Des réfugiés turcs trouvent la liberté en Serbie
Texte lu en français
Un groupe de réfugiés turcs restreint mais résilient diffuse des affiches en Serbie.
Par Caroline Hoeren · Traduit de l’anglais




Sous le soleil matinal de Belgrade, un Turc d’un peu plus de 50 ans se tient debout avec une pile de tracts aux couleurs vives, engageant la conversation à voix basse avec les passants. Il s’appelle Nihat Erim, et sa mission est profondément personnelle : diffuser le message de la Religion ahmadie de la paix et de la lumière (AROPL), une foi qui lui est chère malgré des années de persécution dans son pays.
Erim n’est pas seul. Deux Turques l’accompagnent, Nüket et Rojda, qui ont elles aussi fui vers la Serbie après avoir subi harcèlement, menaces et violences physiques en Turquie pour leur adhésion à l’AROPL. Ensemble, ils représentent un groupe de réfugiés restreint mais résilient, résolu à proclamer ce qu’ils tiennent pour une vérité divine : l’Imam Mahdi attendu est apparu.
En Turquie, où l’islam est profondément ancré dans l’identité nationale, les membres de l’AROPL sont devenus une cible de premier plan de l’oppression religieuse. Connue pour ses interprétations peu orthodoxes de la théologie islamique — comme l’autorisation de l’alcool et la mise en question du foulard —, l’AROPL conteste l’islam traditionnel, souvent au prix d’un grand risque personnel pour ses adeptes.
Les ennuis d’Erim ont commencé au poste frontière turc de Kapıkule. Là, il faisait partie des 104 membres de l’AROPL qui ont été détenus, battus et humiliés par les autorités turques. « Nous avons été traités comme des criminels, alors que notre seul “crime” était de croire autrement », a déclaré Erim.
Pour Nüket et Rojda, l’histoire est étonnamment semblable. Les deux femmes ont été harcelées par la police turque et ont subi des menaces d’emprisonnement. Le frère de Rojda, Hassan, faisait partie des 104 membres de l’AROPL arrêtés à Kapıkule lors d’une vaste opération de répression.
La Serbie a offert un refuge fragile à ces exilés, même si leur avenir demeure incertain. Dans l’attente des décisions d’asile, Erim, Nüket et Rojda ont embrassé leur rôle de missionnaires, en gagnant les rues de Belgrade pour partager leur foi.
Sur TikTok, Erim diffuse des sermons et des vidéos en direct, en touchant un public mondial grandissant de croyants de l’AROPL et de curieux. « Les réseaux sociaux sont une bouée de sauvetage, a-t-il dit. Ils nous permettent d’atteindre des gens même là où nous ne sommes pas bienvenus. » Pendant ce temps, Nüket et Rojda se concentrent sur l’action de terrain, en face à face. Elles distribuent affiches et tracts dans le centre de Belgrade. Pour Erim, Nüket et Rojda, la Serbie représente une occasion rare de pratiquer librement leur foi, même en terre étrangère. Malgré leurs épreuves, ils restent optimistes quant à leur mission. « Chaque tract, chaque affiche est un pas vers la justice », a dit Nüket.





Haydar ajoute sa voix à cette mission : autre réfugié turc, il a subi l’emprisonnement aux côtés des 104 membres de l’AROPL détenus à Kapıkule. Haydar a courageusement témoigné sur la chaîne satellitaire The Mahdi Has Appeared au sujet des événements éprouvants d’Edirne, un acte qui a inspiré beaucoup de membres de la communauté. Il se consacre désormais à la diffusion de l’appel, sur les réseaux sociaux comme dans les rues de Belgrade. Parfois rejoint par ses enfants, Haydar est poussé par sa conviction à partager sa foi avec quiconque veut l’écouter. « Nos épreuves n’ont fait que renforcer notre détermination, dit-il. Il s’agit de plus que d’une croyance ; il s’agit de vérité et de justice pour tous. »



Kesra se joint à leurs efforts : réfugiée turque, elle a subi de graves violences de la part de sa propre famille pour avoir embrassé la foi. Son frère l’a agressée physiquement et menacée, et lorsqu’elle a fui, il a déposé contre elle une plainte à la police, mettant davantage sa sécurité en péril. La résilience de Kesra est devenue un symbole de force pour les membres de l’AROPL en exil, tandis qu’elle continue de tenir fermement à ses convictions, malgré le prix personnel.
Hassan, le frère de Rojda, a subi un traitement brutal pendant son emprisonnement avec les 104 membres de l’AROPL à Kapıkule. Après avoir été sauvagement battu, Hassan a courageusement envoyé des photos de son corps couvert d’ecchymoses à des journaux, qui ont publié ces preuves accablantes des violences. Bien qu’il ait déposé une plainte formelle auprès du procureur en Turquie, son appel à la justice a été ignoré — rappel sinistre de la répression systémique que subissent les membres de l’AROPL. Aujourd’hui en Serbie, Hassan a trouvé refuge et a rejoint l’action missionnaire à Belgrade, déterminé à partager sa foi et à défendre les droits de ceux qui sont persécutés pour leurs convictions.



Le sort des membres de l’AROPL en Turquie est emblématique d’une crise plus large de la liberté religieuse dans la région. Les autorités turques répriment depuis longtemps les groupes religieux dissidents, en invoquant des préoccupations de sécurité nationale ou des accusations d’hérésie.