Abd Al-Noor : l’histoire spirituelle secrète du vin
Texte lu en français
Exploration du passé sacré oublié du vin, des prophètes qui en buvaient aux enseignements mystiques qui y voyaient une lumière divine — et pourquoi le véritable problème n’a jamais été le vin, mais l’être humain.
Par Haytham Kassem · Traduit de l’anglais

Lorsque nous parlons aujourd’hui du vin ou de l’alcool, que ce soit d’un point de vue social ou religieux, nous rencontrons le plus souvent une image majoritairement négative. Beaucoup voient l’alcool comme un intoxicant dangereux, et il y a effectivement du vrai là-dedans. Mais il faut se demander : est-ce là toute la vérité ? Ou bien manque-t-il une pièce essentielle du puzzle ?
Pour répondre à cette question, commençons par examiner l’histoire religieuse et les traditions spirituelles entourant le vin.
Un voyage aux origines : le vin et les prophètes de Dieu
Dans les premières lois divines données à Adam et à Noé, il n’existait aucune interdiction concernant le vin ni les autres boissons alcoolisées.
Noé, présenté comme un prophète dans la Genèse, planta une vigne, en but le vin et s’enivra. D’autres prophètes, comme Abraham et David, consommèrent également du vin. Même sous la loi mosaïque, le vin n’était pas interdit ; il était permis et même utilisé comme offrande à Dieu.
Dans le judaïsme et le christianisme, le vin n’a jamais été fondamentalement interdit. Des restrictions n’existaient que dans des circonstances sacrées particulières — par exemple, il était interdit aux prêtres de boire du vin en entrant dans le sanctuaire, afin que leur jugement reste clair. Le problème n’était pas le vin lui-même, mais la clarté de l’esprit.
Jésus a intégré le vin à son ministère et à son message :
- Son premier miracle fut de changer l’eau en vin.
- À la Cène, il but du vin avec ses disciples.
- Dans la tradition catholique, le vin devient le Sang sacramentel du Christ.
Ainsi, dans ces traditions, le vin n’est pas un symbole de négativité mais de joie, de communauté et de divin.
Du vivant du Prophète Mohammed, l’alcool était largement consommé chez les Arabes. Cependant, la société de cette époque faisait un mauvais usage du vin, et l’ivresse menait souvent au désordre, au conflit et au déclin moral.
Le Coran a donc introduit une révélation graduelle :
- D’abord, il fut interdit aux croyants d’approcher la prière en état d’ivresse.
- Finalement, l’alcool fut totalement prohibé.
Cela soulève une question importante : le problème était-il le vin lui-même, ou l’immaturité humaine ?
Regards modernes et mystique
Nous disposons aujourd’hui d’abondantes preuves scientifiques montrant les effets nocifs de l’alcool. D’un point de vue spirituel, beaucoup affirment que le vin abaisse la « fréquence » d’une personne ou perturbe son champ énergétique. Ces intuitions contiennent du vrai, mais elles ne représentent qu’une partie du tableau.
Le Coran comme la Bible parlent aussi positivement du vin :
Au Paradis, il y a des rivières de vin, « délicieux à boire ».Coran 47:15
…et le vin réjouit le cœur de l’homme.Psaume 104:15
Quelque chose d’impur peut-il exister au Paradis ?
Enseignements mystiques : le vin comme lumière
Particulièrement fascinantes sont certaines traditions spirituelles qui décrivent le vin comme une substance emplie de lumière divine.
L’Imam Al-Sadiq aurait dit que le vin est « une lumière de nos lumières ».
De Bashar Al-Shairi, qui a dit : « J’ai demandé à mon Maître Al-Sadiq : “Le vin est-il licite ou illicite ?” Il a dit : “Ô Bashar, quant au vin, il est une lumière de nos lumières ; buvez donc de nos lumières et mangez de nos fruits, et parlez de nos nouvelles ; il vous est licite entre vous, mais illicite auprès des autres.” Je dis : “Ô mon Maître, éclaire-moi, afin que je l’entende de toi et de nul autre.” L’Imam Al-Sadiq (de Lui est la Paix) dit : “Ô Bashar, quant au vin, il est une lumière de nos lumières ; si tu vois un homme boire du vin et que son visage s’illumine, que son teint s’éclaire, que ses anges s’apaisent, et qu’il en émane de la compassion, de l’amour et des prières pour ses frères, et qu’il parle avec bonté et rend grâce à son Maître, et qu’il glorifie (Tasbih) et magnifie (Tahlil), alors la lumière aura rencontré la lumière, car le vin est lumière. Et la lumière de cet homme est lumière ; sois donc son ami et recherche-le, car il y a en lui quelque science.” »Le But du Sage, Aba Al-Sadiq Abdullah Hashem, Porte 15, p. 197
Comme il est mentionné dans Le But du Sage, les enseignements manichéens décrivaient de même le jus de fruit comme une matière pénétrée de lumière.
Certains vins étaient même appelés Abd Al-Nur — « Serviteur de la Lumière ».
Rassemblements spirituels parmi les fidèles
On dit qu’au temps des Imams, certains proches se réunissaient secrètement pour des rituels de fraternité spirituelle au cours desquels le vin était consommé dans un contexte sacré. Ces rassemblements ont été comparés à la Cène de Jésus, impliquant une boisson symbolique et spirituellement chargée.
Aba Al-Sadiq a dit, dans la conférence consacrée à la licéité de l’alcool :
Le vin a été rendu interdit à tous ceux qui étaient défaillants. Mais en réalité, en coulisses, les véritables chiites ont reçu de Dieu la permission de continuer à vivre dans un état de paradis, et de rejoindre les rangs des prophètes et messagers précédents. Et Allah ne rendrait jamais haram pour les croyants et les compagnons de Mohammed ce qu’Il a rendu halal pour les compagnons de Jésus, d’Abraham, de Moïse et du reste des prophètes et des messagers. Il leur accorde donc cette possibilité, mais Il leur dit qu’ils doivent la dissimuler et se tenir en état de taqiyya, et ne pas en parler aux autres, parce que les autres ne le comprendront pas, et que les autres les persécuteraient pour la consommation d’alcool et les traiteraient en somme de mécréants.
Si le vin est un « Serviteur de la Lumière », alors il révèle à la fois la lumière et les ténèbres en nous.
C’est pourquoi le Prophète Mohammed a interdit le vin : la majorité des gens n’y étaient pas prêts. Et c’est aussi pourquoi la société moderne voit l’alcool comme dangereux — parce que beaucoup en font un mauvais usage et manquent de stabilité intérieure.
Le vin dans l’avenir et dans l’au-delà
- Au Paradis, il y a des rivières de vin.
- Certaines traditions disent qu’au temps du Qaim (l’Imam Al-Mahdi), le vin sera de nouveau permis ouvertement.
- Le système juridique de l’Imam Mahdi ressemblera à celui des prophètes antérieurs — Adam, Abraham, Moïse et Jésus —, dont aucun n’a interdit le vin.
Cela suggère que le vin ne peut être intrinsèquement impur.
Aba Al-Sadiq le confirme dans la conférence sur la licéité de l’alcool :
Enfin, nous en venons à la question suivante : le vin deviendra-t-il licite à l’avenir ? Et je pense que la réponse est extrêmement claire et que c’est un « oui » absolu : au temps du Qaim, il sera ouvertement licite. Et la raison en a déjà été énoncée dans les narrations de Mohammed et de la Famille de Mohammed, pour tous ceux qui reviennent à leurs paroles et prennent leurs paroles — et non celles des savants. Car la licéité du vin faisait partie de la charia des prophètes et messagers antérieurs. Et nous avons des traditions, que les savants connaissent et dont ils ont parlé auparavant, selon lesquelles, quand le Qaim viendra, il jugera selon la jurisprudence d’Adam. Il jugera selon la jurisprudence d’Abraham, selon celle de Moïse, de Jésus et de Mohammed (paix et bénédictions sur lui). Et cette jurisprudence des prophètes et messagers antérieurs autorisait et rendait licite la consommation de vin et d’alcool.
Par conséquent, les textes religieux, les enseignements spirituels et nos propres observations révèlent tous une même chose : le vin n’est pas intrinsèquement négatif.
À notre époque moderne, pleine de confusion, de déclin moral et de trouble intérieur, il est compréhensible que l’alcool nuise à la plupart des gens et qu’il vaille mieux l’éviter.
Mais la vérité spirituelle plus profonde est celle-ci : le vin n’est pas le problème — l’être humain l’est.
Cet article n’encourage personne à boire du vin. Il vise seulement à raviver un savoir oublié : la véritable essence du vin ne réside pas dans l’ivresse, mais dans la lumière — et dans l’état intérieur de celui qui la rencontre.
Ceux qui veulent boire du vin devraient en consommer avec modération. Là aussi, c’est la dose qui fait le poison.