Article 15 — Lumière et Ténèbres
Lumière et Ténèbres : les secrets de la création, d'Iblis et du monde matériel
Le But du Sage — Porte Numéro Quinze
Texte lu en français
Pourquoi notre monde contient-il à la fois tant de beauté et tant de souffrance ? Quelle est l'origine des ténèbres ? Et quel rôle Iblis aurait-il joué dans la formation du monde physique ?
Depuis l'Antiquité, les traditions spirituelles ont cherché à comprendre l'opposition entre la lumière et les ténèbres.
La lumière représente souvent la connaissance, la vérité et la proximité divine.
Les ténèbres symbolisent l'ignorance, l'égarement et l'éloignement de Dieu.
Mais dans la quinzième Porte du But du Sage, Abdullah Hashem Aba Al-Sadiq (De Lui est la Paix) présente une conception beaucoup plus complexe.
À travers les enseignements de Mani, des récits attribués à l'Imam Al-Baqir et des conversations avec Ahmed Al-Hassan, il explore l'origine de la création matérielle et la chute d'Iblis.
1. Mani, le Messager de la Lumière
Le chapitre commence par évoquer Mani, fondateur du manichéisme au IIIe siècle.
Mani se présentait comme un messager de la lumière.
Dans la doctrine manichéenne, la lumière et les ténèbres occupent une place fondamentale dans l'explication de l'univers.
Le livre rapporte l'enseignement selon lequel la lumière aurait été retenue dans les royaumes des ténèbres.
La création matérielle serait ainsi marquée par la présence de ces deux principes.
Cette conception appartient à une tradition religieuse ancienne qui cherche à expliquer l'existence du mal dans le monde.
2. Pourquoi la lumière est-elle présente dans la matière ?
Selon l'interprétation exposée dans cette Porte, la lumière est indispensable à l'existence de toute chose.
Même dans un monde marqué par l'obscurité, une part de lumière demeurerait présente.
L'auteur présente cette idée comme un élément permettant de comprendre la complexité de la création.
La lumière représente ici une réalité spirituelle et non simplement un phénomène physique. Cette distinction est essentielle : les notions religieuses de lumière et de ténèbres ne doivent pas être confondues avec les concepts scientifiques décrivant le rayonnement lumineux.
3. Le récit d'Azazel dans Umm Al-Kitab
Le chapitre cite ensuite un récit attribué à l'Imam Al-Baqir dans le texte Umm Al-Kitab.
Dans ce récit, Azazel reçoit une lumière qui lui permet de façonner des créations.
Mais il en vient à revendiquer une autorité qui ne lui appartient pas.
Le Haut Roi lui rappelle alors que cette capacité dépend d'un don qui lui a été accordé.
Lorsque cette lumière lui est retirée, Azazel se révèle incapable de reproduire une création comparable.
Le récit illustre une idée centrale : posséder une capacité ne signifie pas en être la source absolue.
Le pouvoir reçu peut devenir une épreuve lorsque celui qui en bénéficie oublie son origine.
4. Iblis connaissait-il la puissance de Dieu ?
La quinzième Porte rapporte une conversation particulièrement importante entre Abdullah Hashem Aba Al-Sadiq et Ahmed Al-Hassan.
L'auteur interroge l'Imam sur les motivations d'Iblis.
Son opposition à Adam provenait-elle d'une ignorance de Dieu ?
Ahmed Al-Hassan répond, selon le récit, qu'Iblis possédait une connaissance considérable de la puissance divine.
Son égarement ne serait donc pas simplement lié à un manque de connaissance.
Il serait né de l'envie, de l'amour du pouvoir, du désir d'autorité et de l'ego.
Cette distinction est fondamentale.
Une grande connaissance spirituelle ne garantit pas nécessairement l'humilité.
5. L'envie et la chute d'Iblis
L'envie occupe une place centrale dans l'explication de la chute d'Iblis.
Selon le livre, Iblis aurait refusé d'accepter la place accordée à Adam.
Son désir de conserver son rang et son autorité aurait progressivement pris le dessus sur son obéissance.
Cette lecture met en évidence un paradoxe.
Un être peut reconnaître l'existence de Dieu tout en refusant de se soumettre à Sa volonté lorsqu'elle contredit ses propres ambitions.
La chute d'Iblis devient ainsi un enseignement sur les dangers de l'orgueil.
6. Pourquoi Iblis était-il appelé le père de la création ?
Le chapitre présente également une explication particulière du nom d'Iblis.
Dans une conversation rapportée, Ahmed Al-Hassan associe une interprétation de ce nom à l'idée de paternité de la création.
Il précise cependant que ce titre ne signifie pas qu'Iblis serait le Créateur absolu.
Il aurait reçu ce nom en raison de la place qu'il occupait et de l'amour que les anges lui portaient.
Il s'agit d'une interprétation ésotérique propre au récit, et non d'une étymologie linguistique établie.
7. Iblis et la création des corps physiques
L'un des enseignements les plus singuliers de cette Porte concerne l'origine des corps matériels.
Dans le dialogue rapporté, Abdullah Hashem Aba Al-Sadiq demande si Iblis aurait participé à la création des corps physiques.
Ahmed Al-Hassan confirme cette interprétation et distingue les corps matériels des corps de lumière associés à Mohammed et à sa Famille.
Le livre propose ainsi une vision hiérarchisée de la création.
Il distingue la réalité spirituelle lumineuse de la manifestation matérielle.
Cette doctrine appartient à la cosmologie religieuse de l'ouvrage et ne constitue pas une explication scientifique de l'origine du corps humain.
8. Le pouvoir sans humilité
La réflexion sur Iblis contient un enseignement moral important.
Le danger ne réside pas uniquement dans l'ignorance.
Il peut aussi apparaître lorsqu'un individu possède des connaissances, des responsabilités ou une autorité considérable.
La connaissance peut devenir un moyen de servir.
Mais elle peut également nourrir l'orgueil lorsqu'elle est utilisée pour affirmer sa supériorité.
Dans le récit, Iblis représente précisément cette dérive.
Son problème n'est pas l'absence de capacités, mais la manière dont il considère sa propre importance.
9. La lumière intérieure et le choix humain
Le thème de la lumière et des ténèbres invite finalement à une réflexion personnelle.
Quelles sont les motivations de nos actions ?
Cherchons-nous la vérité ou la reconnaissance ?
Voulons-nous servir ou dominer ?
Sommes-nous capables d'accepter qu'une autre personne reçoive une responsabilité que nous aurions souhaité obtenir ?
Ces questions prolongent le récit de la chute d'Iblis.
Elles montrent comment une doctrine cosmologique peut également devenir un enseignement sur le comportement humain.
Conclusion — La connaissance ne suffit pas sans humilité
La quinzième Porte du But du Sage propose une interprétation spirituelle de la création matérielle, de la lumière et de l'origine des ténèbres.
Elle accorde une place importante à Mani, au récit d'Azazel et aux enseignements concernant Iblis.
Mais son enseignement le plus accessible concerne peut-être la relation entre connaissance et orgueil.
À quoi sert de connaître la vérité si notre ego nous empêche de l'accepter ?
Cette question prépare directement la Porte suivante, consacrée à l'un des plus grands obstacles du parcours spirituel : L'Ego Humain.