaudra sur toute la terre, que les gens l’acceptent ou non. Quiconque s’oppose à Mohammed s’est opposé à Dieu, et Dieu est le soutien de Son Messager et de sa famille jusqu’au Jour de la Résurrection.
La quatrième possibilité : que tout ce qui précède ne soit qu’illusions et mythes, en rien différents des récits grecs, romains ou égyptiens anciens, et qu’il s’agisse de mensonges fabriqués qui ont précipité l’humanité dans des conflits et des effusions de sang sans fin, et pour rien.
Il ne nous reste donc que l’une de ces quatre possibilités.
Tout le bien réside en ceci : que tous — juifs, chrétiens et musulmans — s’élèvent à un niveau de dialogue plus haut, cessent d’attiser les querelles, s’attachent à ce qui les unit, pratiquent les manières de la diplomatie et marchent sur les pas de Moïse, sur les pas de Jésus et sur les pas de Mohammed, en ne prononçant que des paroles de bien, ou bien en gardant le silence.
Nous devons tous essayer de comprendre ce que ressent chaque camp : percevoir pourquoi les juifs éprouvent qu’on leur a pris leur place, pourquoi ils sentent que leur foi leur a été dérobée. Nous devons les comprendre, éprouver leur douleur et les aimer. Nous devons écarter les voix extrémistes, écouter les voix de la sagesse et de l’amour, et tendre la main avec gratitude. Le premier pas sur ce chemin est d’apprécier ce que les juifs ont offert tout au long de leur histoire pour l’amour de Dieu et de la religion, et la façon dont leurs prophètes et leurs aïeux ont contribué à façonner ce en quoi nous croyons aujourd’hui, que nous soyons musulmans ou chrétiens. Ils sont une part indissociable de notre histoire spirituelle. La question du « peuple élu » doit être abordée avec compréhension et dans un esprit de réconciliation.
De même, juifs, chrétiens et musulmans s’accordent sur le fait que le but ultime de l’homme est de s’efforcer d’incarner tout ce qui est bon, de réformer et de cultiver la terre. C’est là, au fond, le tout premier commandement divin adressé à Adam : il lui fut confié de cultiver la terre et de prendre soin du jardin, afin d’en faire un lieu habitable, fécond et prospère. Toutes les fois abrahamiques peuvent donc s’unir autour de ce principe : notre mission est de devenir le meilleur de nous-mêmes et de préserver la terre du mieux possible.
Il nous a été confié de faire de la terre un paradis, de la préserver pour qu’elle devienne une belle expérience et non une expérience terrifiante, et de bâtir notre relation avec notre Créateur en accomplissant nos devoirs envers Lui — lesquels sont, en réalité, des devoirs envers nous-mêmes. Car Dieu ne désire rien d’autre pour nous que d’atteindre le plus haut potentiel de Ses enfants : le savoir, le don, l’amour, la générosité et le bonheur. Alors seulement méritons-nous vraiment de nous dire les véritables enfants du Créateur — ce que tout père souhaite pour sa descendance.
Nous devons également porter notre attention sur un autre point commun : la croyance universelle en la venue d’un réformateur, messager, messie ou Mahdi, qui unira le monde sur un terrain commun et établira la paix et la justice. Les juifs attendent leur Messie et croient que son heure s’est rapprochée avec leur présence en Palestine ; les chrétiens attendent la seconde venue de Jésus ; les musulmans croient eux aussi à son retour, accompagné de l’apparition du Mahdi. Il n’y a donc aucun sens à se quereller et à s’affronter, alors qu’au fond nous aspirons tous à ce même sauveur.
Que chacun se mette à la place de l’autre : si le Messie vient et déclare que les juifs avaient raison, réjouissons-nous de sa venue ; s’il confirme la vérité du christianisme ou de l’islam, célébrons-le, car il est un messager de Dieu qui n’apporte que du bien. La vraie foi consiste à être prêt à accepter ce que Dieu révèle, sans fanatisme aveugle ni orgueil.
Le Sauveur : la promesse, l’alliance et l’appel à l’éveil
Le grand message de la figure du Sauveur — qu’on l’appelle le Messie, Jésus ou le Mahdi — est le rassemblement des cœurs déchirés et l’union de nations différentes sous le mot d’ordre « L’humanité d’abord ». Il vient pour les opprimés, pour les faibles, pour les orphelins et les veuves, pour les démunis de cette terre. C’est là une indication profonde de la nécessité de voir dans les fidèles des grandes religions des frères et des sœurs en humanité, et de se préparer au jour où nous nous retrouverons tous autour d’une seule croyance, dans une scène admirable et une grande promesse céleste qui éveille les hommes de leur insouciance, les appelle à cesser de se combattre et à ouvrir leur cœur les uns aux autres dans l’amour. Car, en fin de compte, nous sommes tous croyants en Dieu, et nous sommes tous enfants de Dieu.
Parmi les juifs et les Israéliens, il est des gens de bien qui n’ont rien à voir avec les meurtres ni avec les guerres, qui sont innocents du sang versé, qui détestent l’injustice et ne cherchent qu’à être des êtres humains droits, aimant leurs frères et sœurs en humanité. Parmi les chrétiens, il en est qui incarnent véritablement l’exemple vivant d’un disciple de Jésus — humbles, compatissants et aimants. De même, parmi les musulmans, il est des hommes et des femmes droits, au noble caractère, débordant d’amour pour leurs frères et sœurs juifs et chrétiens, et qui représentent la plus belle image du musulman véritablement fidèle.
C’est d’entre de telles gens que Dieu suscite le Sauveur, afin qu’il vienne affirmer que le meurtre est une corruption sur la terre, et que cultiver la terre repose sur la fécondité et sur le refus de verser le sang illicitement. Il nous exhorte à nous engager, nous et l’humanité entière, à accomplir la loi de Dieu, car telle est Sa volonté et Son commandement. Bien des guerres qui déchirent le monde aujourd’hui sont causées par la rigidité : les juifs refusent d’accomplir la loi de Moïse ; les chrétiens croient qu’il n’y a rien après le Christ ; les musulmans croient qu’il ne peut rien y avoir de nouveau après Mohammed. Or la vie ne s’arrête pas, les circonstances changent et des évolutions surgissent sans cesse.
Nous avons vu comment l’absence d’une autorité divine infaillible a conduit au chaos des avis religieux : la télévision est-elle interdite ou permise ? Les inventions nouvelles sont-elles licites ou non ? Lorsque les gens s’en remettent aux conjectures et aux interprétations humaines, ils tombent dans les querelles, les accusations de mécréance et les guerres. Mais s’ils croient que Dieu a un vicaire à chaque époque — prophète, messager, imam ou Mahdi — et que ce vicaire est la Face de Dieu parmi Ses créatures et le vase qui porte Son esprit, alors les nœuds du désaccord se dénouent. Car cet homme ravive en nous la certitude que Dieu est toujours présent auprès de nous, qu’Il ne nous a pas abandonnés et ne nous abandonnera jamais, non seulement au ciel mais aussi sur la terre. En même temps, il affirme que tout être humain sur la face de la terre a le droit de penser et de croire comme il l’entend, et de mener sa vie comme il le juge bon, tant qu’il ne contrevient pas aux lois du pays où il réside et qu’il ne nuit pas à autrui.
Et nous, dans la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière, croyons que cet homme est Abdullah Hashem, Aba Al-Sadiq : un messager aux juifs de la part d’Élie, un messager aux chrétiens de la part de Jésus, et un messager aux musulmans de la part de Mohammed. Son nom « Abdullah » signifie « Israël », afin d’incarner par ce nom le serviteur idéal de Dieu et le parfait connaissant de Dieu. C’est un homme de paix, non de guerre. Il ne voit de salut pour la terre et pour l’humanité que par la paix, la justice, l’amour, la connaissance divine et l’unité.
L’appel d’Aba Al-Sadiq aux enfants d’Abraham
L’appel d’Aba Al-Sadiq aux enfants d’Abraham, en toute transparence, tient en ceci : nous sommes une communauté porteuse d’une vision précise pour le monde. Nous avons un rêve — quitter cette terre en l’ayant laissée plus belle et plus stable pour nos enfants, et faire de l’expérience de la vie sur terre une expérience emplie de paix, d’amour et de lumière, et non de peur, de sang et de ruines.
Que telle soit notre conscience nouvelle : voir en chacun nos partenaires en humanité, et non nos adversaires. Travailler main dans la main à unir l’humanité. Que cet appel soit un moyen de transformer les convictions durcies et d’adoucir les cœurs endurcis, de les rapprocher les uns des autres et de les incliner à la concorde. Et, avec l’aide de Dieu, marchons tous ensemble — dans l’amour, la paix, l’unité et la lumière.