Un membre iranien envoyé à la prison d’Evin pour des tracts
Texte lu en français
Selon un témoignage reçu par l’évêque d’Iran, un membre de l’AROPL a été détenu et torturé à la prison d’Evin, en Iran.
Par Caroline Hoeren · Traduit de l’anglais

Téhéran — Selon un témoignage reçu par l’évêque d’Iran, Hamidreza Saghari, un membre de la Religion ahmadie de la paix et de la lumière (AROPL) a été détenu, interrogé et soumis à une contrainte psychologique par les autorités de l’État iranien. La personne qui a transmis ce témoignage souhaite rester anonyme pour sa sécurité et sera donc désignée sous le nom de Hossein dans ce rapport.

Hossein a raconté son calvaire après avoir tenté de distribuer pacifiquement des tracts à Téhéran. Selon son témoignage, l’incident s’est produit le samedi 11 janvier 2025, vers 23 heures, place Enqelab, un lieu connu pour ses rassemblements publics à Téhéran. Un membre de la force paramilitaire Bassidj l’a arrêté alors qu’il distribuait des tracts et a entrepris de fouiller ses affaires. Après avoir découvert le contenu de son sac, le membre du Bassidj l’a retenu et l’a emmené dans un poste de police voisin, où il a été immédiatement interrogé.
« Ils ont vérifié le contenu de mon sac et m’ont emmené au poste de police situé sur la place. Là, avec d’autres membres du Bassidj, ils m’ont retenu, menotté, et ont montré mes tracts à la police », raconte Hossein. Un agent l’a menacé en ces termes : « Le sang des gens comme toi est licite. »
Peu après, on lui a bandé les yeux et il a été transporté en véhicule vers un poste de police de sécurité. Hossein a passé la nuit en détention avant d’être transféré au parquet, section 3, district 33 Moqaddas. Après examen de sa déposition et fouille de son téléphone, le procureur a ordonné son transfert à la prison d’Evin, un établissement tristement connu pour héberger des prisonniers politiques et religieux. Sa caution a été fixée à 700 millions de tomans (environ 14 000 dollars), une somme que sa famille ne pouvait pas réunir.
« Ma mère et ma sœur étaient profondément bouleversées, elles pleuraient et s’inquiétaient pour moi, raconte Hossein. Mon père était déjà décédé, et je n’avais personne d’autre qu’elles. »
Il a passé environ une semaine en quarantaine à la prison d’Evin avant d’être transféré au quartier 4. Au bout de deux jours seulement, il a toutefois été transféré de nouveau — cette fois au quartier 209, section tristement célèbre contrôlée par le ministère du Renseignement.
Au quartier 209, Hossein a été soumis à trois séances d’interrogatoire distinctes. Ses geôliers cherchaient à lui soutirer des informations sur l’AROPL, en particulier sur ce qui la distingue du chiisme duodécimain.
« L’interrogateur m’a dit : “Nous connaissons déjà les réponses à beaucoup de nos questions ; nous te les posons seulement pour voir si tu es honnête ou si tu mens. Si tu mens, je ne te parlerai pas aussi calmement que maintenant, et les choses deviendront difficiles pour toi.” »
Les autorités ont fait pression sur lui pour qu’il révèle l’identité d’autres croyants, en lui présentant ses conversations privées en ligne, extraites de son téléphone confisqué.
« Ils m’ont montré mes échanges avec plusieurs croyants et avec l’évêque d’Iran, dit-il. Je leur ai donné le moins d’informations possible pour protéger le reste des Ansar. »
Les interrogateurs ont ensuite fait pression sur lui pour qu’il renie sa foi. Craignant pour sa vie et pour celle des membres de sa famille, il a faussement abjuré.
« Que Dieu me pardonne, mais quand ils m’ont demandé quelles étaient désormais mes croyances, j’ai dû mentir et dire que j’avais été trompé et que je ne recommencerais pas, en espérant qu’ils me relâchent. »
Deux semaines plus tard, Hossein a été ramené au parquet, où il a de nouveau été interrogé. Le procureur a fait pression sur lui pour qu’il confirme son retour à l’islam chiite traditionnel. Désespéré d’obtenir sa liberté, il leur a assuré qu’il ne recommencerait pas, et il a été relâché.
Son calvaire ne s’est pourtant pas arrêté là. Lorsqu’il est revenu récupérer son téléphone confisqué, les autorités ont refusé de le lui rendre, déclarant qu’il serait contacté à leur convenance. Hossein vit désormais dans la crainte pour sa vie et celle de sa famille.
Cette violation flagrante des droits humains reflète la persécution continue que subissent les membres de l’AROPL en Iran. Hossein a été détenu sans procédure régulière, soumis à une contrainte religieuse et manipulé psychologiquement jusqu’à renier sa foi. Son expérience n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une campagne systématique visant à réprimer et à discréditer la Religion ahmadie de la paix et de la lumière en Iran.
