Servir les cœurs, puis servir Dieu : comment un cardiologue a trouvé le Mahdi
Texte lu en français
Dans cet article, Vanessa Debora Gardea Vega, cardiologue mexicaine, raconte son cheminement pour trouver le Mahdi.
Par Vanessa Debora Gardea Vega · Traduit de l’anglais

Dans le cadre de notre série Professional Profiles, nous mettons en avant des membres de l’AROPL aux carrières et aux compétences accomplies, en montrant comment leur parcours professionnel les a conduits à rejoindre la communauté d’Abdullah Hashem. Dans cet article, Vanessa Debora Gardea Vega, cardiologue mexicaine, raconte son cheminement pour trouver le Mahdi.
Je m’appelle Vanessa Debora Gardea Vega, j’ai 52 ans et je suis née au cœur vibrant de Mexico. Depuis mon plus jeune âge, ma vie s’est construite au croisement de la foi, de la discipline et d’une quête inlassable de savoir.
Bien que j’aie été élevée dans une famille profondément catholique et scolarisée dans des établissements religieux, j’ai toujours porté en moi une aspiration discrète — non seulement croire, mais comprendre. Cette curiosité est devenue une passion au lycée, lorsque j’ai découvert pour la première fois l’incroyable complexité du corps humain. Dès cet instant, j’ai su que je devais faire médecine : une vocation qui allie la science au service des autres.
J’ai été baptisée enfant et j’ai fait toute ma scolarité dans des écoles catholiques. Cette formation a façonné mon caractère et m’a inculqué des valeurs telles que la compassion, la discipline, le respect de la vie et un profond amour du savoir.
Lorsque je suis entrée en faculté de médecine, je portais avec moi non seulement une motivation scientifique, mais aussi un socle spirituel qui m’a aidée à voir la médecine comme une mission de service. J’ai étudié cinq ans et accompli une année de service social obligatoire — élément fondamental de la formation médicale dans mon pays.
J’ai étudié à l’université La Salle, un établissement catholique privé où médecine et spiritualité allaient de pair. Certains de nos professeurs étaient à la fois prêtres et médecins, et cette combinaison singulière a profondément marqué ma formation.
On ne nous apprenait pas seulement à diagnostiquer ou à traiter des maladies : on nous apprenait à voir en chaque patient un être humain. L’une des matières qui m’ont le plus marquée fut l’éthique médicale, où j’ai appris que le cœur d’un médecin doit battre non seulement au rythme du savoir, mais aussi à celui de la conscience. J’ai été diplômée médecin généraliste et obstétricienne, un titre qui a ouvert les portes d’une carrière aussi technique que profondément humaine.
Témoin du miracle de la vie : mon expérience d’obstétricienne
Pendant mon internat, j’ai vécu l’un des moments les plus marquants et les plus beaux de ma carrière : assister à des accouchements. Au Mexique, la formation de médecin généraliste et obstétricien comprend la participation au processus complet — accueillir le nouveau-né, couper le cordon ombilical, délivrer le placenta.
Être témoin de l’arrivée d’une vie nouvelle, entendre ce premier cri, voir l’émotion dans les yeux d’une mère : cela ne devient jamais une routine. Même au milieu de l’épuisement et des obligations hospitalières, chaque naissance me paraissait sacrée, profondément humaine. J’ai fini par comprendre que la médecine ne consiste pas seulement à soigner la maladie : elle consiste aussi à être témoin de la vie à son seuil le plus sacré.
Après l’obtention de mon diplôme, j’ai décidé de passer l’examen national d’entrée en résidence, épreuve réputée très difficile au Mexique, où seuls 3 candidats sur 10 sont reçus. Je savais que ce serait un défi, mais mon désir de continuer à progresser professionnellement était plus fort que toute crainte.
Cet examen ne teste pas seulement les connaissances : il exige de l’endurance, de la stabilité émotionnelle et un engagement profond. Quand je l’ai réussi, il m’a ouvert les portes de l’un des centres médicaux les plus prestigieux d’Amérique latine. Un nouveau chapitre de mon parcours allait commencer.
Après mon diplôme de médecine générale, j’ai suivi cinq années supplémentaires de formation spécialisée en cardiologie, puis une année de plus en surspécialité.
Être admise à l’Institut national de cardiologie « Ignacio Chávez » (INC) était un rêve devenu réalité. Réputé dans toute l’Amérique latine pour son excellence académique et technique, l’INC est plus qu’un hôpital : c’est une école, un centre de recherche et un lieu de cœur.
J’ai vécu des gardes marathon : début à 7 heures, garde toute la nuit, sortie parfois à 19 heures le lendemain, pour revenir quelques heures plus tard. L’épuisement physique était intense, mais les exigences émotionnelles l’étaient plus encore. Des patients venaient de tout le pays avec des pathologies cardiovasculaires graves et complexes, en quête d’espoir.
J’ai eu le privilège d’apprendre auprès de mentors de niveau international, entourée de collègues brillants aux parcours variés. Le cœur, au sens propre comme au figuré, était au centre de tout. En parallèle, j’ai également achevé un master en sciences médicales, une discipline qui porte sur l’évaluation de la validité et de la fiabilité des résultats rapportés dans la recherche clinique et les études médicales. Cette formation a non seulement renforcé ma compréhension scientifique, mais a aussi façonné ma manière d’interpréter les données, de poser des diagnostics et de prendre des décisions éclairées dans la prise en charge des patients.
Pourquoi la cardiologie ? La spécialité qui rend la vie
J’ai choisi la cardiologie parce que, parmi toutes les branches de la médecine interne, c’est l’une des plus résolutives. Là où d’autres spécialités affrontent des pathologies aux conséquences souvent irréversibles — comme la neurologie, où un accident vasculaire cérébral peut priver une personne de la marche ou de la parole à vie —, la cardiologie nous donne souvent la possibilité de réécrire l’histoire.
J’ai vu des patients qui, après un infarctus et un cathétérisme, se sont engagés dans un programme de rééducation. Des mois plus tard, ils couraient quatre kilomètres par jour ou nageaient en eau libre. C’était comme s’ils étaient nés une seconde fois. Le cœur ne se contentait pas de battre à nouveau : il revivait.

Les patients cardiovasculaires partagent souvent un trait particulier : ce que nous appelons en médecine une « personnalité de type A ». Ce sont des perfectionnistes, très volontaires, souvent soumis à un stress intense — mais ils possèdent aussi une incroyable volonté de s’en sortir. Et cela change tout.
Même des patients peu motivés au départ peuvent connaître une récupération spectaculaire s’ils reçoivent un traitement adapté et en temps voulu. Que ce soit par un pontage, un remplacement valvulaire ou un cathétérisme cardiaque, j’ai vu combien l’intervention médicale peut transformer des vies.
Ces expériences m’ont appris que la médecine ne consiste pas seulement à soigner le corps : elle est foi dans la puissance de l’esprit humain.
Le silence de la mort : un moment inoubliable pendant le COVID
La pandémie de COVID-19 a été l’une des périodes les plus douloureuses de ma carrière médicale. Comme cheffe d’équipe, j’ai pris en charge des patients intubés et j’ai vu beaucoup d’entre eux s’éteindre lentement, inconscients pendant des semaines, incapables de parler, incapables de dire adieu.
Mais il y a un cas que je n’oublierai jamais.
Un patient a choisi de ne pas être intubé. Après que je lui ai expliqué les risques, il m’a regardée calmement et m’a dit :
« J’ai vécu ce que j’avais à vivre. Je suis prêt à mourir. Je n’ai pas peur. »
Je suis restée à ses côtés, lui tenant la main, et je lui ai demandé si je pouvais prier pour lui. J’ai récité des versets du Coran que j’avais mémorisés dans la prière. J’ai parlé à Dieu en regardant son taux d’oxygène baisser lentement sur le moniteur. Je ne sais pas s’il pouvait m’entendre, mais la chambre était emplie d’une paix profonde. Son âme s’en est allée doucement.
J’avais été celle qui prescrit des médicaments et pratique des réanimations d’innombrables fois. Mais cette fois-là, j’ai simplement accompagné la mort. Et ce moment m’a marquée plus profondément que bien des vies que j’ai tenté de sauver.
Une carrière aux horizons larges : entre hôpitaux publics et privés
Tout au long de ma carrière, j’ai eu le privilège de travailler dans des établissements très divers, publics comme privés. De l’hôpital Durango à la Clínica Londres, où je tenais également mon cabinet privé, chaque institution offrait un univers différent de défis et d’apprentissages.

J’ai également travaillé dans des hôpitaux publics comme l’hôpital régional de Zaragoza (ISSSTE) et, plus récemment, à l’hôpital général Villa Coapa 2 de l’IMSS, où j’ai exercé avec dévouement et compassion.
Lors des tremblements de terre de 2019 à Mexico, je me suis portée volontaire pour assister les chirurgiens orthopédistes de mon hôpital. Bien que l’orthopédie ne fût pas ma spécialité, j’ai aidé à immobiliser des fractures et à poser des plâtres. Cette expérience m’a rappelé qu’être médecin, c’est se présenter là où l’on a besoin d’aide, quels que soient les titres.
Ma formation ne s’est pas arrêtée au Mexique. À un moment de ma carrière, je me suis rendue à Cali, en Colombie, pour suivre une courte formation à une technique novatrice : l’implantation valvulaire aortique par cathéter (TAVI), un remplacement de valve cardiaque sans chirurgie. J’ai eu le privilège de traiter l’un des premiers patients de la région avec cette technique — un jalon professionnel qui m’est cher. Cette expérience a confirmé quelque chose d’essentiel : la médecine ne connaît pas de frontières. Elle réunit des personnes de nations différentes autour d’un même but : guérir, restaurer, donner la vie.

Bien que j’aie été élevée dans le catholicisme et que j’aie d’abord assisté à la messe davantage par habitude que par dévotion, il est venu un moment dans ma vie où j’ai ressenti une aspiration plus profonde : connaître véritablement Dieu.
J’ai donc entrepris de me documenter sur différentes religions — non pas à la légère, mais avec la même rigueur analytique que j’appliquais en médecine. Ce cheminement m’a menée à l’islam, même si, au départ, je l’abordais avec scepticisme. Comme beaucoup, on m’avait appris à l’associer à l’intolérance ou à la violence.
Ironie du sort, c’est en cherchant à « réfuter » l’islam — en espérant convaincre un musulman que sa foi était irrationnelle et que Jésus était le seul sauveur — que j’ai commencé à en percevoir la profondeur.
Ma quête spirituelle ne s’est pas arrêtée à ma conversion à l’islam. Même après avoir porté le hijab et pratiqué avec dévotion. Je sentais encore qu’il manquait quelque chose. J’avais des questions auxquelles personne ne pouvait vraiment répondre — sur la souffrance humaine, l’inégalité sociale, et même la corruption que je voyais au sein des institutions religieuses. Je savais que l’islam parlait du Mahdi, le Sauveur promis, mais je n’aurais jamais imaginé que cette figure puisse être réelle, vivante et marchant sur la Terre à mon époque.
Un jour, un homme est apparu dans l’un des groupes d’étude islamiques. Ismael, qui disait appartenir à la Religion Ahmadie de la Paix et de la Lumière. Il parlait du Mahdi — mais son message était tout autre que celui des personnes qui parlaient du Mahdi. Aucune menace, aucune violence, aucune arrogance. Il écoutait. Il répondait patiemment. Il parlait de justice, de lumière et de vérité divine. Mais je n’accordais pas ma confiance facilement. Pendant plus d’un an, je l’ai constamment mis au défi. J’apportais des versets du Coran, des passages de la Bible, des hadiths, des arguments historiques. Je lui disais que ce ne pouvait pas être la vérité. Je lui disais que le Mahdi n’était pas encore venu. J’étais d’autant plus sceptique que son message me rappelait des croyances chiites — une branche de l’islam que j’avais rejetée en raison de certaines pratiques culturelles qui me troublaient. J’étais sur la défensive, méfiante et bien décidée à ne pas me laisser égarer. Mais il ne m’a jamais forcé la main. Il n’a jamais élevé la voix. Il ne faisait que répéter une chose :
« Fais l’istikhara. Demande à Dieu. Ne me crois pas moi — crois-Le, Lui. »
C’est ce que j’ai fait. Bien des fois. Et chaque fois, le résultat — selon le Coran — était clair :
« Continue à chercher. »
J’ai donc continué à interroger Dieu. Jusqu’au jour où il n’est plus resté aucun doute à lever. J’avais lu, questionné, examiné, avec mon esprit comme avec mon cœur. J’ai refait l’istikhara. Et cette fois, la réponse était sans équivoque : « Crois. » J’ai pleuré. Mes mains tremblaient. Je savais que cet instant changerait le cours de ma vie pour toujours. Et j’ai prêté serment d’allégeance. J’ai choisi de suivre Dieu — où qu’Il me conduise.
Ce ne fut pas une décision facile. J’ai dû dire adieu à mes collègues, à mes travaux d’échocardiographie — l’une des choses que j’aimais le plus — et, à bien des égards, à l’exercice actif de la médecine. À une partie de ma famille.
Sans dirigeant divinement désigné, la religion devient soit un héritage reçu de nos parents, soit un dédale déroutant d’options sans fin, qui nous divisent souvent plus qu’elles ne nous unissent.
La plupart des religions, aujourd’hui, nous demandent de suivre des rituels ou les opinions d’êtres humains faillibles qui s’accordent rarement entre eux. On nous dit d’assister à la messe, de prier d’une certaine manière, de suivre des chefs charismatiques qui paraissent dignes de confiance — mais qui restent humains, limités et imparfaits.
Et puis il nous revient de décider s’il faut suivre quelqu’un qui se dit prophète, comme Joseph Smith, ou nous ranger derrière des interprétations humaines contradictoires, dans des débats sans fin, comme ceux qui opposent chrétiens pentecôtistes et baptistes sur le parler en langues ou sur la possibilité de perdre le salut.
Comment l’expliquer à d’autres médecins, à mes pairs ? Que j’avais tout quitté pour suivre un appel divin ? J’avais trouvé celui que Dieu a désigné et je ne pouvais plus faire comme si de rien n’était. Et pourtant, en moi, il n’y avait aucune confusion — seulement la paix.
Une paix qu’aucune carrière ni aucun titre ne m’avait jamais donnée.
À mes confrères et consœurs en médecine, je dis ceci :
Vous qui avez consacré votre vie à prendre soin des autres — n’est-il pas temps de demander qui prend soin de vous ? Beaucoup d’entre vous enchaînent deux ou trois services pour pouvoir payer une école privée à leurs enfants, rembourser un logement, offrir à leur famille une vie digne. Nous avons vu ce que d’autres n’ont pas vu : la fragilité du corps humain, l’injustice du système de santé et l’impuissance devant la souffrance. Vous avez vu la vie s’en aller en un instant. Vous avez pleuré de jeunes collègues emportés par le COVID. Malgré toute notre formation et tous nos moyens, nous n’y parvenons pas toujours. Parce que seul Dieu peut apporter la véritable guérison.
Si, un jour, des médecins sont nécessaires pour soigner ceux qui se tiennent aux côtés du Messager de Dieu dans un État Juste Divin, j’espère que nous serons nombreux à offrir non seulement notre savoir médical, mais notre âme même.