Laisse aller mon peuple : le discours historique d’Abdullah Hashem sur le Moyen-Orient
Texte lu en français
Le 8 mai 2025, Aba Al-Sadiq s’est tenu dans la sainte basilique et a délivré un message qui a ébranlé l’âme d’un monde divisé.
Par Waqar Shah · Traduit de l’anglais

Le 8 mai 2025, la voix d’Aba Al-Sadiq s’est élevée comme un appel de deuil à travers les âges, faisant monter les larmes des parents qui ont perdu leurs enfants, les espoirs des épuisés et les rêves enfouis des fidèles. Dans le discours passionné qu’il a prononcé depuis la Sainte Basilique, il a rappelé aux juifs comme aux Arabes leurs racines communes en Abraham, Isaac et Ismaël, et il a parlé avec la même urgence brûlante qui embrasait jadis les lèvres de Moïse, il y a plus de trois mille ans, devant Pharaon.
Ceci est un parcours émotionnel à travers le discours d’Aba Al-Sadiq. C’est une histoire de tombes enfouies et d’alliances rompues, de familles de prophètes trahies, et d’enfants dont le sang a été versé au nom de l’orgueil et du pouvoir. C’est un rappel brutal : quand un enfant souffre, nous souffrons tous ; et quand une âme est perdue, toute la famille humaine tremble.
Aba Al-Sadiq a commencé par nous conduire au caveau de Macpéla, où Abraham, Isaac et Ismaël reposent côte à côte. « Ils croyaient tous au même Dieu et faisaient partie de la même alliance abrahamique », a-t-il dit. Pourtant, aujourd’hui, déplore-t-il, leurs descendants, juifs et Arabes, versent le sang les uns des autres comme si chaque goutte était un hommage à un aïeul.
Il a demandé : comment feront-ils face à Abraham, à Isaac et à Ismaël ? Quelle honte couvre leur visage tandis qu’ils perpétuent un cycle de violence qui déshonore ces liens de parenté millénaires ?
Aba Al-Sadiq n’a épargné aucun des deux camps. Il a rappelé aux juifs leur propre histoire de rejet des prophètes : la crucifixion de Jésus, la décapitation de Jean-Baptiste, le meurtre des prophètes qui leur avaient été envoyés. Comment, dès lors, pourraient-ils être miséricordieux envers autrui ?
Et il a rappelé aux musulmans leurs propres trahisons : l’incendie de la maison de Fatima, l’assassinat de l’Imam Ali pendant le mois de ramadan, l’empoisonnement de Hassan, la décapitation de Hussein et sa tête promenée au bout d’une lance.
Il ne s’agissait pas seulement de coups d’État politiques ou de luttes dynastiques, a-t-il soutenu : c’étaient des plaies ouvertes dans le corps même de l’islam, des malédictions qui poursuivent le monde musulman depuis lors. Ils ont écarté les héritiers légitimes de Mohammed, choisissant à leur place de mauvais tyrans et des usurpateurs, et voilà qu’aujourd’hui ils regardent, impuissants, leurs enfants tomber victimes des mêmes cycles de violence que leurs aïeux avaient jadis infligés à la famille de Mohammed.
Dans l’un des moments les plus poignants de son discours, Aba Al-Sadiq a rappelé à tous : « La vie d’un seul de ces petits enfants, juif ou arabe, est plus sacrée que votre temple, votre mosquée et votre terre. Assurément plus sacrée que votre orgueil. »
Aba Al-Sadiq a placé le caractère sacré de chaque vie humaine au-dessus des plus grandes institutions de la religion et du pouvoir. Il a refusé de laisser des sanctuaires antiques et des palais royaux justifier le massacre d’innocents, honorant ainsi les besoins de l’humanité avant toute religion.
Une alliance rompue, une nation maudite
Aba Al-Sadiq a cité les paroles de la famille de Mohammed : Dieu a maudit la nation qui a préparé chevaux et armures sans juste cause. « Ils n’ont jamais reçu le succès, disait la famille, et ils ne le recevront jamais jusqu’à ce que se lève le vengeur d’al-Hussein. »
Il a cité : « Il n’y a pas d’Aïd pour les musulmans… un chagrin renouvelé s’abat sur la famille de Mohammed », parce qu’elle voit la place qui lui revient aux mains de ses ennemis. Ce chagrin a façonné l’âme musulmane pendant quatorze siècles, a-t-il dit.
Cela nous rappelle l’histoire de Moïse, à laquelle Aba Al-Sadiq lui-même s’est référé plus loin dans son discours. Le peuple de Moïse, lui aussi, a connu le chagrin en Égypte. De génération en génération, il a crié sous le travail forcé, d’un chagrin non moins profond que celui de la famille du Prophète. Mais Moïse ne s’est pas incliné devant le chagrin : il s’est tourné vers Dieu et a exigé justice. Il a insisté pour que Pharaon honore l’alliance : libère le peuple, ou assume les conséquences.
Aba Al-Sadiq, comme Moïse, s’est tourné vers la justice divine. Il n’a pas seulement appelé à la révolte contre les tyrans terrestres, mais à la soumission à l’autorité supérieure de Dieu et aux véritables héritiers du Prophète. Il a présenté une lettre de désignation, sa propre commission pour conduire son peuple vers la paix et la prospérité, pour peu qu’on veuille bien l’écouter.
Dans la dernière partie de son discours, Aba Al-Sadiq a parlé de prophétie et de promesse. Il a rappelé aux musulmans que Mohammed avait annoncé un calife issu des Banu Hashim qui emplirait la terre de justice, rebâtirait le Bayt al-Maqdis (le sanctuaire de Jérusalem) et unirait les croyants. Il a appelé à un temple partagé, un lieu où juifs et musulmans adoreraient côte à côte, honorant ensemble Salomon et David, le Messie et le Mahdi.
Cette vision d’une Jérusalem rebâtie et partagée fait écho à la vision par Moïse de la Terre promise : un lieu d’abondance, où toutes les tribus vivraient en harmonie sous la loi de Dieu. De même que Moïse conduisit les Israélites hors de la servitude vers Canaan, Aba Al-Sadiq a appelé les enfants d’Abraham à sortir de la servitude de la haine mutuelle vers une terre renouvelée dans la justice et la paix.
Aba Al-Sadiq a rappelé à tous que les mosquées de l’esplanade du Temple ont été bâties par les ennemis de Mohammed et de sa famille, et que la véritable « Masjid al-Aqsa » pourrait se trouver ailleurs. Il a soutenu que ce site, comme tout monument politique ou religieux, compte peu si les gens eux-mêmes refusent d’honorer le successeur que Dieu a désigné sur la terre.
L’appel : « Laisse aller mon peuple »
L’écho le plus direct de Moïse est venu lorsque Aba Al-Sadiq s’est adressé nommément aux Israéliens : « Benjamin Netanyahou, laisse aller mon peuple. » Deux millions de personnes à Gaza, a-t-il dit, crient sous le siège, comme les Israélites criaient sous Pharaon. Il a condamné la violence des deux côtés, mais il a aussi exigé que l’oppresseur dépose les armes et libère les opprimés.
Moïse avait affronté Pharaon par des plaies, des avertissements, et par la mer elle-même ouverte en deux. Pourtant sa demande ultime restait simple : laisse partir les captifs. Aba Al-Sadiq, lui aussi, a formulé sa demande en termes tranchants : si vous me refusez, Dieu vous reniera. Mais si vous m’écoutez, Dieu sera avec vous deux — juifs comme musulmans.
Dans les derniers instants de son discours, Aba Al-Sadiq a promis la délivrance : une ère de bien-être et de prospérité, où nul n’aurait faim ni soif, où chaque enfant recevrait la meilleure éducation et les meilleurs soins. Il a parlé de richesses débordant des tyrans qui règnent aujourd’hui vers les croyants, et d’un État juste guidé par la famille de Mohammed.
Le discours d’Aba Al-Sadiq fut à la fois un réquisitoire accablant et un appel plein de tendresse. Il a dénoncé les fautes des deux communautés, sans jamais perdre de vue leur héritage commun. Il leur a rappelé que David et Salomon, Abraham et Ismaël, Mohammed et Jésus parlaient tous d’un seul Dieu, d’une seule alliance.
Aujourd’hui, Aba Al-Sadiq a rappelé aux juifs et aux musulmans que le même choix se tient devant eux : poursuivre dans la violence et porter la malédiction des enfants d’Abraham, ou s’unir dans la paix et accomplir la promesse de cette alliance antique.
Aux jours de Moïse, le peuple d’Israël traversa la mer Rouge sous une colonne de nuée et de feu. Il laissa derrière lui la tyrannie de Pharaon et marcha vers la montagne de Dieu. En chemin, il trébucha ; il voulut revenir en arrière ; il murmura dans le désert. Pourtant la main de Dieu était avec lui, le guidant vers la Terre promise.
Aujourd’hui, Aba Al-Sadiq se tient comme un nouveau messager auprès des juifs et des musulmans, appelant les enfants d’Isaac et d’Ismaël à traverser les déserts de la haine pour entrer dans la terre de la paix.
Le discours d’Aba Al-Sadiq et celui de Moïse se répondent à travers les siècles : tous deux exigent que le pouvoir cède à la justice, que l’orgueil laisse place à la compassion, que les innocents soient épargnés au nom de l’alliance. Tous deux tendent la vision d’une société nouvelle, où le peuple de Dieu vit dans la dignité et la paix.
Si les fils d’Isaac et d’Ismaël veulent bien écouter, alors peut-être les petits-enfants de ceux qui reposent à Macpéla se tiendront-ils de nouveau ensemble, leurs enfants jouant près des oliviers, les mères chantant des berceuses dans une langue partagée, les pères bâtissant leurs maisons côte à côte. Peut-être, enfin, les enfants d’Abraham honoreront-ils le rêve de leur aïeul, et le monde verra-t-il à quoi peut ressembler la vraie paix quand la voix du Moïse de ce temps est enfin entendue.