Persécution6 min de lecture

Menace sur la vie de membres iraniens de l’AROPL expulsés par la Turquie

Texte lu en français

M. et R. (noms modifiés pour leur protection), ainsi que leurs enfants (11 et 9 ans), représentent bien plus qu’une statistique de réfugiés. Leur histoire révèle une grave crise des droits humains, où se conjuguent la violence d’État, la persécution religieuse et les défaillances du droit international. Fuyant la répression ciblée de la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière (AROPL) en Iran, la famille a désormais été renvoyée vers les dangers mêmes qu’elle tentait de fuir.

Par Klara Kassem · Traduit de l’anglais

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M. et R. (prénoms modifiés pour leur protection), ainsi que leurs enfants (11 et 9 ans), ne se réduisent pas à une statistique de réfugiés. Leur histoire met au jour une grave crise des droits humains, où se conjuguent violence d’État, persécution religieuse et défaillances du droit international. Ayant fui la répression ciblée visant la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière (AROPL) en Iran, la famille vient d’être renvoyée vers les dangers mêmes auxquels elle tentait d’échapper.

C’est l’espoir d’une vie en sécurité, à l’abri de la peur et de l’oppression, qui a conduit la famille à fuir l’Iran pour la Turquie. Leur parcours a commencé au nom d’un droit fondamental, universellement reconnu : celui de pratiquer librement ses convictions religieuses.

Le 22 juillet 2025, au lieu de trouver justice et sécurité, cette famille s’est retrouvée détenue dans un centre d’expulsion proche de la frontière turco-iranienne. Ce qui l’attendait n’était pas une procédure d’asile équitable, mais le renvoi illégal vers le pays même qu’elle avait fui en raison de persécutions religieuses. Leur situation s’inscrit dans une longue et douloureuse histoire de persécution religieuse, en particulier contre des membres de l’AROPL en Iran et dans d’autres pays à majorité musulmane.

Le contexte des droits humains : une persécution systémique en Iran

L’Iran s’est de plus en plus détourné de ses obligations au titre du droit international des droits humains, privant les minorités religieuses — et tout particulièrement la communauté de l’AROPL — de droits et de protections élémentaires. Des témoignages directs révèlent un schéma inquiétant d’arrestations, de tortures et d’intimidations. Dans un État où l’islam chiite est étroitement lié au pouvoir politique, le régime combat sans merci toute interprétation qui s’écarte du récit officiel, et en particulier l’AROPL, les partisans d’Aba Al-Sadiq.

Ce fut également le cas de M. et R., un couple marié originaire d’Iran et parents de deux enfants. Lorsqu’ils ont découvert les enseignements de la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière il y a dix mois, leur éveil spirituel est devenu un motif de craindre pour leur vie.

Depuis 2019, les autorités iraniennes mènent une campagne systématique de persécution contre les membres de l’AROPL. La propagande officielle — tel un documentaire produit par l’État qualifiant ses fidèles d’« hérétiques » et de « terroristes » — a préparé le terrain à des vagues d’arrestations, de perquisitions à domicile et de tortures. Pour la seule année 2021, treize membres auraient été emprisonnés dans la tristement célèbre prison d’Evin et contraints d’abjurer leur foi sous la menace de violences.

La persécution n’a fait que s’intensifier depuis, avec l’arrestation des membres de l’AROPL Habibullah Ahmadi, Saeed Jarrahian et Abbas Jafari Najaf pour avoir distribué pacifiquement des tracts religieux, ou leur disparition sans laisser de trace avant que l’on découvre qu’ils étaient détenus à la prison d’Evin, sans inculpation formelle ni procès.

En conséquence, la plupart des croyants de l’AROPL ont été contraints de vivre dans le plus grand secret. Comme l’observe Hamidreza Saghari, l’évêque responsable de l’Iran : « Les membres sont si terrifiés qu’ils refusent même de me révéler leur identité. »

De nombreux membres ont déjà fui l’Iran et demandent l’asile dans les pays voisins. Tout cela montre que la Religion Ahmadie n’est pas seulement marginalisée en Iran : elle y est délibérément et méthodiquement effacée. De tels actes constituent des violations manifestes des obligations de l’Iran au regard du droit international, dont la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui garantit le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion.

La fuite vers la Turquie : de l’espoir à la peur

Portés par l’espoir, M. et R. ont commencé à exprimer leur foi chez eux, alors même que les craintes grandissaient. Lorsque leur ferveur religieuse s’est heurtée à l’hostilité de leur famille élargie et aux menaces des autorités, la seule voie sûre qui restait était la fuite. Ils sont entrés légalement en Turquie le 22 février 2025, dans l’espoir d’y trouver protection et respect des droits humains.

Pourtant, même en Turquie, ils n’ont pas trouvé la sécurité. Les autorités turques, au lieu de faire respecter les droits des réfugiés religieux, se montrent de plus en plus répressives envers les fidèles de l’AROPL. En mai 2023, 104 membres ahmadis ont été retenus à la frontière turco-bulgare et privés de procédure régulière. En janvier 2025, un membre iranien et sa famille ont subi des perquisitions à domicile après avoir distribué pacifiquement des tracts religieux. N’ayant pas trouvé l’intéressé, la police a arrêté son épouse et leur bébé de six mois. Le 3 février 2025, trois autres membres de la foi ont été arrêtés pour rien de plus que la distribution pacifique de tracts, en violation de leur droit à la liberté de religion et d’expression consacré par le droit international.

Dans le cas de M. et R., à la suite de la mise en œuvre par la Turquie de mesures plus strictes, la famille a été placée en détention par les autorités turques il y a deux semaines et transférée dans un centre d’expulsion. Les conditions qu’ils décrivent sont inhumaines et contredisent frontalement les engagements de la Turquie à protéger les droits humains fondamentaux et à prévenir la torture, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels : aucune possibilité de se laver, aucun endroit où dormir, du pain et de l’eau pour seule nourriture, et une négligence si grave que leur plus jeune enfant souffre désormais d’une éruption cutanée qui s’étend.

« Ils nous traitent comme si nous étions des criminels, comme si nous n’étions pas des êtres humains », rapporte M. dans un message vidéo adressé à l’évêque iranien de la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière, tendant ses mains vers la caméra, sales et négligées, l’hygiène la plus élémentaire étant elle aussi refusée à la famille.

Bien qu’ils aient bénéficié d’une représentation juridique destinée à empêcher un éloignement forcé par les autorités turques,, et bien que le droit international interdise de manière absolue le refoulement (le renvoi de réfugiés vers des lieux où ils encourent un grave danger), la famille a été expulsée de force lors d’une opération nocturne menée en catimini.

Une expulsion vers la mort ?

Au petit matin du 22 juillet, à 3 heures, la famille a été brutalement réveillée par des agents et contrainte de monter dans un bus, en direction du lieu où tout avait commencé : la frontière turco-iranienne, pour y attendre son expulsion.

L’expulsion illégale de cette famille l’expose à une issue qui met sa vie en danger : persécution, emprisonnement, traumatisme et, tragiquement, risque de torture ou pire. Pour les enfants, cela signifie grandir dans un pays où leurs convictions sont qualifiées de terroristes et où ils ne sont jamais en sécurité. Il s’agit d’un manquement grave aux obligations internationales de la Turquie, autant que d’une faillite morale.

La Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière appelle à l’attention internationale et à une intervention urgente. Le gouvernement turc doit être tenu de rendre des comptes au regard de ses obligations internationales en matière de droits humains. La pratique de la détention arbitraire et de l’expulsion illégale doit cesser. Au strict minimum, ceux qui risquent un sort analogue méritent d’accéder à une procédure d’asile équitable et transparente. En définitive, ces personnes ont un droit inhérent à la sécurité, à la dignité et à la liberté.

Les droits humains ne sont pas facultatifs. La Turquie doit le reconnaître, et la communauté internationale doit exiger des comptes avant que d’autres vies ne soient détruites pour le « crime » d’avoir une foi.