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Des menaces à l’exil : l’histoire de Nima, croyant sous la persécution

Texte lu en français

Je m’appelle Nima Esfandiari. Je suis né le 28 février 2005. J’ai prêté serment d’allégeance à la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière en 2020, en Iran. J’ai été menacé d’arrestation par diverses autorités, comme le Basij et le ministère du Renseignement. Ils m’ont visé à plusieurs reprises sur Telegram et d’autres réseaux sociaux, où j’invitais paisiblement les gens et faisais connaître la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière. Ils m’ont envoyé des messages de menaces à de nombreuses reprises.

Par Kevin Omar Rodriguez Ponce · Traduit de l’anglais

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Le magazine The Divine Just State a récemment publié les témoignages de plusieurs croyants d’origine iranienne, qui y détaillent leurs épreuves de première main. Cette entreprise se poursuivra afin de documenter ce que subissent toutes les victimes innocentes de l’oppression en raison de leur choix de croire en la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière, où qu’elles se trouvent. Le dernier témoignage reçu est celui de Nima, né en Iran au tournant du millénaire, qui a choisi de croire en la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière. Ce choix semble justifier son tourment sous le régime oppressif de la soi-disant République islamique d’Iran. Voici son histoire dans ses propres mots.

« Je m’appelle Nima Esfandiari. Je suis né le 28 février 2005. J’ai prêté serment d’allégeance à la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière en 2020, en Iran. J’ai été menacé d’arrestation par diverses autorités, comme le Basij et le ministère du Renseignement. Ils m’ont visé à plusieurs reprises sur Telegram et d’autres réseaux sociaux, où j’invitais paisiblement les gens et faisais connaître la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière. Ils m’ont envoyé des messages de menaces à de nombreuses reprises.

Menace reçue par Nima sur TikTok
« Égarés, que Dieu vous prenne en pitié. J’attends simplement le jour où le ministère du Renseignement et de la Sécurité vous arrêtera — là, ça vaudra le coup d’œil. »

J’avais un ami en Iran nommé Arman et, après que je lui ai parlé de ma religion et que je lui ai expliquée, il a cru. Il a même fait partie des 15 personnes arrêtées par le gouvernement iranien en raison de leurs croyances. Après que le frère d’Arman a compris que j’avais permis à Arman de croire en cette religion (le frère d’Arman est membre du Basij iranien), il m’a poursuivi avec un couteau dans une ruelle étroite et m’a menacé avec ce couteau pour que je n’approche plus Arman et que je ne fasse plus connaître ma religion dans ce quartier. Bien des fois en Iran, lorsque je me rendais au travail, j’ai remarqué que des voitures à plaques vertes — qui appartiennent d’ordinaire au ministère iranien du Renseignement — me suivaient. Dans le même temps, alors que je faisais paisiblement connaître ma religion sur Telegram, j’ai reçu des messages de divers pseudonymes anonymes me disant de faire attention et de ne pas m’attirer d’ennuis.

Menace reçue par Nima sur Telegram
« Attention, ton numéro de téléphone apparaît, fais attention. » Je réponds : « Oui, tout le monde peut voir mon numéro » ; il répond alors : « Les gens peuvent te causer des problèmes. »

Même après cet incident, mon ami, lui aussi croyant en cette religion, nommé Mohammad Amin Nouri (décédé des suites des pressions des gouvernements iranien et turc), a été menacé durant la même période par des motos clairement liées au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), car les plaques étaient vertes. Ils lui ont aussi montré leur carte des Gardiens de la révolution, lui ont pris de force son téléphone et lui ont dit d’avertir mon autre ami Nima qu’ils le surveillaient ; s’il n’arrêtait pas de faire connaître cette religion, il en subirait de graves conséquences, et ils étaient aussi après lui.

À gauche : Nima Esfandiari
À droite : Mohammad Amin
À gauche : Nima Esfandiari, à droite : Mohammad Amin

Après avoir compris que ma vie était en danger en Iran à cause de ma religion, j’ai été contraint de quitter l’Iran le 2 décembre 2022, à 18 ans, et je suis donc allé à Istanbul, en Turquie. Après avoir vu mes coreligionnaires qui avaient eux aussi été contraints de fuir l’Iran, j’ai décidé de quitter la Turquie également, parce que la Turquie n’était pas sûre pour moi non plus, et ne l’avait jamais été. Nous recevions à répétition des messages de menaces des autorités et du renseignement iraniens, disant : « Nous sommes après vous, et ne croyez pas que vous êtes en sécurité en Turquie. » Nous avons donc décidé, le 24 mai 2023, de nous rendre au poste-frontière officiel et légal entre la Turquie et la Bulgarie et de demander l’asile dans un pays sûr. Plus de 27 organisations de défense des droits humains avaient été informées, et tout se déroulait légalement.

Cependant, lorsque nous, 104 personnes, nous sommes approchés du poste-frontière légal, la police et la gendarmerie turques ont commencé à nous frapper à coups de matraque et ont tiré des coups de semonce en l’air. Elles nous ont tous fait monter de force dans des bus et nous ont transférés au camp d’expulsion d’Edirne.

Voici des images de moi parmi les 104 personnes à la frontière entre la Turquie et la Bulgarie, et de la police se tenant devant nous :

Nima parmi les 104
Nima parmi les 104

Les trois premiers jours, ils nous ont gardés dans un endroit où nous dormions par terre, et la seule nourriture qu’ils nous donnaient était de la soupe à midi ; et du jus de fruit et du gâteau le soir.

Après avoir compris que nous avions pris un avocat et que des organisations de défense des droits humains commençaient à faire pression sur eux, ils nous ont déplacés au bout de trois jours dans un lieu fermé, mais qui avait des lits et des installations de base. Nous n’avions cependant droit qu’à une à deux heures d’extérieur par jour, après quoi nous étions enfermés derrière des portes closes comme des criminels, avec des produits d’hygiène limités. J’ai été emprisonné dans les camps d’expulsion d’Edirne et de Gaziantep du 24 mai 2023 au 10 octobre 2023.

Après que les Nations unies ont averti la Turquie de cesser l’expulsion des 104 membres de la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière, et après que l’avocat a fait pression sur le tribunal compétent tandis que les organisations de défense des droits humains continuaient d’exercer une pression, mon ordre d’expulsion a finalement été annulé le 10 octobre 2023, et j’ai été libéré — mais sans aucun document d’identité et sans aucun soutien.

Plus tard, afin de régulariser mon séjour en Turquie, je me suis rendu au bureau de l’immigration d’Edirne et j’ai demandé un titre de séjour temporaire pour demandeur d’asile (Kimlik). Ils m’ont ensuite dit que je devais quitter cette ville pour la ville de Müş, en Turquie.

Pendant que nous étions à Edirne, des coreligionnaires et des amis me soutenaient pour le logement et la nourriture. Mais ils nous ont séparés dans des villes de second rang en Turquie, des villes aux perspectives de travail très limitées et aux équipements médiocres, proches de l’Iran. Dans la ville de Müş, en raison de sa petite taille et de l’absence d’emplois, je n’ai trouvé aucun travail, et les rares emplois que j’ai trouvés étaient temporaires et ont vite pris fin.

Nima avec des coreligionnaires à Edirne, avant leur séparation forcée
Nima avec des coreligionnaires à Edirne, avant leur séparation forcée

Je couvre mes dépenses, dont le loyer et la nourriture, grâce au soutien de ma famille en Iran et à l’aide humanitaire de mon organisation religieuse, la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière. Aujourd’hui encore, en raison du manque de travail et du manque d’argent dans cette ville, j’ai été à plusieurs reprises menacé de malnutrition et de perdre mon logement. Ils m’ont transféré dans une ville comme Müş, en Turquie, qui est non seulement proche de l’Iran, mais aussi petite, mal équipée et aux perspectives de travail très limitées. J’ai demandé à plusieurs reprises au bureau de l’immigration de Müş de me transférer dans une ville où vivent plusieurs autres membres de ma religion, car ici je n’ai ni travail ni argent et je risque la malnutrition.

Ici, j’ai aussi été menacé à plusieurs reprises, y compris sur les marchés où j’ai travaillé un mois, où l’on m’a traité de mécréant. Je ne peux pas parler de ma religion ici non plus, car les musulmans du cru sont très intolérants. Le bureau de l’immigration de Müş a refusé ma demande de transfert, en disant que cela ne dépendait pas du tout d’eux et qu’ils ne pouvaient pas m’envoyer dans une autre ville.

Voilà quelques-unes des persécutions et des harcèlements que j’ai subis en Iran et en Turquie uniquement à cause de mes croyances et de ma foi. »

Voilà un nouveau témoignage d’abus commis par les autorités d’Iran comme de Turquie à un degré qui ne peut juridiquement être accepté par des organes internationaux comme les Nations unies. Comme on peut le voir ici de première main, la persécution des croyants de cette foi se poursuit selon des modalités généralement indétectables, à l’intérieur des pays eux-mêmes, par les organes internationaux qui ont pour mandat de surveiller ces situations. Les droits humains les plus élémentaires ne sont pas accordés à des croyants comme Nima, uniquement au motif de leur choix de croire en une foi que les gouvernements respectifs de ces pays reconnaissent et acceptent formellement comme une foi illégitime.

Cet exemple donné par des pays à majorité musulmane plus influents crée un précédent que des pays moins influents suivent. Nous avons observé un durcissement majeur en Malaisie contre toutes les activités des membres de la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière, avec diverses arrestations et, plus récemment et plus notablement, l’incarcération de deux croyants pour une durée de neuf mois, sans autre raison apparente que leur choix de croire en cette foi.

Nous, au magazine The Divine Just State, implorons la communauté internationale d’agir et de condamner les actes de gouvernements aussi belliqueux, qui ne prêtent aucune attention à leurs responsabilités et à leurs obligations au titre du droit international d’appliquer les droits humains fondamentaux à tous ceux qu’ils gouvernent, quel que soit leur choix de foi. La situation des croyants visés par ces gouvernements est de plus en plus désespérée et ne peut se poursuivre sans entrave.